Avant les ceintures de championnats, il y a eu les médailles d’or. Au début des années 2000, Jean Pascal était un jeune étudiant-athlète partageant son temps entre le gymnase de boxe et le Cégep Ahuntsic où il était inscrit en techniques policières.

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Jean Pascal se souvient des Jeux multisports qui ont marqué sa carrière amateur. Il y a eu ceux de la Francophonie et ceux du Commonwealth en 2001 et 2002, mais aussi les Jeux olympiques d’Athènes, en 2004, pour des raisons moins heureuses.

« Les Jeux de la Francophonie (Ottawa-Hull), c’était mon premier tournoi international senior et je l’ai gagné. »

Un an plus tard, en finale pour la médaille d’or des 71 kg aux Jeux du Commonwealth de Manchester, Jean Pascal affrontait deux adversaires : l’Anglais Paul Smith et aussi une foule de milliers de spectateurs au Manchester Evening News Arena.

« Je menais le combat par quatre points après les deux premiers rounds, mais ils ont quand même essayé de donner la victoire à l’Anglais. Après le troisième, c’était l’égalité. Ça n’avait aucun sens ! Je savais donc qu’au quatrième round, il fallait que je donne le tout pour le tout et grâce à Dieu, j’ai été en mesure de tout donner et de gagner par deux points. »

En entrevue à Radio-Canada à sa sortie du ring, Pascal mentionnait la difficulté qu’il avait eue à se trouver des commanditaires malgré une cinquième place obtenue aux Championnats du monde l’année précédente. Suivirent des remerciements à son équipe d’entraîneurs avant que l’athlète ne se tourne vers la caméra pour lancer « Jean Pascal number one ! »

« Je n’ai pas trop changé ! » s’esclaffe l’athlète de 38 ans lorsqu’on lui remémore l’anecdote. « J’avais confiance et ça, c’est quelque chose que tout le monde devrait avoir. Quand on a confiance en soi, on peut faire des miracles. Plus jeune, j’étais un gars timide et gêné. C’est le sport qui m’a donné la discipline, l’éthique de travail et surtout, la confiance. »

Et dire qu’à l’époque, la boxe était son plan B. « Mon rêve, c’était de devenir le premier Noir directeur du Service de police de la Ville de Montréal. Mon plan A, c’était l’école. J’ai dû faire un choix et j’ai opté pour le plan B. Avoir eu un choix, c’est un privilège et si ça n’avait pas fonctionné à la boxe, je serais retourné dans la police. Par contre, si je n’avais pas aimé être policier à 25 ans, je n’aurais pas pu revenir à la boxe. »

Un chemin tortueux jusqu’à Athènes

Jean Pascal garde un souvenir amer de sa participation aux Jeux olympiques d’Athènes, en 2004.

Même si Benoit Gaudet et lui avaient répondu aux critères de qualification de la fédération internationale de boxe, cela n’était pas suffisant aux yeux du Comité olympique canadien (COC) qui avait instauré des critères plus sélectifs. Les deux boxeurs ont finalement gagné leur cause devant le Centre de règlement des différends sportifs du Canada, sauf que ce long détour aura laissé des traces.

« Je ne sais pas si je vais être capable de leur pardonner. Avec le temps, je vais peut-être oublier dans ma mémoire à court terme, mais je vais toujours garder cette crotte sur le cœur », avait mentionné Pascal à la Presse Canadienne après sa décision favorable en 2004.

« Je l’ai toujours sur le cœur », avance le pugiliste 16 ans plus tard. « Je n’ai pas pu savourer mon expérience olympique à 100 %. Je l’ai su un mois et demi avant et mon entraînement en a souffert un peu.

Il faut dire les vraies choses : le COC voulait garder l’argent pour les Jeux de Vancouver 2010, alors c’était des coupures en 2004. J’étais le meilleur boxeur au pays des quatre dernières années et j’avais reçu des bourses afin de me préparer pour les Jeux olympiques. Je m’étais qualifié avec les critères internationaux et là, c’était mon propre pays qui ne voulait pas m’envoyer aux Jeux pour une question de budget.

Jean Pascal

Dans la capitale grecque à la mi-août, le Lavallois a perdu le seul combat olympique de sa carrière contre le Cubain Yordanis Despaigne. Pascal est passé chez les professionnels l’année suivante.

« Mon combat était tôt dans les Jeux, alors je n’ai pas pu aller à la cérémonie d’ouverture. Quand j’ai perdu, j’étais vraiment frustré et déçu, alors j’ai décidé de partir avant la cérémonie de fermeture. Mon expérience olympique a donc été un peu amère. Je ne voulais pas manquer une semaine d’école non plus, mais avec le recul, j’aurais dû rester. »

Se battre pour ses idées, Jean Pascal continue de le faire comme on a pu le voir l’été dernier dans le cadre de manifestations de Black Lives Matter.

« Je crois à la justice et aussi à l’égalité. Prôner ça, ça fait aussi partie de mes valeurs. Avec le statut que j’ai pu acquérir au fil du temps, si j’ai pu influencer des gens pour les bonnes choses, je vais certainement être au front. »

Jean Pascal a toujours eu l’audace d’affronter les meilleurs boxeurs. Cela s’est parfois traduit par des défaites, mais aussi par de grandes satisfactions.

« Je suis redevenu champion du monde pour une deuxième fois après une décennie. Ça, c’est un autre exploit que personne n’a pu réaliser dans ma catégorie de poids. Mon nom est écrit dans le livre des records et je compte revenir probablement ce printemps. »