Conrad Guay, entraîneur de ski renommé qui a formé son fils Erik, est mort. Il avait 82 ans. Le double champion du monde de ski alpin en a fait l’annonce sur les réseaux sociaux jeudi.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Ancien pompier, M. Guay est devenu directeur de l’école de ski de Mont-Tremblant en 1974. Il a occupé ce poste jusqu’à 1989.

Il s’est aussi distingué dans le coaching, dirigeant ses trois fils, Kristian, Erik et Stefan, qui ont tous atteint l’équipe nationale. À la retraite depuis 2018, Erik a été champion du monde en descente et en super-G, en plus de remporter le Globe de cristal du super-G couronnant le meilleur de la saison de Coupe du monde.

« Conrad, c’était un visionnaire du ski », a résumé Julien Cousineau, l’un des nombreux skieurs à avoir été formé par M. Guay. « Il ne voulait pas qu’on soit les meilleurs de notre cour. Il voulait qu’on soit les meilleurs au monde. Pour moi, c’était très gros. »

En plus de ses trois fils et de Cousineau, Conrad Guay a vu passer sous sa gouverne les Geneviève Simard, Julie Langevin, Anna Goodman et Brigitte Acton, qui ont toutes atteint la Coupe du monde. Stefan a été double champion mondial junior en 2006.

Après Mont-Tremblant, il a suivi ses fils dans la division laurentienne, à l’équipe du Québec et à l’équipe nationale, où il a dirigé Cousineau à ses trois premières années. « J’ai été avec Conrad depuis l’âge de 11 ans et il m’a coaché jusqu’à 19-20 ans. J’ai passé beaucoup de temps avec lui. J’ai habité chez Erik. Je suis encore très proche d’Erik et de Stefan. Je suis très triste pour eux. »

Cousineau, cinquième aux Championnats du monde de Garmisch-Partenkirchen en slalom quand Erik a été couronné en descente en 2011, se souvient que Conrad Guay avait une capacité de travail phénoménale.

« Avec lui, on a appris à être les premiers sur la piste et les derniers à en sortir. On faisait beaucoup de millage, et pas juste entre les piquets, relate Cousineau, qui a été entraîneur-chef de l’équipe masculine du Québec jusqu’en 2020. On regardait aussi beaucoup de vidéos. On rentrait et on ressortait pour corriger des choses. On faisait beaucoup d’exercices. Il avait une vision un peu différente des traditions du coaching. »

Pour lui, une section de plat n’était pas une occasion de se la couler douce, mais plutôt un endroit pour pratiquer des points techniques.

« Quand tu arrivais et qu’il te demandait ce que tu pensais de ton ski, si tu avais le malheur de dire un point négatif, il te reprenait tout le temps, rappelle Cousineau. Il te le faisait reformuler pour comprendre ce que tu avais réussi et le voir positivement. J’utilise ça encore beaucoup. Il nous montrait à nous coacher nous-mêmes. À être conscients de ce qu’on faisait. »

L’été, M. Guay partait avec ses enfants dans l’Ouest, en Nouvelle-Zélande ou au Chili à la recherche de la neige. Il aimait également assister à la Coupe du monde d’ouverture de Sölden pour prendre des notes et observer les meilleurs.

Dans une entrevue avec La Presse à l’été 2017, Conrad Guay était revenu sur son parcours d’entraîneur.

« Dans le fond, je ne m’y connaissais pas plus que ça, affirmait-il. La raison de mes succès dans le coaching, c’est que mon background, c’était l’enseignement du ski. Donner des outils aux gens pour se contrôler. Contrôler les vitesses, contrôler l’à-pic. Là, ça devient le fun. Après, j’ai ajouté des choses plus spécifiques. Il ne faut pas juste bien paraître, avoir un beau style, il faut aller vite ! »

À cette époque, il skiait encore pratiquement tous les jours. Outre la communauté du ski, M. Guay laisse dans le deuil sa femme Ellen Mathiesen, ses trois fils Kristian, Erik et Stefan et ses petits-enfants.