(Paris) Nathan Chen, sacré champion du monde de patinage artistique pour la troisième fois d’affilée, après 2018 et 2019, a fait une démonstration de force à un an des Jeux olympiques de 2022, samedi à Stockholm, où Yuzuru Hanyu ne s’est classé que troisième.

Elodie SOINARD
Agence France-Presse

Seulement troisième avant le programme libre, Chen s’est magistralement ressaisi en y empilant cinq quadruples sauts d’excellente facture pour totaliser 320,80 points.

Au contraire, Hanyu a lui commis trop d’approximations pour conserver son avance héritée du programme court (289,18), au point que le double champion olympique japonais a été dépassé par son tout jeune compatriote Yuma Kagiyama, 17 ans seulement et médaillé d’argent dès ses premiers Mondiaux (291,77).

Après une deuxième moitié de saison écourtée par la pandémie de COVID-19 l’hiver dernier, et une année préolympique encore considérablement affectée, Chen le réaffirme : c’est lui qui est en position de force à moins d’un an des Jeux de Pékin. L’Américain de 21 ans ne s’est plus incliné depuis les Jeux de 2018 (5e).

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Nathan Chen

Mondiaux 2018 (sans Hanyu), 2019 et désormais 2021, finale du Grand Prix 2018 (sans Hanyu non plus) et 2019 : il est sorti vainqueur de tous les rendez-vous les plus prestigieux du patinage mondial depuis.

Et comme lors de leur précédent face-à-face, il y a 15 mois en finale du Grand Prix, l’écart entre lui et Hanyu a pris l’allure d’un gouffre : le Californien s’est imposé avec près de trente points d’avance sur la glace suédoise.

« Je ne dirais pas nécessairement que c’est le meilleur programme libre que j’ai jamais patiné, mais c’est définitivement un dont je me souviendrai pour toujours », apprécie sobrement Chen.  

Cinq quadruples

À l’origine de l’accélération de la course aux « quadruples » depuis cinq ans, le patineur américain a époustouflé en délivrant un programme libre étincelant avec cinq quadruples sauts (un Lutz, un Flip, un Salchow et deux doubles piqués), dont trois en combinaison. Récompense : une vertigineuse note technique de 125,89 points, et un score de 222,03 points, proche de son record du monde (224,92 fin 2019).

Très largement de quoi compenser ses huit points de retard accusés après une chute d’entrée sur un quadruple il y a deux jours.

Hanyu, qui patinait en dernière position, a bien sauté quatre quadruples mais deux réceptions approximatives (main posée sur le premier, retournement sur le deuxième), comme sur ses deux triples Axels, ont été rédhibitoires pour espérer tenir tête à son rival américain, et ne lui ont valu que la quatrième place du programme libre.

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Yuzuru Hanyu

Plus surprenant, le Japonais de 26 ans a été doublé par son épatant compatriote Kagiyama, champion olympique de la jeunesse 2020. Sur la bande originale d’Avatar, le jeune Nippon a brillé dans son costume vert foncé, avec une performance riche de trois quadruples de haut vol.

De quoi pulvériser aussi bien son meilleur score en libre (190,81 contre 179) que sa meilleure note totale, qui bondit de plus de vingt points (291,77 contre 270,61). Prometteur pour celui qui fêtera ses 18 ans dans un peu plus d’un mois, et dont la joie dans le « kiss and cry », poings agités en l’air, sautillements sur place et yeux rieurs, était communicative.

Quadruple Axel

Kagiyama ne compte pas s’arrêter là. Sa « priorité sera la stabilité » et « je veux ajouter un ou deux autres types de quadruples la saison prochaine », prévient-il.

Hanyu non plus n’a pas dit son dernier mot.

« Je veux absolument sauter le quadruple Axel », le plus complexe, puisqu’il exige en fait de faire quatre tours et demi en l’air, lance-t-il.

« Avant cette compétition, je l’ai beaucoup travaillé, raconte-t-il. Je veux retourner m’entraîner dessus, parce que je veux être le premier à le réussir proprement en compétition officielle. »

Pour s’attaquer à un autre défi gigantesque : devenir le premier patineur à s’offrir trois sacres olympiques consécutifs depuis près d’un siècle (le Suédois Gillis Grafström y est parvenu entre 1920 et 1928) en février prochain.