Jean Pascal (34-6-1, 20 K.-O.) a accroché sept ceintures sur les cordes du ring du gymnase Hard Knox de Saint-Henri. Tandis qu’il les passe en revue, on lui demande de choisir celle qui est la plus significative à ses yeux.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

La réponse fuse même si chacune d’entre elles témoigne de moments spéciaux dans sa carrière. « Je les aime toutes, mais je dirais que c’est la dernière parce qu’elle a probablement été la plus difficile à avoir. Personne ne pensait qu’à mon âge, j’allais regagner le titre mondial. »

Sans hésiter, le Lavallois de 37 ans a donc choisi la ceinture WBA des mi-lourds – la mention « intérimaire » a été retirée le 9 octobre – remportée contre Marcus Browne (23-1-0, 16 K.-O.) au mois d’août. En battant l’Américain de huit ans son cadet, invaincu jusque-là, Pascal est parvenu à mettre un peu de piquant dans la dernière ligne droite de sa carrière.

« Plusieurs auraient lâché avant, mais j’ai continué à y croire et ça m’a pris presque dix ans [huit ans] pour regagner un titre mondial », souligne celui qui a aussi mis la main sur le titre Silver du WBC. 

Je veux montrer aux jeunes que c’est important de croire en soi. Mais ça ne se suffit pas, il faut aussi travailler fort, être discipliné, et surtout être persévérant.

Jean Pascal

Justement, il s’est dit et écrit que Pascal avait failli tourner la page de la boxe au cours des dernières années. « C’est plus les gens qui l’envisageaient pour moi, corrige-t-il immédiatement. Des fois, quand on commence à trop écouter les gens, il y a une possibilité que ça vienne jouer dans notre tête. On peut se laisser influencer et prendre de mauvaises décisions. »

N’empêche que Pascal aurait très bien pu dire stop à quelques reprises en 2016 ou en 2017. Le deuxième acte face à Sergey Kovalev, au Centre Bell, aurait pu laisser une trace indélébile, tant la correction avait été sévère. Son combat, à Miami, contre le jeune espoir égyptien Ahmed Elbiali a aussi pris tous les contours d’un combat d’adieu. Le scénario, avec une victoire par K.-O. technique au sixième round, lui a plutôt donné un second souffle.

« J’étais comme la brebis qu’on offrait au loup. Mais j’ai montré que la brebis était encore très jeune et qu’elle ne voulait pas se faire manger. J’ai prouvé que j’étais encore là et c’est pour ça que j’ai décidé de continuer. »

Des ajustements

Au sous-sol du gymnase, sur la porte du vestiaire, on peut voir une affiche promotionnelle du combat opposant Jean Pascal à Bernard Hopkins, le 21 mai 2011, au Centre Bell. À l’époque, Pascal était âgé de 28 ans et il s’apprêtait à effectuer la cinquième et dernière défense de son titre de champion des 175 lb du WBC.

« Si j’avais un conseil à donner au Jean Pascal de 2011, ce serait de continuer à y croire malgré les échecs. Dans le sport comme dans la vie, tu n’as pas toujours ce que tu veux à la première occasion, mais il faut persévérer. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

« Je me consacre à mon sport à 110 % », dit Jean Pascal.

Et, avec l’horloge qui tourne, il faut s’ajuster, ajoute-t-il. Avec le temps, il a évidemment gagné en expérience. Il connaît mieux son métier, son corps et ses réactions quand il le soumet à la coupe de poids. En revanche, la vitesse et les réflexes ne sont plus ceux des beaux jours. On l’a bien vu, lors de sa défaite par décision unanime contre Dmitry Bivol, en novembre 2018.

« Sa confiance en lui est nettement supérieure à la normale des gens qui sont dans le sport, ajoute Stéphan Larouche, son entraîneur depuis 2016. Il a aussi pris une maturité qui lui permet de mieux gérer sa carrière. Il faut dire que son conseiller [Greg Leon] est d’une justesse extrêmement rare. Les deux ont été capables de chercher les meilleurs combats quand Jean en avait besoin. »

Le dossier Jack

Le prochain adversaire de Pascal est connu depuis quelques jours déjà. Le 28 décembre, à Atlanta, il affrontera le Suédois Badou Jack (22-2-3, 13 K.-O.), qui avait déjà croisé Lucian Bute et Adonis Stevenson. Le vainqueur deviendra l’aspirant obligatoire d’Artur Beterbiev, champion des mi-lourds du WBC qui détient aussi le titre IBF.

« Badou Jack est un boxeur qui est très efficace et qui est bon sur plusieurs plans. Il a un volume de coups qui est très élevé, il est assez solide défensivement et il a une force de frappe respectable. C’est un dossier qui n’est pas facile », avoue Stéphan Larouche.

Après une préparation physique à Porto Rico, Pascal et son équipe reprendront, vendredi, le chemin d’une destination ensoleillée pour démarrer le véritable camp d’entraînement. « Il n’hésite pas à investir dans sa préparation. Malgré son âge, il fait comme s’il était dans le prime de sa carrière », souligne son entraîneur.

« Je prends mes camps aussi au sérieux que lorsque j’avais 25 ans, et je crois que c’est l’une des raisons qui font mon succès, poursuit Pascal. À un certain âge, les boxeurs vont être moins enclins à aller à l’extérieur pour s’isoler, parce qu’ils ont fait ça toute leur carrière. Moi, je me consacre à mon sport à 110 %. »

Combien de temps voudra-t-il encore le faire ? « On est plus proche de la ligne d’arrivée que du départ, mais il me reste encore du “gaz dans la tank”. »