Qui a causé la plus grande surprise de l’histoire du sport ? À cette épineuse question, il y a bien quelques bonnes réponses. L’équipe américaine de hockey aux Jeux d’hiver de 1980 à Lake Placid vient en tête. Le Canadien de 1986 aussi. Mais James « Buster » Douglas s’avère une excellente réponse, peut-être la meilleure, et c’est ce que fait valoir le documentaire 42 to 1, de la série 30 for 30 du réseau ESPN.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

42 to 1 fait référence à la cote aux casinos de Vegas en marge du combat du 11 février 1990 de Douglas. Le 42 dans la cote, c’était lui, le négligé, le très grand négligé, en qui personne ne voulait ou ne pouvait croire. Le 1 dans la cote, c’était Mike Tyson, alors le boxeur le plus craint de l’univers, une brute de 23 ans qui avait une fiche parfaite de 37-0, incluant 33 K.-O, souvent tous très expéditifs.

Ça valait bien une cote de 42 contre 1.

« Douglas, la prochaine victime de Tyson », claironne un titre de journal qui est montré à la caméra d’emblée. Le ton est donné, et l’histoire racontée dans 42 to 1 est celle d’un négligé comme on les aime. Dans ce cas-ci, le gros du récit ne se concentre pas sur Tyson, présent seulement dans des images d’archives, mais bien sur Douglas, une étoile filante qui n’aura jamais tant brillé que par ce soir de février 1990 à Tokyo.

La caméra commence par nous montrer des images de la modeste résidence familiale des Douglas, à Columbus, en Ohio, où le paternel, lui-même ancien boxeur, exerce un contrôle serré dans la maisonnée. C’est d’ailleurs le père qui entreprend de faire de son fils James un futur champion du monde, et qui lui montre les rudiments de la boxe.

De fil en aiguille, Buster réussit à grimper les échelons, mais une défaite un peu inattendue contre Tony Tucker en 1987 vient mettre du sable dans l’engrenage. Douglas est non seulement victime d’un K-O. technique face à Tucker, mais pire encore, il donne l’impression d’un boxeur qui a abandonné en plein combat. Sa réputation est faite.

Douglas va s’accrocher en disputant six combats sans histoire par la suite… jusqu’à ce que Don King, le gérant de Tyson, passe un coup de fil à son représentant. Tyson doit se battre à Tokyo avant un combat très attendu contre Evander Holyfield un peu plus tard, et on cherche un genre de faire-valoir pour permettre à Tyson une petite soirée facile en attendant. C’est Douglas qui est identifié comme la proie idéale.

Les images d’entraînement nous permettent d’ailleurs de comprendre que le clan Tyson n’a jamais cru, une seule seconde, que ce combat du 11 février 1990 allait être un problème. Tyson est dépeint comme étant très confiant, à la limite de l’arrogance, pendant que Douglas sue à grosses gouttes dans le gym ou en joggant dans les rues désertes de l’Ohio. La table est mise…

Avant d’être quoi que ce soit, l’histoire de Buster Douglas est d’abord une tragédie. Sa relation avec son père, déjà fragile, ne s’améliore pas lorsqu’il lui annonce vouloir un nouvel entraîneur avant d’affronter Tyson. Puis, à quelques semaines du grand jour, la mauvaise nouvelle arrive : la mère de Douglas meurt subitement. On lui propose de reporter le combat, mais non, il se battra à la date prévue. Parce que c’est ce qu’elle aurait voulu, explique-t-il.

Vient enfin le combat lui-même, et les images sont saisissantes, criantes de vérité, parce que c’est vraiment ce qui est arrivé. Elles méritent d’être revues, notamment par ceux qui ont aimé la boxe des années 90, et qui n’ont fort probablement pas regardé ce combat en direct tellement il était sans intérêt, parce que Tyson, assurément, n’allait pas permettre à son adversaire de veiller bien tard. Imaginez un peu le choc au moment d’apprendre le résultat, le lendemain… Parmi les images du combat, on en retient une avant tout : celle où un Tyson au plancher, le regard hagard, cherche désespérément à récupérer son protecteur buccal.

Buster Douglas ne pourra jamais gravir un échelon plus haut que celui-là. Déjà, au combat suivant, c’est la défaite, cuisante, contre Holyfield. La retraite suivra en 1999, et aujourd’hui, c’est dans un gym de Columbus qu’on le retrouve, à refiler ses meilleurs trucs aux plus jeunes.

Il n’aura pas eu la carrière espérée. Mais le temps d’un seul soir, en février 1990, James Douglas aura été le plus grand.

42 to 1 sera diffusé sur le réseau TSN2 le dimanche 19 avril à 18 h.