Deuxième du classement olympique après sa médaille d’argent au Grand Chelem d’Abou Dhabi, Arthur Margelidon ne tient rien pour acquis. Le judoka de 26 ans sait trop bien qu’un rêve est si vite envolé.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Arthur Margelidon recevait les accolades à son arrivée à l’Institut national du sport du Québec (INSQ), mardi matin. Deux jours plus tôt, il était rentré du Grand Chelem d’Abou Dhabi avec une médaille d’argent dans ses bagages.

Son préparateur physique, Nicolas Thébault, lui a donné une tape dans le dos. « Jusqu’à la fin », a réagi Margelidon en faisant un peu la moue. « Il faut planter le dernier clou. »

Cette deuxième médaille d’argent dans un tournoi du Grand Chelem, après celle de Tokyo en décembre 2017, lui a fait plaisir. Mais le Montréalais regrettait le dénouement de la finale et, surtout, son comportement dans les derniers instants du combat. Après avoir reçu une punition, il s’est impatienté, agacé par le style atypique du Turc Bilal Ciloglu. Ce dernier n’attendait que cette ouverture pour projeter son adversaire et marquer un waza-ari.

Dans le coin, Nicolas Gill a signalé à son protégé qu’il n’avait pas respecté le plan de match. « Il ne m’a pas écouté ! », a lâché, mi-sérieux, le double médaillé olympique à l’arrivée de Margelidon dans le dojo de l’INSQ, mardi. Gill a remis le judogi d’entraîneur depuis le départ de Michel Almeida, ancien responsable du groupe masculin.

Avant de retourner sur le tatami avec son coach et Antoine Valois-Fortier pour revoir ce qui n’avait pas fonctionné avec le satané Turc, Margelidon a expliqué comment la conclusion d’un tournoi représente son principal défi.

J’ai beaucoup de médailles, des deuxièmes et troisièmes places, mais champion, ça fait un moment. Aux Jeux, je serai content si j’ai une deuxième place. Mais ce que je veux, c’est être champion olympique. Je veux donc travailler sur cette facette : gagner le dernier combat.

Arthur Margelidon, qui se bat chez les moins de 73 kg

Margelidon parle des JO de Tokyo, mais il le fait avec circonspection. Il a beau occuper le deuxième rang au classement olympique, il ne tient rien pour acquis d’ici à la date butoir du 24 mai 2020, qui marquera la fin d’un processus de deux ans. « Je ne veux pas m’asseoir sur mes lauriers », insiste-t-il.

Le natif de Paris, qui a grandi dans le Plateau-Mont-Royal, connaît mieux que quiconque la fragilité du rêve olympique. En 2016, il détenait son accréditation pour les Jeux de Rio quand il s’est fracturé un os du poignet à l’entraînement, à une semaine de son départ. « Une connerie » qui l’a plongé dans son pire cauchemar, résume-t-il.

À l’hôpital, il a espéré jusqu’à la dernière seconde que son articulation ne soit que luxée. « Quand le médecin m’a confirmé que c’était cassé, j’ai pleuré. J’ai vu ça comme la fin du monde. »

Encore aujourd’hui, il y pense chaque jour. « J’ai fait 15 ans de judo pour me rendre jusqu’à cet objectif et tout s’est évaporé en un instant. »

Margelidon est quand même allé au Brésil pour accompagner ses parents qui avaient acheté leurs billets. Son accréditation a été révoquée – « comme si je n’existais plus » – et il a assisté à l’événement en simple spectateur. Pour seul souvenir de sa qualification, il n’a qu’un cadre avec ses écussons olympiques remis par Judo Canada.

L’expérience a été déchirante, mais il n’a pas de regrets. Trois ans plus tard, il s’en sert comme « tremplin » et « motivation ». « Mon père ou mes amis m’ont souvent dit, sans que j’y croie vraiment, que je n’étais pas destiné à aller à Rio. Que ma médaille, j’allais la gagner à Tokyo. »

Le vice-champion panaméricain n’y est pas encore, mais il a largement progressé depuis le début du dernier cycle : deux podiums en Grand Chelem, cinq en Grand Prix et une médaille d’argent au Masters mondial de Guangzhou, en décembre, tournoi réunissant les 16 meilleurs de chacune des catégories.

Dans les circonstances, sa défaite au deuxième tour des Mondiaux de Tokyo, à la fin août, l’a laissé dans « l’incompréhension ».

« En 2016, j’étais plus dans les coups d’éclat [médaille d’or aux Championnats panaméricains]. Une bonne performance suivie de quelques mauvaises. Là, j’affiche une belle constance dans mes résultats. Mais je n’ai pas de médaille en Championnat du monde. Je dois passer à la vitesse supérieure. »

Margelidon aura l’occasion de « planter le dernier clou » lors de deux tournois importants d’ici la fin de l’année : le Grand Chelem d’Osaka (du 22 au 24 novembre) et le Masters de Qingdao (du 12 au 14 décembre), séjour asiatique entrecoupé d’un stage à Tokyo.

Un partenaire de choix

Antoine Valois-Fortier (81 kg) est le partenaire d’entraînement de Margelidon (73 kg) depuis deux ans. Ce dernier réalise sa chance de bénéficier du bagage du médaillé de bronze des JO de Londres et des derniers Championnats du monde. « Ça m’aide beaucoup, acquiesce Margelidon. Je partage souvent sa chambre en tournoi. Je me rends compte que ce n’est pas tout le temps rose pour lui non plus. Même s’il est toujours compétitif aux Mondiaux et aux Jeux olympiques, il passe par les mêmes états d’esprit que n’importe qui. Ça te fait comprendre que tu n’es pas le seul à vivre ce genre de choses. »