Lucian Bute s'est préparé du mieux qu'il a pu à la pression d'un combat à l'étranger. Son entraîneur lui a même fait jouer en boucle les extraits sonores d'une foule anglaise hostile. Stéphan Larouche a poussé le souci du détail jusqu'à insérer dans l'enregistrement une voix stridente et hargneuse qui résonne à chacun des combats de Carl Froch: celle de Rachael Cordingley, fan numéro un et épouse du boxeur anglais.

Gabriel Béland LA PRESSE

«Je hurle parce que je ne peux pas m'en empêcher. Je deviens très stressée et il y a beaucoup d'émotions qui viennent avec», explique la jeune femme dans un accent cockney à couper au couteau.

Portant une robe rose courte, les cils noircis par une épaisse couche de mascara et perchée sur des talons hauts vertigineux, Rachael Cordingley était aux côtés de son mari, mercredi, à la conférence de presse d'avant combat. Des fans aux avant-bras tatoués se faisaient prendre en photo avec elle. La jeune femme souriait, généreuse et légère.

C'est que Rachael Cordingley est une célébrité mineure en Angleterre. Une «mannequin glamour», comme le veut l'expression consacrée pour décrire ces filles qui n'ont pas l'allure de celles qui défilent à Paris, mais plutôt de celles qui ornent les pages centrales des magazines masculins. Cordingley est d'ailleurs une ancienne Miss Maxim.

Dans un pays obsédé par les «WAGs» - wives and girlfriends - des athlètes professionnels, Rachael Cordingley est probablement la plus connue d'entre elles dans le monde de la boxe. Un honneur qui ne vient pas sans inconvénients.

«J'aime le sport depuis que je suis toute petite. J'adore la boxe, j'aime aussi regarder le UFC. J'aime le sang et tout ça, dit d'emblée le mannequin de 25 ans. Mais ça m'inquiète quand même de voir Carl monter sur le ring. C'est difficile. Très, très stressant et je dirais qu'avec le temps, j'ai de plus en plus de mal à le regarder boxer. Surtout depuis qu'on a Rocco!»

Rocco, qui a presque 2 ans et qui tire les jupons de sa mère pendant l'entrevue. Froch et Cordingley l'ont eu en juin 2010 en plein tournoi du Super Six. À cette époque, l'ancien champion WBC alignait les combats périlleux «pendant que Lucian Bute affrontait des inconnus», comme aime à le répéter l'Anglais. Il s'est même rendu en finale du tournoi, qu'il a perdue par décision unanime contre Andre Ward en décembre dernier.

«Je n'ai pas du tout aimé son dernier combat. Les journées précédentes à Atlantic City ont été difficiles. Je ne le sentais pas, ce combat, et j'avais raison: Carl a perdu. Ward est très bon dans son genre, très insaisissable, décrit Cordingley. Ce n'est pas le genre de Carl, qui aime rester debout et se battre homme à homme. C'est ce qu'il va vouloir faire samedi contre Bute.»

Elle jure que son homme n'a jamais paru si motivé. «Depuis que le combat contre Bute a été annoncé, Carl est une personne différente. Il n'est pas le même Carl que contre Andre Ward, dit-elle. Ce combat, il le veut vraiment, vraiment beaucoup. Rien en l'arrêtera pour gagner.»

Bonne joueuse, Rachael n'en veut pas au camp de Lucian Bute d'avoir utilisé sa voix. «Je m'en fous, pour être honnête. Il peut écouter tout ce qu'il veut. Mais ça ne l'aidera pas, croit-elle. Rien ne peut le préparer à ce qu'il va vivre samedi soir. Il ne voudra pas être là. Il va détester chaque seconde sur le ring.»

Puis, Rachel Cordingley sourit malicieusement et lance cet avertissement: «La foule sera plus bruyante. Même moi, je vais être plus bruyante. Ça ne se comparera jamais à un enregistrement.»