(Montréal) La porte du marché américain a peut-être été ouverte pour Kim Clavel avec l’obtention du prix ESPY pour son travail en CHSLD pendant la pandémie de COVID-19. La Québécoise compte maintenant s’assurer qu’elle ne se referme pas en offrant toute une performance contre l’Américaine Natalie Gonzalez.

Frédéric Daigle
La Presse canadienne

« C’est beau, j’ai eu le côté humanitaire avec mon travail d’infirmière en CHSLD, mais je veux montrer que la boxeuse est là pour performer et rester, pour dominer la catégorie des mi-mouches », a assuré l’athlète de 29 ans la semaine dernière, au cours d’une visioconférence organisée avec les médias montréalais.

Clavel (11-0, 2 K.-O.) fera ses débuts sur les ondes d’ESPN, mardi soir, face à Gonzalez (6-0, 1 K.-O.), dans un gala mis sur pied par le promoteur Top Rank au MGM Grand, à Las Vegas.

Top Rank y tient d’ailleurs deux galas par semaine depuis le début de juin. Le combat aura lieu au poids intermédiaire de 110 livres, ce qui signifie que la ceinture de la North American Boxing Federation des mi-mouches (108 livres), détenue par la Québécoise, ne sera pas en jeu.

Autant Clavel (109,8) que Gonzalez (109,9) ont respecté la limite imposée lors de la pesée de lundi.

PHOTO MIKEY WILLIAMS, TOP RANK

Kim Clavel et Natalie Gonzalez lors de la pesée, lundi

« C’est une vitrine exceptionnelle. J’ai l’occasion d’aller boxer sur une immense scène avec Top Rank et les réseaux américains. J’ai une bonne adversaire : ça va faire de la bonne boxe. On va mettre la boxe féminine “sur la mappe” ! »

Adversaire de qualité

En Gonzalez, Clavel se frotte à une adversaire qui a connu un beau parcours en boxe amateure.

« Elle a gagné les Gants d’or à New York. Elle a un bon jab, de bonnes combinaisons, a souligné Clavel. Elle fait pas mal tout bien. Mais je vais lui jouer un tour. Nous avons notre stratégie ; j’ai bien hâte de l’exécuter. »

« Nous connaissons les filles qu’elle a affrontées en boxe amateure et nous avons vu beaucoup de vidéos de ses combats professionnels », a ajouté son entraîneuse, Danielle Bouchard. « Elle a un bon jab, elle garde bien sa distance grâce à ce coup. Quand elle a l’occasion de lancer une attaque, elle y va en combinaison.

« Par contre, Kim est extrêmement bien préparée, et je vous garantis qu’elle a un meilleur jab que son adversaire. On a de petites surprises pour elle ! »

Protocole rigoureux

La boxe et les sports de combat livrent – sans jeu de mots – un combat à la Santé publique afin de reprendre leurs activités au Québec. Le promoteur Yvon Michel ne s’en est pas caché la semaine dernière : il espère que le combat de Clavel et le protocole rigoureux mis de l’avant à Las Vegas sauront convaincre le gouvernement québécois de permettre la reprise des activités.

Aux yeux de Clavel, qui a repris du service comme infirmière en CHSLD au début de la crise sanitaire, les mesures de sécurité rendues nécessaires en raison de la COVID-19 les ont obligés, les membres de son équipe et elle, à être imaginatifs lors du camp d’entraînement.

« J’aurais aimé qu’on tourne une série sur ce camp : c’était assez exceptionnel, a lancé la boxeuse. C’était différent et ça a donné de très bons résultats. C’était un camp unique. Nous avons eu beaucoup de tests à passer et je peux vous dire que le test de la COVID-19 est désagréable pour le nez et l’œil !

« Nous avons trouvé des points super positifs dans certaines façons de travailler. On pourrait refaire certains types d’entraînement. »

Camp d’entraînement dans une bulle

« Nous avons pris beaucoup de plaisir à organiser ce camp. C’est la première fois que nous avons l’occasion de vivre un camp ensemble au quotidien, a poursuivi Bouchard. Ç’a été beaucoup plus facile. Étant en vacances de l’enseignement de mon côté, j’ai pu donner tout mon temps à la programmation de ce camp. Il y a vraiment plusieurs choses positives à tirer de ça. »

Nous avons pu tout mettre en place pour qu’elle soit prête à 100 %, même en travaillant différemment.

Danielle Bouchard, entraîneuse de Kim Clavel

Ces procédures n’ont pas pris fin avec son envolée pour Las Vegas, samedi. En fait, une fois Clavel rendue dans « The Bubble » – surnom donné au MGM Grand pour ces galas –, les suivis étaient encore plus serrés.

« Bien honnêtement, je n’aurai pas changé grand-chose : je suis dans une sorte de bulle depuis le début de mon camp d’entraînement avec Danielle et Stéphan [Larouche]. Nous avons créé notre bulle à nous, qu’on va transférer aux États-Unis.

« Nous allons suivre les règles, et ça ne change rien : je suis habituée de suivre des règlements, des protocoles. J’ai travaillé dans des CHSLD : des protocoles, j’ai dû en suivre. Ce n’est pas quelque chose qui me déboussole, au contraire. »

Ambassadrice

Avec Clavel, Marie-Ève Dicaire, championne du monde des super-mi-moyennes, Marie-Pier Houle et Leïla Beaudoin, entre autres, la boxe féminine québécoise compte sur d’excellentes ambassadrices.

Ariane Fortin – elle-même double championne du monde et olympienne – sera devant son écran, mardi soir, alors que RDS présentera en direct le combat de Clavel.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Ève Dicaire

« J’aime voir Kim boxer, elle donne toujours un bon spectacle ! J’ai suivi sa progression en boxe olympique et je continue de la suivre chez les professionnels. C’est une merveilleuse ambassadrice de notre sport, autant dans le ring que sur le plan humain », a indiqué la nouvelle présidente de Boxe Québec dans un échange de courriels avec La Presse canadienne.

Fortin croit d’ailleurs que des boxeurs comme Clavel, Dicaire et bien d’autres pourront aider la boxe à redorer son image auprès de certains.

« Le fait d’avoir des boxeurs et boxeuses populaires qui, en plus d’être des athlètes performants, sont de beaux êtres humains et de bons modèles pour les jeunes, c’est assurément bénéfique pour notre sport, a-t-elle indiqué. Je suis consciente que certains préjugés demeurent, mais je suis certaine qu’on en viendra à bout. Pratiqué de façon sécuritaire, l’entraînement de la boxe est tellement efficace pour développer la confiance en soi, les saines habitudes de vie, la discipline, la persévérance.

« Depuis que j’ai lancé mon programme scolaire Box’éduc, je le constate autant avec les tout-petits qu’avec les ados et les adultes. Quand les gens laissent leurs préjugés de côté et expérimentent le sport pour ce qu’il est, ils constatent par eux-mêmes tout le positif et les bienfaits que ça apporte, puis la barrière tombe. »

Les boxeurs du Québec doivent souhaiter que la Santé publique soit aussi à l’écoute, mardi, à compter de 20 h.