Jacqueline Bizier se rappelle le premier coup de poing de son boxeur de fils. La petite famille arpentait en voiture les rues de Québec. Les trois garçons étaient assis derrière et se chamaillaient.

Gabriel Béland LA PRESSE

Fait étrange, le plus jeune donnait du fil à retordre aux plus vieux. «Il a donné un coup de poing à son grand frère Yann. Je l'ai chicané. Mais de la manière que le coup de poing est parti, je me suis dit: ''Ça, ça va faire un boxeur plus tard!''»

Kevin Bizier avait un an et demi.

Muhammad Ali est devenu boxeur parce qu'on lui avait volé son vélo. Mike Tyson, pour se défendre contre des voyous qui lui faisaient les poches. Kevin Bizier est devenu boxeur d'avoir grandi avec deux grands frères.

Le benjamin de la famille Bizier est aujourd'hui âgé de 29 ans et s'apprête à livrer demain le combat le plus dur de sa carrière au Colisée Pepsi de Québec, en sous-carte de Stevenson-Bellew. S'il bat le Montréalais Jojo Dan (31-2, 17 K.-O.) - partenaire d'entraînement de Lucian Bute -, Bizier (21-0, 14 K.-O.) deviendra deuxième aspirant au titre IBF des mi-moyens.

Le duel promet. Il oppose un Québécois à un Montréalais. Bizier a un style agressif et «aime aller à la guerre», comme dit son père. Jojo Dan est un boxeur aguerri qui, à 32 ans, ne peut se permettre de perdre.

L'affrontement représente aussi un retour à Québec pour Bizier. «Retour» est un terme bien relatif pour décrire la relation du boxeur avec sa ville natale. Il est vrai qu'il ne se bat pratiquement jamais ailleurs qu'à Montréal; le combat de demain soir sera seulement son cinquième à Québec en carrière.

Mais d'une certaine façon, Kevin Bizier n'est jamais vraiment parti de sa ville natale. Il y a quatre ans, il a rejoint le Groupe Yvon Michel et accepté de venir s'entraîner à temps plein à Montréal, capitale de la boxe au pays. Mais il n'était pas question pour lui de déménager tout à fait.

Le boxeur a trouvé un appartement dans le nord de la métropole. Mais chaque fin de semaine, il emprunte l'autoroute 40 en direction de Québec. Il part rejoindre sa blonde et sa fille de 10 mois.

«J'arrive à Montréal le lundi matin et je rentre à Québec le samedi après-midi. Je suis prêt à faire bien des sacrifices pour la boxe, comme de rouler sur la 40 cent fois, explique Bizier. Mais je ne vais pas sacrifier ma famille.»

Le boxeur apprécie la ville où il a grandi. «C'est petit, c'est tranquille et il y a moins de trafic qu'à Montréal, énumère-t-il. Y a des gars comme David (Lemieux) qui ont besoin d'action et de sortir. Pas moi!»

Kevin Bizier entend d'ailleurs revenir chez lui, une fois terminée sa carrière de boxeur. Il a déjà acheté deux immeubles d'habitations à Québec. «J'essaye d'être intelligent. Je ne sais pas si je vais faire un jour de l'argent comme Jean Pascal ou Lucian Bute. Alors, je dois penser à ma retraite», dit-il.

Sur les traces de Fernand Marcotte

En préparation du combat de demain, il reste dans la maison familiale. «Comme ça, sa fille ne le réveille pas, et il peut dormir tranquille», explique sa mère.

C'est dans cette maison du quartier Saint-Émile, dans le nord de la ville, que Kevin Bizier a enfilé les gants de boxe pour la première fois, à l'âge de 13 ans. «Il avait fait un ring dans le sous-sol, se rappelle Jacqueline Bizier. Il invitait les petits gars du coin à s'essayer contre lui.»

Au même moment, il a mis les pieds pour la première fois dans un gymnase de boxe. Celui-ci appartenait à Fernand Marcotte, le plus reconnu des boxeurs à être sortis de Québec. Kevin Bizier pourrait bien lui ravir ce titre, s'il devenait champion du monde en 2014 comme il en rêve.

Un combat pour le titre IBF des mi-moyens, qui appartient à Devon Alexander, est d'ailleurs à l'horizon. Mais pour ça, il doit l'emporter demain contre Jojo Dan. S'il y parvient, il gravira dans sa ville natale un autre échelon de sa carrière de boxeur, après ses premiers pas dans le gymnase de Fernand Marcotte et son premier coup de poing, lancé dans une voiture filant dans les rues de Québec.

Pour son père Rémi, il ne fait aucun doute: «Kevin va tout le temps être un gars de Québec!»