À quelques jours de son retour tant attendu au Centre Bell, Lucian Bute le répète à qui veut bien l'entendre: sa défaite contre Carl Froch est derrière lui. Il assure qu'il n'est pas resté marqué par ce cuisant revers. Qu'il n'est pas, en d'autres mots, un boxeur brisé.

Gabriel Béland LA PRESSE

«Je suis flambant neuf», a lancé Lucian Bute (30-1, 24 K.-O.) mardi lors d'un entraînement public à Montréal.

La défaite l'a rendu plus fort, dit-il. Et le nouveau boxeur qui montera dans l'arène samedi soir pour affronter le Russe Denis Grachev (12-0-1, 8 K.-O.) sera meilleur que l'ancien. «La défaite est derrière moi, le dommage est fait. Je regarde en avant et je vais apprendre de cette expérience», martèle Bute.

Comment le boxeur s'est-il remis de la dégelée subie en mai dernier à Nottingham? En revenant à l'essentiel. Car le Bute «flambant neuf» n'est pas un nouveau Bute. Paradoxalement, le boxeur de 32 ans et son entraîneur ont préféré revenir à la source et renouer avec la formule gagnante; celle qui a permis au Québécois d'origine roumaine de défendre son titre IBF neuf fois de suite.

Le premier constat est simple: Lucian Bute n'est pas un cogneur. Il a pu croire qu'il l'était pendant un bon moment à force de voir les adversaires tomber comme des mouches. Mais cette mentalité de cogneur a aussi causé sa perte en Angleterre. Alors que Carl Froch le pinçait à répétition avec des bombes, Bute tentait d'échanger coup pour coup. Une funeste erreur qui a mené à sa mise hors combat au 5e round.

«Lucian n'a jamais été un cogneur. S'il se met à penser qu'il l'est, on a un problème, remarque son entraîneur, Stéphan Larouche. Il doit utiliser ses forces, et sa force, c'est d'être un maudit bon boxeur.»

Le combat retour de Bute se dessine à l'image de celui contre Froch. Le boxeur contre le cogneur. Denis Grachev prévient qu'il a l'intention d'imiter Froch samedi soir: sortir en lion et mettre la pression. «Bute ne peut encaisser les coups. Je vais mettre la pression et il va s'effondrer», prévient le Russe.

On saura donc bien vite si le Bute «flambant neuf» saura s'en tenir à son plan de match. Samedi soir, l'ancien champion du monde a l'intention de boxer, tout simplement. «Je vais utiliser mes mains, mes jambes, mes déplacements, les combinaisons et mon jab. Ça va faire toute la différence. Je vais boxer, lance Lucian Bute. C'est de ça dont j'ai besoin. Pas essayer de frapper fort, pas essayer de le mettre knock-out. Juste boxer, laisser les mains aller et ça va être tout un combat.»

Pas de Froch sans Grachev

Bute s'attend d'ailleurs à voir Grachev sortir en force. «Moi, à sa place, je ferais la même chose que Froch, remarque Bute avec lucidité. Mais je pense qu'il aura devant lui un autre Lucian Bute. Je ne vais pas rester comme je l'ai fait au dernier combat.»

Denis Grachev n'a pas le palmarès d'un Carl Froch. Il représente néanmoins un adversaire dangereux, qui a surpris l'espoir invaincu Ismayl Sillakh à sa dernière sortie. Lucian Bute assure qu'il prend ce combat retour très au sérieux. «Il y a un seul adversaire dans ma tête et c'est Grachev. J'ai été champion du monde, j'ai défendu neuf fois ma ceinture, mais tout ça est oublié, dit-il. Le combat de samedi est le plus important. Si je fais une belle performance ça amènera de bons combats après.»

La suite est d'ailleurs toute tracée pour Bute en cas de victoire. InterBox et le clan de Carl Froch avaient signé une clause revanche. Un gain contre Grachev ouvrirait donc la porte à un deuxième combat Bute-Froch, en mars prochain à Montréal.

Une défaite viendrait cependant tuer ce plan dans l'oeuf. «Si on ne bat pas Grachev, j'ai de la misère à imaginer qu'on puisse battre Froch», analyse froidement Stéphan Larouche.

Les enjeux sont donc immenses pour Lucian Bute. Le boxeur «flambant neuf» le sait. Tout comme il sait qu'en boxe, on est aussi bon que son dernier combat. Bute jure qu'il n'était pas lui-même en mai dernier. Il aura, samedi soir, 12 rounds de 3 minutes pour le prouver.