Une fois que Lucian Bute eut monté sur le pèse-personne et qu'on eut annoncé qu'il pesait 167 livres et des poussières, on a senti un relâchement chez son clan. On savait que Lucian Bute ferait le poids.

Réjean Tremblay LA PRESSE

Il est expérimenté et est un travailleur acharné à l'entraînement. De plus, sa nutritionniste, Mélanie Olivier, est une pro. On vide ses muscles de tout les nutriments qui pourraient retenir l'eau dans son organisme, on le déshydrate et ce grand gaillard de six pieds et un pouce et de 182 livres finit par peser 167 livres: «C'est difficile mais je n'étais pas stressé», soulignait d'ailleurs Bute après la pesée.

En fait, une heure après avoir fait le poids, Bute avait déjà bu quatre litres d'eau et d'électrolytes et avait repris une dizaine de livres.

C'est le maximum qu'il avait le droit de reprendre avant la deuxième pesée officielle qui aura lieu ce matin. Après, il pourra manger proprement, se désaltérer à volonté pour monter sur le ring vers 22 heures à 182 livres, son poids de grande forme.

Et n'allez pas croire qu'il a jeûné et s'est privé depuis trois mois. Il y a quelques semaines, quand Bute et Stéphane Larouche sont venus souper à la maison, Bute était à 182 livres. Ce soir-là, il a enfilé un steak de saumon et une généreuse salade tout en se permettant une gorgée de vin: «Lucian mange très bien. Tout a été prévu pour le combat. Il va se présenter en parfaite condition et aura récupéré tout ce dont il aura besoin pour la bataille», soulignait hier Mélanie Olivier.

Du côté d'Edison Miranda, c'est moins compliqué puisque le solide boxeur est un 168 livres naturel. Il n'est pas obligé d'être aussi discipliné pour faire le poids. Ce qui veut dire que Bute pourrait avoir cinq ou six livres de plus que son adversaire ce soir.Derrière les rideaux, dans les coulisses, Bute était calme et serein. Son père, Stephan Bute, et sa mère, Maria, sont ses invités. Bute était assis entre les deux après la pesée et son point de presse. On sait exactement à qui il ressemblera dans 30 ans. Son père est un colosse de six pieds et 260 livres qui ressemble à son fils: «Je vais être comme lui à 60 ans si je ne fais pas attention», a lancé Lucian en souriant.

Sa mère était encore calme et souriante. Mais personne ne sait comment ça va se passer pour elle ce soir au Centre Bell. Elle n'a jamais suivi un combat de son grand garçon. Ce sera la première fois qu'elle verra Lucian se battre en personne et elle n'est guère enthousiaste à cette idée.

Hélena, la belle fiancée roumaine de Lucian, était plus détendue. La jeune femme se promène entre Bucarest, Montréal et la Floride. Elle parle bien français et elle suit la carrière de son homme avec une attention de louve. Et elle est déjà au courant que Lucian aimerait s'offrir une maison en Floride. Bute, qui a le sens des affaires, a compris que ces mois-ci, ça coûtait moins cher d'acheter une belle maison avec piscine à Boca Raton que dans son village natal en Roumanie. Ou à Chicoutimi, la métropole du Saguenay.

Mais avant les vacances en Floride la semaine prochaine, il y a un gros combat à livrer. Edison Miranda n'est pas un deux de pique. Il a livré des combats féroces contre Kelly Pavlik, la coqueluche de HBO, contre Andre Ward et deux fois contre Arthur Abraham à qui il a fracturé la mâchoire. Quatre défaites mais des défaites qui ont coûté cher aux gagnants.

Pourtant, Stéphane Larouche doit avoir compris quelque chose qui a échappé à d'autres. Déjà, il y a trois semaines, il n'était absolument pas inquiet et hier, il était tout aussi confiant: «Un accident peut toujours survenir mais Lucian est plus rapide et a une meilleure technique que Miranda», a-t-il répété.

Russ Amber, sans doute le plus connaisseur de tous les connaisseurs grenouillant dans le monde de la boxe québécoise, est tout aussi affirmatif: «Ce sera un combat à sens unique. Une victoire décisive de Lucian Bute. S'il y a un adversaire qui avait le style parfait pour Lucian, c'est Edison Miranda», assure Amber.

Il fait référence à la vitesse de Bute et à la lenteur de Miranda. Mais il n'oublie pas, dans son optimisme, que ça ne prendrait toujours qu'un solide coup de Miranda pour que les belles stratégies et la superbe technique de Bute ne servent plus à rien. J'ai vu Miranda boxer en personne et c'est effrayant quand il pince d'aplomb un adversaire.

Jean Bédard est le promoteur officieux de cette soirée de boxe. L'argent va entrer par les tickets vendus aux guichets du Centre Bell et par les bières bues goulûment et les ailes de poulet avalées sans mâcher dans les Cages aux sports du Québec. Soyez rassurés, les deux poches de Bédard sont ouvertes... et c'est tant mieux. La meilleure façon d'avoir de la bonne boxe c'est que les promoteurs fassent des profits et investissent dans leur sport et leur industrie.

Mais celui qui joue un rôle essentiel sans être connu s'appelle Luis Barragan. Il est le directeur des programmes de HBO Sports. Je l'ai fait pouffer de rire quand je lui ai demandé si HBO était maintenant le numéro un en boxe aux États-Unis.

C'est HBO qui pèse lourd sur les combats en versant des sommes énormes pour les droits de télévision pour une soirée. Et après le succès du combat Bute-Andrade à Québec, il est à espérer que Bute puisse concrétiser ses progrès dans les gros médias américains. Puisque c'est là que se trouvent les vrais millions: «Lucian Bute ne vend pas encore un combat. Il ne fait pas grimper l'audimat. Mais il est en train de se bâtir un buzz. Le milieu en parle, il livre de bons combats et il gagne une grande crédibilité. Vous savez, le charisme d'un boxeur ne vient pas de sa façon de s'exprimer en anglais ou de sa capacité à donner une bonne entrevue à Larry Merchant. C'est dans le ring qu'un boxeur bâtit son charisme et c'est dans le ring que Lucian va devenir un incontournable», d'expliquer M. Barragan qui ne semble pas avoir oublié Québec.

HBO veut que le combat de Bute commence à 22h10. Mais ça ne débutera pas tant que Marcel Aubut ne sera pas arrivé, qu'on se le dise.

Mon choix? Lucian Bute par knock-out vers le dixième round.