En cette ère de pandémie, on parle davantage de la COVID-19 et de mesures de sécurité que de l’adversaire, à la veille des combats de boxe.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Mais à quelques jours de son important duel à Las Vegas, mardi, Kim Clavel ne s’en plaindra pas. Elle a la chance de boxer, contrairement à ses collègues du Québec, où les sports de combat sont toujours interdits.

« Je me sens très choyée, très chanceuse, mais je le mérite, a lancé la jeune femme de 29 ans vendredi matin lors d’une vidéoconférence organisée par le Groupe Yvon Michel (GYM). J’ai travaillé très fort, j’ai un promoteur qui a travaillé très fort. J’ai la chance d’aller boxer aux États-Unis, je me concentre sur le combat, je veux vivre le moment présent, je ne veux pas être dans l’amertume. »

Kim Clavel (11-0-0, 2 K.-O.) affrontera mardi soir Natalie Gonzalez (6-0-0, 1 K.-O.), championne des Golden Gloves à New York en boxe amateur, au cours d’une soirée présentée au MGM Grand de Las Vegas.

La Montréalaise devra suivre un protocole très strict à son arrivée à Las Vegas, samedi. « C’est toujours exceptionnel pour un athlète de pouvoir se rendre à Vegas. Malheureusement, elle ne pourra pas voir la ville, expliquait lors de cette même vidéoconférence l’entraîneur Stéphan Larouche, un membre de sa garde rapprochée. Elle devra se rendre à sa chambre d’hôtel dès son arrivée là-bas. Elle n’en sortira que pour un test et l’entraînement. Elle sera aussi testée après la pesée. On n’a pas le droit de sortir du 12e étage. On sera escortés en tout temps. »

Stéphan Larouche se réjouit de ces mesures prises par le promoteur Top Rank. « Leur système est à toute épreuve. Il n’y a aucun danger de mettre la business en péril. Ça pourra servir d’exemple pour montrer qu’il peut y avoir de la boxe dans des conditions très sécuritaires. »

Le protocole est tellement serré, si on l’avait mis en place dans les CHSLD, il n’y aurait plus de virus au Québec…

Stéphan Larouche

Kim Clavel n’est pas alarmée par le protocole. « Je n’aurai pas à changer grand-chose. Je suis dans une sorte de bulle depuis le début du camp d’entraînement. Ça ne change rien dans ma tête. J’ai travaillé en CHSLD, les protocoles, j’ai l’habitude ! Le test de la COVID-19 est assez désagréable pour le nez et pour l’œil ! »

L’après-pandémie

La jeune femme a reçu en juin le prestigieux prix américain Pat-Tillman pour son implication dans la communauté, après avoir renoué avec son métier d’infirmière auxiliaire pendant la pandémie.

« J’aurais aimé que vous puissiez voir un “24/7” des dernières semaines. On s’est adaptés selon les situations. Ç’a été un camp d’entraînement assez unique. On a trouvé des points positifs dans ce qu’on a travaillé. Il y a plusieurs types d’entraînements qu’on va garder dans nos camps d’entraînement futurs. »

Stéphan Larouche a bien imagé les entraînements de la boxeuse montréalaise. « Ç’a été assez archaïque. Mais on savait dans quoi on s’embarquait avec Kim. Tu regardes Rocky IV, il y en a un qui frappe sur du bœuf, l’autre avec un appareil électronique. C’est celui qui frappe sur du bœuf qui gagne… »

Kim Clavel aura la chance de se produire de nouveau à Las Vegas si elle fait bonne figure mardi.

C’est une vitrine exceptionnelle, ça va faire de la bonne boxe contre une bonne adversaire, on va représenter le Québec avec brio.

Kim Clavel

« C’est une fille avec une fiche de 6-0, la mienne est de 11-0, elle a un bon background en boxe amateur, un bon jab, de bonnes combinaisons, mais on va aller lui jouer un tour. »

Une analyse corroborée par son entraîneuse Danielle Bouchard. « Son adversaire a un bon bagage. On a vu des vidéos d’elle en boxe professionnelle, elle a un bon jab, elle gère bien sa distance et quand elle lance, elle lance en combinaisons. Mais Kim est bien préparée et son jab est supérieur à celui de son adversaire.

« On a pris beaucoup de plaisir à organiser ce camp. C’est la première fois qu’on est au quotidien ensemble comme ça. La communication était plus facile, moi étant en pause de l’enseignement. On a beaucoup utilisé l’extérieur. La température a été de notre côté. On a réussi à mettre tout en place pour avoir une Kim à 100 %. »

Par ailleurs, on a senti au cours de cette vidéoconférence l’amertume du milieu de la boxe envers la Direction de santé publique du Québec, qui interdit toujours les sports de combat sur son territoire. « C’est encore plus outrageant qu’on n’a même pas pu ouvrir la discussion sur le protocole, déplore le fondateur de GYM, Yvon Michel. On a quelqu’un de chez nous, crédible, populaire, qui va évoluer dans cette situation-là [à Las Vegas]. J’espère que ça va montrer qu’on peut faire des sports de combat au Québec. »