Il règne une chaleur écrasante dans cet entrepôt anonyme du quartier industriel de Boca Raton, en Floride, à environ 30 minutes de Fort Lauderdale.

Mis à jour le 12 nov. 2013
Caroline Touzin LA PRESSE

Une porte de garage s'ouvre et laisse apparaître un minuscule gymnase de boxe. Il n'y a pas de climatiseur ni de vestiaire. On compte quelques appareils de musculation sur la mezzanine, une poignée de tapis roulants et deux rings. Le confort n'est pas au rendez-vous.

«Ça ressemble au Kronk Gym (à Detroit). On est de la vieille école», lance l'entraîneur Javen Hill, pince-sans-rire, aux journalistes invités au camp d'entraînement de son poulain, le Montréalais Adonis Stevenson.

Le champion WBC des mi-lourds (175 livres) s'entraîne ici durant un mois en prévision de son combat contre le Britannique Tony Bellew (20-1-1, 12 K.-O.), qui aura lieu le 30 novembre à Québec.

Stevenson, affilié au Kronk Gym, a rompu avec la longue tradition établie par son défunt entraîneur Emanuel Steward. Le fondateur du mythique gymnase de Detroit avait l'habitude d'organiser ses camps d'entraînement dans les forêts du nord du Michigan, à Traverse City.

Stevenson garde de bons souvenirs de son premier camp à Traverse City. Et pour cause! Au terme de ce camp, en juin dernier, sa vie a changé. Alors qu'il avait le statut de négligé, Stevenson est devenu champion WBC des mi-lourds en passant le K.-O. à Chad Dawson à 1:16 du premier round. Moins de quatre mois plus tard, il a défendu sa ceinture une première fois avec succès en surclassant Tavoris Cloud.

Une recette suivie à la lettre

Mais cette fois-ci, il ne voulait pas s'entraîner dans un climat rude. «Je ne voulais pas risquer d'attraper froid et ruiner ma préparation», dit le boxeur. Pour le reste, la recette du Kronk Gym est toujours suivie à la lettre.

Stevenson n'a pas de préparateur physique. Sa garde rapprochée se résume à une seule personne: Javen Hill. Son entraîneur est le neveu de Steward, dont il a pris la relève après la mort de ce dernier l'an passé. Ici, tout le monde l'appelle Sugar.

Le boxeur partage un condo avec son entraîneur à Delray Beach. Sugar le réveille le matin, lui cuisine ses repas, prend soin de ses mains (le cogneur est obsédé par l'état de ses poings). «Il aime être materné comme un bébé», lance Sugar, d'un air sérieux, avant d'éclater de rire.

Stevenson arrive une heure en retard à son entraînement prévu à 8h. Son entraîneur a l'habitude. Les deux hommes s'étirent en se taquinant. Leur complicité est évidente. À 41 ans, Sugar joue le rôle du grand frère.

Stevenson (22-1, 19 K.-O.) porte des collants bleus sous ses shorts malgré la chaleur suffocante. Cela renforce son image de «Superman», un surnom crié par un admirateur après une victoire chez les amateurs et qui lui est resté.

L'entraînement matinal est consacré à peaufiner son jeu de jambes. Hill a enfilé des cibles dans ses deux mains, sur lesquelles Stevenson frappe allègrement. L'entraîneur lui parle sans cesse. Il corrige un détail, puis un autre. Les deux hommes suent à grosses gouttes.

«Aujourd'hui, les entraîneurs essaient d'être originaux, glamour. Ils se mettent au crossfit. Ils s'éloignent des fondements du sport. Moi, je ne vois pas pourquoi je changerais une recette gagnante», décrit Sugar. Après tout, son oncle, de qui il s'inspire, a formé une vingtaine de champions du monde.

Stevenson clôt la séance du matin en faisant une centaine de redressements assis. Il n'a pas perdu le large sourire qui a fait sa marque de commerce.

Des partenaires d'entraînement géants

Vers 15h, le boxeur de 36 ans revient pour son second entraînement de la journée, non sans avoir pris le temps d'avaler oeufs, bacon et quelques toasts. En grimpant de catégorie (de 168 à 175 livres), Stevenson n'a plus de problème à faire le poids. Il ne se prive pas.

Cet après-midi, il applique les techniques pratiquées en matinée. C'est comme ça quatre fois par semaine. «Adonis veut toujours s'entraîner. Dans ses journées de congé, il court sur la plage», raconte l'entraîneur.

Sugar a embauché une poignée de partenaires d'entraînement, tous plus grands que Stevenson. Rien n'est laissé au hasard. Le Britannique Bellew, son adversaire à la fin du mois, mesure 6'3.

«Tu es trop lent»

Stevenson simule trois rounds avec un premier partenaire. Puis, quatre autres avec un deuxième. Il les nargue à coups de «tu es trop lent» et de «tu es capable d'en donner davantage». Il se permet quelques sourires moqueurs et prodigue même quelques conseils. «Adonis a gagné beaucoup de confiance pour agir comme ça», souligne Sugar.

Le boxeur termine souvent sa journée avec un exercice bien particulier. Il affronte un ancien bloqueur de 330 livres qui a joué au football au niveau universitaire. Stevenson le surnomme amicalement «Fat Bastard». L'armoire à glace porte un plastron. Il fonce sur Stevenson et ce dernier doit le frapper le plus possible en tentant de le repousser. «Ça me rend plus fort», explique le boxeur.

Même Superman a besoin de mesurer sa puissance.