Lucian Bute profite toujours de sa période d'entraînement pour «se faire pousser un troisième bras» en vue d'un combat, dit souvent son entraîneur Stéphan Larouche. Celui-ci l'a encore répété, cette semaine, à quelques jours du duel de samedi au Centre Bell contre Edison Miranda.

Marc Tougas LA PRESSE CANADIENNE

Il y a toutefois une autre qualité surnaturelle à laquelle aspire le boxeur montréalais d'origine roumaine: l'immortalité.

Bute ne se cache plus pour le dire. Etre un simple champion du monde n'est plus suffisant pour lui. Les titres se sont tellement multipliés qu'ils n'ont plus autant de valeur. Le gaucher de 30 ans en veut plus. Beaucoup plus.

«Je veux faire partie du Temple de la renommée de la boxe. Je veux prendre ma retraite invaincu. Ce sont de grands objectifs», convient Bute.

«Il veut être reconnu parmi les plus grands, dit Larouche de son protégé. Il veut qu'après sa carrière, les gens se souviennent de lui, de ce qu'il a accompli sur un ring. Et pour ça, il faut que tu sois une coche au-dessus.»

Pour Bute, pas question de s'asseoir sur ses lauriers gagnés en 2007, quand il a vaincu Alejandro Berrio par K.-O. technique au 11e round et décroché la ceinture de champion du monde IBF des super-moyens. Loin de lui l'idée d'affronter l'adversaire le moins dangereux possible dans le but d'étirer son règne mondial.

«Ce sont les Allemands qui font ça, qui aiment bien faire ça», ne peut s'empêcher de lancer Larouche, sans doute en pensant à Wilfried Sauerland, le promoteur de Markus Beyer qu'on soupçonne d'avoir manoeuvré pour ravir le titre mondial à Eric Lucas lors d'un combat en Allemagne en 2003.

«Je veux affronter les meilleurs boxeurs au monde, ceux qui ont une grande réputation, souligne par ailleurs Bute. Etre champion, c'était mon objectif au début, mais je l'ai réalisé après quatre ans de travail (dans les rangs professionnels).»

«Lucian, il ne fait que commencer, ajoute Larouche. Il m'a dit, «Gagner le championnat du monde, je pensais que c'était le point culminant. Mais ce n'est rien, finalement. Ca n'a même pas encore commencé, mon affaire!'

«Souvent, dans la boxe, on voit des athlètes qui se retrouvent avec un million de dollars ou deux en banque et qui ne s'entraînent plus de la même façon, déclare Larouche. Lucian, lui, a vraiment l'étoffe d'un champion - comme être humain, pas seulement comme boxeur.

«Dans sa tête, c'est un champion. De la manière qu'il agit, qu'il pense et qu'il s'entraîne... Il est conséquent dans tout. Il est responsable. Il est terriblement responsable.»

«Même des boxeurs comme Bernard Hopkins et Roy Jones fils ont commencé à parler de lui. C'est quelque chose, ça, fait remarquer Eric Lucas, le président d'InterBox, entreprise qui gère la carrière de Bute. Quand on regarde sa détermination et son dévouement à l'entraînement... Il n'y a pas beaucoup d'athlètes, présentement, qui sont au même niveau que lui de ce côté-là.»

Pas fini de s'améliorer

Quand Bute a commencé à agir comme tête d'affiche des galas d'InterBox au Centre Bell, au milieu des années 2000, il était alors évident que le Québécois d'adoption avait des qualités exceptionnelles, qui lui permettraient d'aller loin. Mais un certain doute persistait quant à sa capacité de battre les deux ou trois meilleurs boxeurs dans sa catégorie de poids.

Ce doute commence toutefois à se dissiper. Rien n'est encore gagné, mais ce qui semblait jadis mission impossible est devenu un scénario envisageable.

«Avec la détermination qu'il a, il n'y a aucun doute qu'il peut encore s'améliorer, avance Lucas. Il va finir par être reconnu, selon moi, comme l'un des 10 meilleurs boxeurs livre pour livre, et même l'un des cinq meilleurs. Il a tout ce qu'il faut.»

«Je ne me prive pas d'avoir des ambitions parce que je travaille vraiment fort, dit Bute. C'est la clé du succès. Le talent, ça ne compte que pour 20 pour cent, selon moi. Le reste, c'est le travail. Tu peux naître avec du talent. Mais si tu ne travailles pas, tu ne peux pas continuer à défendre ta ceinture et réussir à intéresser un réseau comme HBO.»

Foncer, mais pas trop

Jean Bédard, président du Groupe Sportscene, dont InterBox est l'une des propriétés, aime bien l'attitude de fonceur de Bute. Mais en même temps, il souligne que son rôle est de tempérer les ardeurs de son boxeur vedette.

«Il faut éviter de commettre l'erreur d'aller trop vite, du moins quand on n'est pas obligé, déclare Bédard. Parce qu'à la boxe... Il faut avoir une vision d'ensemble, un an ou deux d'avance, prévoir ce qui peut se passer et essayer de faire arriver les bonnes choses au bon moment.»

Cela dit, loin de lui l'idée de couver Bute au point de le mettre à l'abri de toutes les intempéries.

«Quand on prend une décision, on ne se dit pas que si Lucian perd, la compagnie est finie. Ce n'est pas comme ça qu'on voit les choses, affirme Bédard. On regarde ce qui est le mieux pour la suite de sa carrière. En tout temps.

«(InterBox), ce n'est pas mon entreprise principale. Ma vie et la vie des gens qui travaillent pour moi ne dépendent pas nécessairement de la carrière de Lucian. C'est seulement le cas pour son entourage immédiat.

«On veut faire des grands galas. Mais si vient une période où ce n'est plus approprié, on va s'ajuster en conséquence, c'est tout.»