Un premier boxeur québécois de l'ère moderne pourrait faire son entrée au Temple de la renommée de la boxe. Le nom d'Arturo Gatti est en effet apparu cette année sur les bulletins envoyés aux journalistes américains qui choisissent les nouveaux intronisés. S'il est retenu, Gatti rejoindra les immortels de la boxe comme Mohammed Ali, Sugar Ray Robinson et Roberto Duran.

Mis à jour le 16 oct. 2012
Gabriel Béland LA PRESSE

Selon les règlements du Temple, Gatti est maintenant admissible, puisque son dernier combat remonte à plus de cinq ans. Né en Italie, mais élevé à Montréal-Nord, l'athlète récemment retraité est mort dans des circonstances troubles en 2009 au Brésil.

L'ajout de Gatti au bulletin, qui compte 45 noms, soulève un débat dans le monde de la boxe. Boxeur populaire et bagarreur, l'Italo-Québécois a participé à quatre combats de l'année. Seulement une poignée de boxeurs ont fait mieux, dont Mohammed Ali avec six. Mais certains se demandent si Gatti avait le talent brut nécessaire pour être admis au Temple.

«Certains puristes disent que les boxeurs intronisés devraient avoir dominé leur époque, alors qu'Arturo n'a ni dominé son époque, ni sa division. Et quand il s'est battu contre des boxeurs exceptionnels, il a perdu, rappelle le promoteur Yvon Michel. Mais l'impact qu'il a eu sur l'industrie de la boxe, sa popularité, le fait qu'il a participé à quatre combats de l'année démontrent à quel point il a contribué à l'essor de son sport.»

«Il a participé à 21 ou 22 combats sur HBO. Je pense que c'est un record, poursuit-il. Il doit être élu au Temple de la renommée, il mérite ça.»

L'entraîneur Stéphan Larouche est du même avis. Arturo Gatti, qui a été deux fois champion du monde, est un incontournable, selon lui. «Si c'était le Temple de l'excellence, un paquet ne seraient pas là. Les boxeurs qui sont au Temple de la renommée sont des boxeurs qui ont marqué leur sport, d'une façon ou d'une autre, fait valoir l'entraîneur de Lucian Bute. C'est certain que Gatti l'a marqué à sa façon, comme peu l'ont marqué.»

«Gatti boxait comme dans l'ancien temps. Il aurait laissé sa vie sur le ring, lance Larouche. Ce qu'on ne retrouve plus autant aujourd'hui. La boxe a évolué et les boxeurs y laissent moins leur santé.»

«Majeure» pour la boxe québécoise

Selon lui, l'intronisation d'Arturo Gatti serait «majeure» pour la boxe québécoise. «En terme de boxeur, un des seuls Canadiens intronisés est Lennox Lewis, et je me demande s'il ne l'est pas plus en tant que Britannique», rappelle M. Larouche.

Théoriquement, Gatti ne serait pas le premier Québécois à faire son entrée au Temple, même s'il deviendrait le premier de l'ère moderne. Le Temple sépare les boxeurs intronisés en deux catégories, les «modernes» et les «anciens» (old-timers). Jack Delaney, de son vrai nom Ovila Chapdelaine, a en effet été intronisé en 1996 dans la catégorie des anciens. Né au Québec en 1900, Delaney a émigré aux États-Unis avec ses parents alors qu'il était enfant. Le boxeur mi-lourd a compilé une fiche de 77 victoires, 10 défaites, 2 nuls et 44 K.-O.

La carrière d'Arturo Gatti (40-9, 31 K.-O.) s'est échelonnée de 1991 à 2007. Le droitier de 5'7 a défendu la couronne super-plume de l'IBF de 1995 à 1998, puis a conservé le titre super-léger de la WBC de 2004 à 2005.

Sa trilogie contre le boxeur Micky Ward a été l'une des plus violentes de l'histoire. On retiendra aussi ses défaites contre Oscar de La Hoya et Floyd Mayweather. Ce dernier, actuellement considéré comme le meilleur boxeur livre pour livre, a d'ailleurs véritablement lancé sa carrière contre Gatti.

Les bulletins du Temple de la renommée doivent être retournés avant le 31 octobre. La prochaine intronisation aura lieu le 9 juin dans les locaux du Temple, situés à Canastota, dans l'État de New York.