Antoine Valois-Fortier a retrouvé ses coéquipiers pour un premier entraînement en salle à l’INS Québec fraîchement rouvert, lundi. Le retour au judo se passera peut-être ailleurs…

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Antoine Valois-Fortier n’avait pas oublié la date de sa dernière visite à l’Institut national du sport (INS) du Québec : le 13 mars, il fêtait son 30e anniversaire de naissance.

Trois mois plus tard, le judoka était de retour dans sa « deuxième maison » qui rouvrait ses portes, lundi, après la fermeture causée par la pandémie de nouveau coronavirus.

Bien sûr, plus rien n’était comme avant. Comme prescrit dans une vidéo explicative, le cinquième mondial a répondu à un questionnaire avant de se rendre à l’INS Québec, confirmant qu’il n’avait pas de symptômes suspects.

Comme ses 10 coéquipiers aspirant aux Jeux olympiques de Tokyo, il avait rendez-vous à 9 h pile, et pas avant. Leur destination : la salle d’entraînement un peu remodelée et limitée à un maximum de 20 visiteurs.

PHOTO JUDO CANADA VIA TWITTER

Couvre-visage en place, Valois-Fortier s’est beaucoup lavé les mains : avant d’entrer dans le Centre sportif du Parc olympique, à la réception de l’INS Québec, une centaine de mètres plus loin, dans le vestiaire, où la réallocation de casiers a permis de respecter la distanciation de deux mètres, et dans la salle de musculation, dont plusieurs stations étaient protégées individuellement par des panneaux de plexiglas.

« Comme pour un peu tout le monde, on vit comme dans un nouveau monde », a constaté le médaillé de bronze des Jeux olympiques de 2012 à son retour à la maison.

Malgré les contraintes, il était très heureux de renouer avec ses collègues, même si chacun devait faire sa petite affaire sur son appareil, positionné à deux mètres l’un de l’autre dans le gymnase.

« Ça fait du bien de retrouver la gang. Le côté social a manqué à pas mal tout le monde. S’entraîner chacun de notre bord, ça devenait difficile. Se motiver en groupe, se pousser, c’est ce qui est trippant. »

Avec l’aide de Judo Canada, qui lui avait entre autres fourni un vélo stationnaire, Valois-Fortier s’était constitué un petit gym personnel pendant le confinement. L’ensemble n’a évidemment rien à voir avec la salle d’entraînement de 8000 pieds carrés de l’INS Québec.

Il a fallu être créatif dans les derniers mois. On s’est rendu compte à quel point on était chanceux d’avoir une salle comme celle-là.

Antoine Valois-Fortier

Supervisée par deux préparateurs, la séance a duré 120 minutes, avec la dernière demi-heure consacrée au nettoyage et à la désinfection des barres et des appareils.

Le dojo au dernier étage est demeuré vide. Personne ne sait quand il rouvrira. « De ce que je comprends, on est à la première phase, a souligné le médaillé de bronze des Championnats du monde 2019. À voir les précautions qu’on prend, ce n’est pas demain la veille qu’on va se retrouver 60 personnes dans le dojo et qu’on va pouvoir refaire du judo. Reste que c’est un premier pas. Un petit pas, mais c’est positif. »

Une reprise à l’extérieur ?

Nicolas Gill a assisté à la séance de lundi. Avec la reprise des tournois internationaux annoncée pour septembre, le directeur général de Judo Canada n’a pas l’intention de rester les bras croisés.

« Ce que j’ai dit aux athlètes, c’est qu’à force d’attendre, on va finir par être en retard, a prévenu celui qui est revenu comme entraîneur à l’automne. C’est comme attendre pour mieux se dépêcher ! Quand ça va débloquer, ça va débloquer d’un coup. »

C’est pourquoi Gill évalue des options d’entraînement à l’extérieur de la province.

« On a tendance à oublier que par habitant, Montréal est l’un des pires endroits de la planète [touchés par la COVID-19]. Il y a beaucoup d’endroits où ça va mieux, où ils n’ont pas arrêté. »

La journée où il n’y a plus de restrictions de voyages, où les frontières sont ouvertes, on s’en va.

Nicolas Gill, directeur général de Judo Canada

Sans citer de destinations précises, il évoque la Biélorussie, où le sport s’est poursuivi.

« Je ne veux pas nécessairement aller là, mais tout le coin des anciennes républiques soviétiques, ils n’ont pas été atteints, ou très peu. Au pic de la tempête, quelqu’un en Ouzbékistan s’amusait à diffuser des entraînements en direct sur Instagram… Le connaissant, ça voulait probablement dire : préparez-vous, nous, on va être prêts ! »

Selon Gill, l’Ouzbékistan peut prétendre à une ou deux médailles aux Jeux olympiques de Tokyo. Son meilleur représentant chez les 81 kg, la catégorie de Valois-Fortier, a terminé septième aux derniers Mondiaux.

Au Japon, où la situation sanitaire paraît maîtrisée, les meilleurs judokas retourneraient sur les tatamis ensemble en se coupant de l’extérieur. « Le judo va reprendre au Japon avant le Canada, mais eux se referment pour mieux se protéger », a souligné Gill.

En Alberta, la deuxième phase du déconfinement, enclenchée vendredi, autorise les activités avec contacts comme le judo, en respectant certaines conditions. Voilà une autre destination potentielle.

« Tout est envisagé, a résumé Gill. Rien n’est défini, mais ma job est de surveiller ce qui se passe à travers la planète. Pas seulement ce qui se dit publiquement, mais ce qui se fait aussi derrière les portes closes. Il y a des endroits où c’était officiellement arrêté, mais ce n’était pas le cas dans la réalité. Il faut suivre et analyser ce qui est possible. Et savoir qui serait prêt à nous accueillir aussi. »

Les judokas qui ont manqué le moins d’entraînement sur les tatamis seront « clairement avantagés » à la reprise des compétitions à l’automne, anticipe-t-il. La situation économique des différentes fédérations aura également un impact.

« De notre côté, le mémo officiel disait que notre financement risquait d’être affecté à partir du 1er avril 2021 », a soulevé Gill.

Dans ce contexte, le double médaillé olympique s’attend à ce que la hiérarchie mondiale du judo soit largement « bousculée » l’an prochain. Il fera tout en son pouvoir pour que le Canada tienne son rang dans ce bouleversement.

Il a retrouvé ses chaussures…

En rouvrant son casier pour la première fois en trois mois, Valois-Fortier a retrouvé un objet prisé : sa meilleure paire de souliers de course. Il les a souvent regrettés alors qu’il a couru comme jamais durant le confinement. « Ç’a été ma découverte, ma nouvelle passion, a raconté le natif de Québec. Je me suis aussi pris d’admiration pour les gens qui font de la course. J’ai regardé les temps des meilleurs athlètes. il suffit d’en faire un peu pour réaliser à quel point c’est impressionnant. » Le record mondial de 12 min 37 s sur 5000 m de l’Éthiopien Kenesisa Bekele l’a particulièrement frappé : « J’aurais de la misère à faire ça en auto ! » Il a quand même atteint son objectif personnel, soit de passer sous les 20 minutes sur la même distance.