Même pour un gala virtuel, il y avait de quoi revêtir un smoking. Ce n’est pas tous les jours qu’on gagne un prix déjà décerné à Roger Federer, Michael Phelps, Tiger Woods, Serena Williams et on en passe.

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Dans une vignette vidéo enregistrée en bordure du canal de Lachine, Maxence Parrot, nœud papillon et gros trophée à la main, remerciait l’Académie des Laureus de lui avoir remis le prix du retour de l’année, jeudi, dans le cadre d’une cérémonie virtuelle produite de Séville et diffusée aux quatre coins du monde.

Pour le planchiste de Bromont, le plus difficile a été de garder le secret pendant un mois. Sa réaction quand il a appris l’heureuse nouvelle ? « Je suis tombé en bas de ma chaise », a-t-il expliqué au téléphone au lendemain de l’annonce. « Je me sens un peu dans la cour des grands. »

Présentés pour la première fois en 2000, les prix Laureus se veulent en quelque sorte les Oscars du sport international. En temps normal, les récompenses sont remises dans le cadre d’une soirée glamour où les sportifs sont entourés de vedettes de la politique et des arts. Nelson Mandela avait prononcé le discours d’ouverture de l’évènement inaugural à Monaco, soulignant le « pouvoir du sport de changer le monde ».

Au cours d’une soirée où les joueurs de tennis Naomi Osaka et Rafael Nadal ont été choisis athlètes féminine et masculin de l’année, Parrot s’est démarqué pour son retour extraordinaire après avoir vaincu un cancer.

Après la chimio, une médaille d’or

Deux mois après son dernier traitement de chimiothérapie pour éradiquer un lymphome de Hodgkin, il a gagné une médaille d’or en grand saut aux X Games d’Europe à Oslo, en août 2019. Le vice-champion olympique de slopestyle a ajouté deux autres titres aux X Games d’Aspen (grand saut) et de Norvège (slopestyle), l’an dernier.

Les 69 membres de l’Académie, essentiellement des légendes du sport, ont reconnu l’implication du Québécois auprès de la Société de leucémie et lymphome du Canada.

« C’est le trophée le plus significatif que j’ai reçu parce que ça englobe tout ça, a noté Parrot. Ce n’est pas juste mon sport, mais tous les sports dans le monde entier. Et ce n’est pas seulement par rapport à une performance, mais par rapport à un parcours inspirant en dehors du sport. C’est génial de me faire dire que je suis une personne inspirante. Ça me touche vraiment et ça veut dire beaucoup. »

Pour Parrot, ce prix est une reconnaissance des deux ou trois dernières années qui l’ont transformé comme être humain.

Ça m’a changé en tant que personne et ça m’a fait revoir les perspectives de ma vie. Ça a changé un peu ma façon de faire les choses comme athlète et comment je vis tous les jours. Ça représente vraiment une étape de ma vie.

Maxence Parrot

Parrot avait été sélectionné avec la skieuse Mikaela Shiffrin, le quart-arrière Alex Smith, le lanceur Daniel Bard, la joueuse de soccer Alex Morgan et le joueur de badminton Kento Momota.

« Je ne vois pas ça comme une compétition avec les autres, a souligné le lauréat. Tous les nommés ont de super belles histoires aussi. Dans ma tête, tout le monde gagne par rapport à sa propre histoire. »

La sélection de Parrot a été soulignée par Justin Trudeau. Dans une vidéo diffusée pendant le gala, le premier ministre du Canada a qualifié d’« héroïque » et « inspirante » l’année 2020 du planchiste.

Le lauréat a également été surpris de recevoir les félicitations personnalisées de Tony Hawk, dieu de la planche et membre de l’Académie. « Il m’a taquiné en disant qu’il ne comprenait pas comment j’avais pu gagner tout ça. On s’entend qu’il en a gagné pas mal en skateboard ! Il a dit qu’il espère qu’on aura la chance de se rencontrer un jour. Tony Hawk, je le connais depuis que j’ai 5 ans. C’est une icône. J’ai trouvé ça cool. »

L’absence de cérémonie en personne est le seul regret de Parrot, qui aurait aimé pouvoir rencontrer toutes ces légendes.

Chantal Petitclerc en 2005

Parrot est le deuxième Canadien lauréat d’un trophée Laureus. Chantal Petitclerc, 21 médailles paralympiques, avait reçu le prix dans la catégorie athlète avec un handicap en 2005. Dick Pound, premier président de l’Agence mondiale antidopage, avait obtenu le prix de l’esprit sportif en 2008.

Le sprinter amputé Earle Connor avait été choisi dans la catégorie athlète avec un handicap en 2004, mais la récompense lui a été retirée après un contrôle antidopage positif.

À moins d’un an des JO de Pékin, Parrot s’envole dimanche pour Banff, où l’équipe canadienne tiendra un stage sur neige d’une semaine à la station Sunshine. « Les Jeux arrivent vite, ce n’est pas le temps de s’asseoir sur notre chaise. »