Pour certains plus que d'autres, le «10 Year Challenge», qui est apparu sur les réseaux sociaux au cours des dernières semaines, a été l'occasion de mesurer l'étendue du chemin parcouru.

Mis à jour le 24 janv. 2019
Pascal Milano LA PRESSE

Jade Masson-Wong (3-0-0, 1 K.-O.), qui se battra pour la première ceinture féminine de l'organisation TKO contre l'Allemande Mandy Böhm (5-0-0, 2 K.-O.), le 8 février au Centre Vidéotron, n'y est pas allée par quatre chemins. «Petite cr*** de dévergondée à combattante mma professionnelle. Y'en a eu du chemin de fait (une chance)», a-t-elle écrit sur son compte Instagram.

Dans cette transformation, qu'elle a illustrée avec des photos de 2010 et de 2018, elle met de l'avant une grande passion: les arts martiaux mixtes.

«J'ai eu des problèmes de consommation durant mon adolescence, j'ai fait du centre jeunesse et des thérapies, dit-elle en entrevue. Dans le fond, quand tu te sors de ça, il te faut un peu une béquille. Moi, j'ai transféré toutes mes dépendances dans le sport et c'est vraiment ça qui me garde disciplinée. On s'entend qu'il faut beaucoup de sacrifices et de discipline pour faire tout ça. Oui, les arts martiaux m'ont un peu sauvée.

«À la jeune fille que j'étais sur la photo, je lui dirais juste de faire ce qu'elle a à faire et qu'à un moment donné, elle va se réveiller. J'ai beaucoup d'expérience que bien des gens n'ont pas. J'ai compris des affaires que beaucoup de monde n'a pas comprises à mon âge.»

La boxe d'abord

Masson-Wong, qui a toujours aimé «les émotions et les sensations fortes», est entrée dans le monde des sports de combat par la boxe. Elle s'est dirigée vers les arts martiaux mixtes à l'âge de 18 ans. À cette époque, elle n'imaginait ni disputer de combat ni devenir professionnelle.

Ce n'est que lors de son premier combat de kickboxing qu'elle a eu la passion et qu'elle s'est fixé l'objectif d'en faire une carrière. Le parcours amateur n'est jamais facile et encore moins du côté féminin en raison d'un bassin de combattantes peu important. «Il faut vraiment que tu le fasses par passion. Tu n'as rien au bout du compte, mis à part la satisfaction personnelle», résume la jeune femme âgée de 26 ans.

Durant ces années chez les amateurs, Masson-Wong a commencé un programme de formation en techniques ambulancières. Elle a aussi tenté d'entrer dans l'armée canadienne, mais cela n'a finalement pas fonctionné.

Finalement, elle a choisi de travailler à temps partiel dans un magasin tout en s'entraînant le plus possible. Elle a été récompensée, le 8 février 2018, en signant un premier contrat professionnel avec l'organisation TKO. Coïncidence, elle tentera de remporter la ceinture des poids mouches (125 lb) exactement un an après avoir signé ce contrat. Durant cette période, elle a remporté ses trois combats, dont le dernier par K.-O. technique aux dépens de Marilyn Micallef.

«J'ai travaillé fort, j'aime ce qu'est devenue ma vie. Je suis contente de la tournure des événements et je ne pourrais pas demander mieux, répète-t-elle. Je ne pensais pas que ça irait aussi vite, mais je travaille tellement fort que je suis contente d'avoir cette chance-là. C'est, pour moi, un moment d'histoire avec cette première ceinture féminine en jeu au Québec.»

Dans l'octogone, Masson-Wong affrontera Böhm, qui a remporté ses cinq combats dans le German MMA Championship (GMC). Elle a pu trouver quelques combats de son adversaire, mais essentiellement de vieilles vidéos. Elle a toutefois une bonne idée du style de l'expérimentée Allemande.

«Elle aime mettre la pression et je m'attends à ce qu'elle le fasse dès le début. Elle met beaucoup de volume et elle a de bons coups de pied, détaille-t-elle. Elle a beaucoup d'expérience en muay-thaï et en kickboxing. Ça va être le fun parce que c'est un autre défi par rapport à mes dernières adversaires qui étaient quasiment toutes des filles de jiu-jitsu. Dans le fond, je ne dois pas respecter sa distance. Soit je rentre dedans, soit je reste plus à l'extérieur.»

Unis par l'octogone, mais pas seulement

Le Centre Vidéotron comporte son lot de bons souvenirs pour Masson-Wong. C'est dans cette enceinte, directement dans l'octogone, que son copain Marc-André Barriault s'est agenouillé pour lui demander sa main. Les deux combattants affichent une grande complicité et s'aident forcément dans leur carrière respective.

«On s'entraîne et on est tout le temps ensemble. C'est sûr qu'on ne fait pas les techniques ensemble, mais on regarde les entraînements de l'autre. On est capables de voir nos progrès respectifs ou, au contraire, ce qu'il faut améliorer. C'est un gros plus entre nous. [...] Par contre, quand on a un moment tous les deux, ça fait du bien de parfois déconnecter des arts martiaux et de se changer les idées.»

Barriault, un poids moyen, fera ses débuts très prochainement dans l'UFC après avoir remporté la ceinture, puis réussi deux défenses chez TKO. Il est le modèle à suivre pour Masson-Wong.

«Moi aussi, j'ai cet objectif et c'est certain que je veux aller le rejoindre [dans l'UFC]. De voir qu'il y est arrivé, ça me montre que c'est possible et que c'est accessible. Je veux me rendre le plus loin possible: aller chercher la ceinture TKO, la défendre et, après, je ne sais pas ce qui va arriver.»

Photos tirées du compte Instagram @jademassonwong

Jade Masson-Wong en 2010 et en 2018