(Los Angeles) La gloire, la déchéance, la rédemption et –boxe oblige– le retour auront rythmé la vie « plus grande que nature » de l’ancienne terreur des poids lourds Mike Tyson, décidé à remonter sur le ring à 54 ans.

Nicolas PRATVIEL
Agence France-Presse

Plus dramatique, romanesque encore, que celle de « Rocky Balboa » au cinéma, l’existence en forme de montagnes russes de Tyson s’apprête donc à passer par la case « retour », 15 ans après avoir raccroché les gants et une dernière défaite pathétique contre un inconnu irlandais, Kevin McBride.

À l’époque, à presque 39 ans, cela faisait déjà longtemps qu’« Iron Mike » n’était plus vraiment digne de ce surnom acquis au cours d’une carrière où il a d’abord été présenté comme le « Kid Dynamite » par Sports Illustrated, qui en 1985 voyait en lui le prochain grand poids lourd.

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Le champion du monde des poids lourds Evander Holyfield, cognant Mike Tyson durant le 1er round de leur second affrontement le 28 juin 1997. Holyfield a conservé son titre lorsque Tyson a été disqualifié pour lui avoir mordu les deux oreilles durant le 3e round.

Son accession au sommet aura en effet été météorique. Entre le 6 mars 1985 et le 6 septembre 1986, soit 18 mois à peine, il dispute ses 27 premiers combats professionnels, tous remportés dont 15 dès le premier round.

Lors du suivant, il terrasse le Canadien Trevor Berbick dès la 2e reprise et devient le plus jeune boxeur de l’histoire champion du monde des lourds, à 20  ans, 4  mois et 23  jours.

Pendant plus de trois ans, son regard de requin, sa puissance de frappe phénoménale, sa fureur inaltérable inspirent la peur chez tous ses adversaires.  

« Je ne savais pas faire autrement. J’étais fou, j’avais l’impression d’être un roi barbare parti à la conquête de l’Empire romain », dira-t-il de cette période où il fait également la une des journaux à scandales, entre son divorce d’avec l’actrice Robin Givens, qui l’accuse de violences, et quelques bagarres qui le ramènent souvent à sa condition originelle de petit voyou venu de Brooklyn.

Morsures d’oreilles

Né le 30 juin 1966 à Brownsville, réputé pour son taux de criminalité élevé, le jeune Michael, élevé par sa seule mère, n’échappe pas à la rue où il ne fait pas que courir après les pigeons qu’il affectionne.

Sa première bagarre l’oppose à un plus grand, qui a justement arraché la tête d’un de ses volatiles. « C’est là que j’ai réalisé que je pouvais être au centre des attentions. Ça faisait du bien de gagner. Tout le monde hurlait, applaudissait. J’ai vécu avec ces applaudissements toutes ces années », déclarera-t-il au magazine Details.

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Mike Tyson durant une pause d’entraînement, le 6 septembre 2006 à Las Vegas.

Délinquant à huit ans, il compte 38 arrestations à ses treize ans, moment auquel l’entraîneur de boxe Cus d’Amato le prend sous son aile. Il trouve là un père spirituel qui cessera pourtant de l’habiter, quatre ans après sa mort, en 1990, lorsque James Buster Douglas lui inflige son premier KO à Tokyo.

« La boxe me désintéressait. Je ne sentais juste plus Cus en moi. Quand Douglas s’est relevé après que je l’ai envoyé au tapis, ça l’a rendu plus fort. Personne d’autre ne l’avait fait auparavant », expliquera-t-il.

La chute du poulain du sulfureux promoteur Don King est brutale. Deux ans plus tard, il est condamné pour le viol d’une reine de beauté et fait de la prison jusqu’en 1995.

Son retour sur le ring est victorieux, mais peu convaincant puisqu’il récupère ses titres contre de modestes adversaires. Et en 1996, il les reperd, corrigé par Evander Holyfield pourtant considéré sur le déclin.

La revanche, en 1997, est tragi-comique : Tyson mord Holyfield aux oreilles jusqu’au sang. L’image fait le tour du monde et celui qu’on surnomme désormais « l’homme le plus mauvais de la planète » écope d’une suspension.

Dépendances et bipolarité

En 2002, il échoue à devenir champion du monde sur trois décennies, puni par le Britannique Lennox Lewis. Ruiné, Tyson, qui arbore désormais un tatouage tribal autour de l’œil gauche, stoppe sa carrière en 2005 sur un bilan de 50 victoires (44 KO) et six défaites.

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Mike Tyson, le 19 septembre 2019 avant un match de la NFL.

La suite est une chute inexorable, marquée par la dépression, la drogue (cocaïne) et plusieurs arrestations. « Je n’ai aucune idée de qui je suis, déclare-t-il au New York Times. Toute ma vie, j’ai bu, je me suis drogué, j’ai fait la fête, et d’un coup tout s’arrête. Je n’aurais jamais pensé vivre jusqu’à cet âge. »

Un âge de raison résultant d’un troisième mariage en 2009, avec Lakiha Spicer, juste après la mort accidentelle d’une de ses sept enfants.

Ces dernières années, outre des apparitions au cinéma (« Very Bad Trip »), il se produit sur scène dans un one-man-show à succès où il raconte les hauts et bas de sa propre vie. Il enchaîne aussi les confessions, avouant notamment avoir été violé à sept ans et souffrir de bipolarité.

Il fait aussi florès dans le business légal du cannabis et pendant que la COVID-19 sévit, un autre virus finit par le rattraper : celui de la boxe.  Le combat exhibition qui l’attend face à Roy Jones Jr ne servira pas cette fois à combler ses dettes, mais, promet-il, à récolter des fonds à des fins caritatives.  

« Je vais aider les sans-abri et ceux qui sont accros. Parce que j’ai été un sans-abri et que j’ai été accro. Je sais à quel point c’est difficile. Il n’y a pas tant de gens qui peuvent y survivre comme je l’ai fait. »