Laurent Dubreuil souhaite poursuivre sa séquence heureuse à la Coupe du monde de patinage de vitesse longue piste de Calgary, de vendredi à dimanche. Mais il n’en fait pas un absolu. Ce qui compte, ce sont les Jeux olympiques.

Mis à jour le 9 déc. 2021
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

(Calgary) L’entraîneur de Laurent Dubreuil n’est peut-être pas à Calgary, mais deux spectateurs intéressés veillaient au grain jeudi matin à l’Ovale olympique.

Téléphone en main, Gaétan Boucher et Benoît Lamarche ont spontanément filmé et chronométré le tour lancé de Laurent Dubreuil pendant l’entraînement de l’équipe canadienne de patinage de vitesse longue piste.

Dubreuil est tombé sur eux en sortant de la patinoire. « J’ai envoyé la vidéo à Gregor », lui a lancé Lamarche, qui a participé aux JO de 1984 et 1988 avec Boucher.

Gregor, c’est Gregor Jelonek, le coach de Dubreuil resté à Québec parce qu’il a attrapé la COVID-19 pendant une Coupe du monde en Norvège, il y a trois semaines.

C’est Boucher qui a pris le chrono : 24,69 secondes, soit pile-poil ce que l’entraîneur sur la glace avait enregistré pour Dubreuil.

« Le dernier droit, c’était vraiment relax », a avisé le champion mondial après avoir demandé à visionner la reprise sur le téléphone de Lamarche.

S’il veut monter sur le podium pour un septième 500 mètres de suite à la Coupe du monde de Calgary, vendredi, Dubreuil devra franchir le tour en 24,5 secondes ou mieux. Tout à fait envisageable, a indiqué le principal intéressé, rassuré et surpris de ne pas avoir été gêné par un muscle de l’aine qui lui cause du souci depuis la Norvège.

« Je ne l’ai pas senti du tout. C’est sûr que ce n’était pas un départ, mais c’est quand même une accélération agressive, un tempo comme j’ai fait. Ça n’a pas fait mal du tout. »

Les trois hommes ont ensuite jasé de pression. Pas de la pression de performer, mais de la pression barométrique, qui s’annonce prometteuse pour le week-end. Elle sera particulièrement basse samedi… la seule journée où Dubreuil ne s’exécutera pas.

N’empêche, elle ne sera pas très élevée vendredi non plus, ce qui devrait favoriser les temps rapides au 500 m. Assez pour espérer passer sous les 34 secondes, barrière avec laquelle Dubreuil a flirté à deux reprises la semaine passée à Salt Lake City, sur une glace réputée comme la plus rapide au monde.

Avant le début de la saison, l’athlète de Lévis avait fait un objectif de se joindre au club des « 33 », composé de quatre membres. Il aura une autre chance avec un deuxième 500 m dimanche. « C’est faisable. J’ai fait 34,12 à Calgary en octobre. J’ai juste à couper 13 centièmes. Un gars fera sûrement 33 en fin de semaine. C’est mon but. Mais ça reste un but secondaire. »

Son véritable objectif reste d’être encore plus performant aux JO dans moins de deux mois. Sa séquence heureuse cet automne « ne voudra plus dire grand-chose » quand il posera les lames sur l’anneau pékinois.

« Je suis hot en ce moment, mais beaucoup de choses peuvent se passer d’ici février. Peu importe ce qui arrive en fin de semaine, je vais ensuite faire un reset et ne plus penser à ces courses. »

Boucher, lui, avait gagné tous ses 1500 mètres en route vers les JO de Sarajevo. « Ça donne de la confiance, a souligné le quadruple médaillé olympique, titré deux fois en 1984. D’après ce qu’on sait de lui, Laurent est confiant. Il est heureux, ça va bien, il patine bien. Il est aussi très vite à l’entraînement. Ce ne sont pas des coups de chance. »

Meneur au classement du 500 m, Dubreuil aura une belle carte à jouer dimanche au 1000 m, où il pointe cinquième. Les quatre Néerlandais qui le devancent sont rentrés à la maison afin de mieux se préparer pour leurs sélections olympiques coupe-gorge du temps des Fêtes.

« C’est sûr que c’est une occasion. Mon but ultime, c’est de les battre, pas juste de pouvoir gagner une médaille quand ils ne sont pas là. Leur absence ne m’assure absolument rien, mais je suis quand même cinquième en ce moment. Cela dit, il n’y a pas une course cette année où j’ai battu tout le monde sauf les Néerlandais. Un Russe m’a battu quand j’ai fini cinquième en Pologne. »

À moins d’une tempête parfaite, Dubreuil assurera sa place parmi les huit premiers au classement du 1000 m, ce qui est déjà acquis au 500 m. Il sera donc préqualifié à ses deux distances pour les JO de Pékin. En d’autres termes, il n’aura pas à s’aligner aux sélections olympiques de Québec du 27 au 31 décembre.

« Honnêtement, je ne suis pas sûr que je ferais les courses. Ça va dépendre. On va en discuter à mon retour à la maison, mais ce n’est pas une nécessité du tout. En cinq fins de semaine, je vais avoir fait douze courses. C’est beaucoup. Je n’ai pas besoin d’en faire plus à ce temps-ci de l’année. »

Après un repos, l’athlète de 29 ans prévoit de se relancer dans un autre cycle d’entraînement jusqu’à la fin de janvier, avec quelques courses d’entraînement pour se remettre à niveau. Il ne veut donc pas « interférer » avec cette phase ni risquer de faire des « courses moyennes » à la fin du mois à Québec.

« Depuis le début, mon but est d’arriver aux Jeux le plus prêt possible. Je suis content de mon travail jusqu’ici. Il faut juste finir la job. »