Au bout du fil, David Lemieux semble fatigué. Il n’est pourtant que midi.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

L’explication viendra plus tard au cours de l’entretien. Lemieux sortait tout juste d’un sparring de 10 rounds. En fait, non seulement ce ton fatigué avait-il donc une cause, mais encore le boxeur assure que la longue pause forcée due à la pandémie n’aura laissé aucune trace sur sa forme physique.

« C’est comme si j’étais en camp depuis le début de la pandémie, plutôt qu’un camp d’un ou deux mois, raconte-t-il pendant l’entrevue, jeudi. Il n’y avait pas vraiment de vie sociale, donc c’était gym, maison, gym, maison… Même au début, j’ai formé un gym chez moi et je m’entraînais là. J’ai mon tapis roulant, mon punching bag. Je n’ai pas ouvert la machine pendant les six mois, mais j’ai été actif tout le long. »

« David est un gars qui ne se tient jamais très loin du gymnase, corrobore son entraîneur, Marc Ramsay. C’est juste qu’on est passés par plusieurs étapes où on ne pouvait pas s’entraîner du tout, au départ, quand ils ont tout fermé. Par la suite, on a recommencé doucement, on s’entraînait dans des parcs parce qu’on ne pouvait pas réintégrer mon gymnase. »

Donc, si vous croyez avoir aperçu Lemieux faire du shadow boxing dans votre espace vert favori, vous n’aviez peut-être pas la berlue. Puis, progressivement, la vie a repris son cours normal. D’accord, pas tout à fait, mais suffisamment pour augmenter le tempo et achever la préparation pour le combat du samedi 10 octobre, au Centre Gervais Auto de Shawinigan.

Lemieux (41-4, 34 K.-O.) affrontera le Saguenéen Francy Ntetu (17-3, 4 K.-O.), dans la finale d’un gala de trois combats présenté par Eye of the Tiger Management, le premier depuis que l’organisation a obtenu le feu vert des autorités.

L’évènement se déroulera à huis clos. Seront donc sur place – outre les boxeurs et leur entourage –, les officiels et le personnel de la Régie des alcools, des courses et des jeux. Et quelques membres des médias, installés à environ 20 pieds du ring plutôt qu’à 10, comme c’est habituellement le cas. Mais aucun spectateur.

Comme un equalizer sur une table de DJ…

David Lemieux n’en sera qu’à son deuxième combat chez les super-moyens (168 lb). Et d’écrire que son premier dans cette catégorie ne s’est pas exactement déroulé comme anticipé serait un euphémisme. Le Québécois a visité le tapis deux fois, avant de faire subir le même sort à son opposant à une reprise et de se sauver avec une victoire par décision partagée. Ça se passait au Centre Bell, le 7 décembre 2019, contre l’Ukrainien Maksym Bursak (36-6-2, 16 K.-O.).

Alors, bien que l’échantillon soit minuscule, pourrait-on y voir que le passage des moyens aux super-moyens est plus complexe que prévu ? Que la puissance maintes fois démontrée de Lemieux soit moins terrifiante chez les 168 lb et, qu’à l’inverse, celle de ses adversaires l’ébranle davantage ? La réponse de Marc Ramsay, qui ne manque jamais d’images…

« C’est un peu comme un equalizer sur une table de DJ. Il y a plusieurs départements et au fur et à mesure que tu changes de catégorie, il y a des habiletés qui changent. De moyen à super-moyen, il y a un petit peu moins de rapidité, on le voit. Et le boxeur devant toi génère plus de puissance. »

David avait une force de frappe phénoménale chez les poids moyens, et encore chez les super-moyens, elle est bien en haut de la moyenne. Je ne dirais peut-être pas que c’est le meilleur cogneur de la division, mais il reste un des bons, sans aucun doute.

Marc Ramsay

Va pour la force de frappe de l’ancien champion IBF des moyens. Mais l’entraîneur ajoute que l’écart de grandeur, la capacité accrue des adversaires à prendre les coups et leur force physique plus importante dans les corps à corps sont des enjeux que son protégé doit apprivoiser.

L’acclimatation aux 168 lb a donc bel et bien été un facteur en décembre 2019. Mais il y a plus, tient à préciser Marc Ramsay. Lemieux n’avait pas boxé au Québec depuis plus d’un an et demi. Et il n’avait pas boxé tout court depuis 15 mois, alors qu’il avait terrassé au premier round l’Irlandais Gary O’Sullivan (30-4, 21 K.-O.) – qui n’avait jamais visité le plancher de sa carrière –, dans ce qui aura été le dernier combat de David Lemieux chez les poids moyens.

Il y avait donc de la rouille du côté du Québécois à son entrée chez les super-moyens. Et il risque d’y en avoir encore dans une semaine, 10 mois après cette précédente prestation. Mais cette fois, Ramsay ne veut pas en entendre parler.

« Francy est dans la même situation que nous, ça fait longtemps qu’il n’a pas boxé, en plus [deux ans presque jour pour jour]. On ne peut pas utiliser ça comme excuse. Il n’en est pas question. »

Chose certaine, le principal intéressé semble avoir bien hâte de dissiper ces doutes.

Je suis dangereux chez les 168 lb, plus que n’importe qui. Je veux effacer le souvenir que j’ai laissé avec mon dernier combat.

David Lemieux

L’affrontement est prévu pour 10 rounds, une cible que n’a toutefois jamais atteinte Francy Ntetu. Ses deux derniers combats – contre Marcus Browne et Erik Bazinyan – devaient être des dix rounds, mais se sont soldés par des défaites par T. K.-O. au 1er et au 6e round.

Le « piège » Ntetu

Quoi qu’il en soit, le clan Lemieux, bien que confiant, assure ne pas prendre Ntetu à la légère.

« C’est un piège un peu, ce combat-là. Il faut faire très attention avec la perception qu’on en a, affirme Marc Ramsay. Francy, ce n’est pas un style orthodoxe, c’est un style qu’on ne voit pas souvent. Il est très imprévisible. On sait ce qu’on fait, c’est vraiment pour rester actifs, mais on a beaucoup de respect pour Francy, qui s’est toujours présenté contre tout le monde. »

PHOTO AL BELLO, ARCHIVES LA PRESSE

Marcus Browne contre Francy Ntetu, en janvier 2018

Pour sa part, David Lemieux – qui se dit à 100 % après des problèmes au dos et à une main ces dernières années – ne cache pas sa confiance. Ayant souvent fait du sparring ensemble, les deux hommes se connaissent bien.

« Mais faire du sparring et se battre en combat, c’est deux affaires différentes, dit Lemieux. Ce que je vais amener à la table, ça va être quelque chose pour lui. On sait à quoi on fait face, et la surprise va être de son bord. »

Ntetu a récemment lancé sur Facebook qu’à 168 lb, Lemieux venait cogner chez lui.

« Il est dans ma cour, je ne suis pas dans la sienne, rétorque le favori. Dans le ring avec moi, il va être dans ma cour. »

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