Les Jeux panaméricains se tiennent à Lima, au Pérou, du 26 juillet au 11 août. Parmi la centaine d’athlètes canadiens présents, des Québécois pratiquent des sports peu médiatisés et doivent souvent conjuguer le travail avec la compétition. Portraits d’athlètes aux parcours inusités.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Aujourd’hui : Phillip et Thomas Barreiro, lutte Demain : Myriam Laplante, Catherine Léger et Vassilia Gagnon, handball

Ce n’était pas dans leurs habitudes, mais Thomas et Phillip Barreiro ont, un jour, demandé à leurs parents de venir les chercher un peu plus tard à l’école. Les frères jumeaux avaient un plan en tête : essayer la lutte.

« Notre père travaillait à l’Université Cornell et on allait donc à l’école secondaire à Ithaca [dans l’État de New York], situe Thomas. Quelques enfants ont suggéré que nous serions bons à la lutte parce qu’on se battait beaucoup. On l’a essayé un jour après l’école…

« … et il s’est avéré qu’on était pas mal bons », ajoute Phillip.

Champions canadiens en lutte gréco-romaine à plusieurs reprises, Thomas et Phillip participeront aux Jeux panaméricains, du 7 au 10 août, et caressent le rêve de participer aux Jeux olympiques de Tokyo, en 2020. Ils souhaitent surtout être de bons modèles pour la jeunesse du territoire d’Akwesasne, situé à cheval sur le Québec, l’Ontario et les États-Unis.

Les deux frères mohawks font presque figure d’exceptions dans le paysage sportif de leur communauté. « Notre peuple a inventé la crosse. Ça fait partie de notre histoire et c’est enraciné dans notre culture, précise Phillip. Dans notre communauté, en particulier, il y a seulement eu trois lutteurs : nous et Nolan Terrence, que l’on a coaché. »

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Phillip Barreiro

C’est d’ailleurs en entraînant Terrence que la carrière des deux frères a pris un second souffle, eux qui s’imaginaient arrêter après l’université. En lui cherchant un entraîneur de très haut niveau, ils ont abouti à Montréal et, plus précisément, au gymnase Tristar.

Ils y ont rencontré l’entraîneur Doug Yeats et fait la transition entre la lutte de style libre et la lutte gréco-romaine. Dans le deuxième cas, les combattants doivent faire leurs attaques au-dessus de la taille. La discipline met de l’avant les aspects techniques, tactiques, le sens du positionnement et la prise de décision rapide.

« Après avoir fait de la lutte de style libre pendant si longtemps, je commençais à être épuisé [“burned out”], reconnaît Phillip. La lutte gréco-romaine est un sport différent. Cette nouveauté, mais aussi les enseignements de Doug, a fait en sorte que je retrouve l’amour qui était le mien auparavant. »

« Faire de grandes choses »

Plusieurs fois par semaine, les deux frères roulent donc pendant plus d’une heure afin de s’entraîner au gymnase Tristar. Car après leurs études universitaires à l’American University à Washington, les frères Barreiro ont décidé de retourner dans la réserve mohawk d’Akwesasne. Ils s’y impliquent chacun à leur manière.

Phillip est administrateur pour la cour tribale. Thomas, de son côté, agit à titre de coordonnateur des sports, du conditionnement physique et des loisirs au Boys and Girls Club. La structure offre notamment un programme parascolaire. En rêvant des Jeux olympiques et en y mettant les efforts, ils souhaitent montrer que des avenues existent en dehors du cadre classique de la crosse.

« Une bonne partie du programme est de faire comprendre aux jeunes qu’ils peuvent poursuivre leurs rêves et faire de grandes choses. C’est important que les enfants puissent avoir des modèles et des sources d’inspiration, raconte Thomas. Il y a plein de joueurs de crosse dans notre communauté, mais il y a beaucoup d’enfants comme nous qui n’étaient pas si talentueux. Ils vont voir qu’il y a d’autres activités sportives dans lesquelles on peut exceller. »

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Thomas Barreiro

Thomas, qui lutte dans la catégorie des 97 kg, a remporté le titre de champion canadien à quatre reprises (2015, 2017, 2018 et 2019). Phillip, chez les 87 kg, a décroché trois titres nationaux en 2014, 2018 et 2019. S’ils se sont affrontés seulement à trois reprises en tournoi – Phillip mène le duel 2 à 1 –, les deux frères jouent un rôle de soutien très important l’un pour l’autre.

« C’est difficile parfois de trouver un partenaire de très haut niveau. Quand on vient s’entraîner au Tristar, il y a d’excellents combattants d’arts martiaux mixtes qui maîtrisent parfaitement le muay thaï ou le jiu-jitsu. Mais quand on fait de la lutte gréco-romaine, ce n’est pas pareil. Il y a plein de petites erreurs qui sont faites. Être en mesure de travailler avec mon frère m’aide beaucoup », souligne Thomas.

Source d’inspiration

Ils se rendent maintenant à Lima avec la volonté de remporter une médaille ou, à tout le moins, de faire mieux que lors des derniers Championnats panaméricains, en mars dernier. Phillip y a pris le cinquième rang tandis que Thomas a terminé septième. À 29 ans, leur motivation est donc de continuer à s’améliorer et d’inspirer leur communauté au passage.

« Je le fais parce que c’est ce que j’aime faire et que je veux essayer d’atteindre mes objectifs tant que mon physique me le permet, résume Phillip. Si j’avais fait de la lutte pour gagner de l’argent, j’aurais déjà arrêté. J’aurais fait autre chose. »

Pour se rendre à Tokyo, ils devront remporter les épreuves de sélection de l’équipe canadienne en décembre. Les billets olympiques, quant à eux, se gagnent aux Championnats du monde, lors d’une épreuve de qualification continentale, ainsi que lors d’un tournoi de la dernière chance.

À noter que les athlètes ne gagnent pas directement leur participation en cas de bons résultats, mais une place pour leur pays dans chacune des catégories de poids.

Seulement 16 athlètes sont retenus dans les différentes catégories. Mais qu’ils y arrivent ou pas, Phillip et Thomas auront montré l’exemple avec leurs sacrifices et leurs efforts déployés.