Les Canadiens Piper Gilles et Paul Poirier ont causé une belle surprise samedi à Stockholm en remportant la première médaille du Canada aux Championnats du monde de patinage artistique. Le duo a décroché la troisième place en danse sur glace derrière les Russes Victoria Sinitsina et Nikita Katsalopov et les Américains Madison Hubbell et Zachary Donohue.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Longtemps dans l’ombre des champions olympiques Tessa Virtue et Scott Moir, Gilles et Poirier n’avaient jamais pu faire mieux qu’une sixième place aux mondiaux. « C’est le moment le plus excitant de notre carrière, c’est certain, a souligné Poirier en conférence de presse. Grimper sur le podium des mondiaux cette année, à notre huitième participation, est vraiment spécial. »

« Nous n’étions sûrs de rien après l’annulation de la compétition, l’an dernier à Montréal, mais nous n’avons jamais cessé de travailler. Depuis un an, nous n’avons pratiquement vécu qu’entre notre appartement et la patinoire où nous nous entraînons avec une dizaine d’autres patineurs, a raconté l’Ottavien. Nous sommes vraiment reconnaissants d’avoir la chance d’être ici, de pouvoir reprendre la compétition. »

Les Canadiens ont pris la deuxième place du programme libre, avec une performance très émouvante sur une musique de Joni Mitchell qui leur a valu le meilleur pointage de leur carrière.

PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, AGENCE FRANCE-PRESSE

Piper Gilles et Paul Poirier, médaillés de bronze

Nous avions préparé ce programme pour Montréal et nous avons décidé de le garder en raison de l’incertitude qui régnait sur la saison avec la pandémie. Nous avons beaucoup appris sur nous-mêmes au cours des derniers mois, et c’est merveilleux de voir ce que nous avons accompli aujourd’hui après cette année folle.

Piper Gilles

Gilles et Poirier espèrent continuer sur leur lancée dans un an aux Jeux de Pékin. « Nous n’avons jamais caché notre ambition de monter sur le podium à Pékin, a rappelé Poirier. Au fil des années, nous sommes toujours restés fidèles à nous-mêmes, sans écouter ceux qui nous conseillaient de changer des choses. Nous travaillons déjà sur un nouveau programme et nous serons toujours nous-mêmes, peut-être juste une meilleure version de nous-mêmes ! »

Mission accomplie pour les Québécois

Les patineurs québécois Laurence Fournier-Beaudry et Nikolaj Sørensen ont également bien fait avec une huitième place, alors que les jeunes Marjorie Lajoie et Zachary Lagha ont réussi de bons débuts aux mondiaux avec une 14e place.

Fournier-Beaudry et Sørensen étaient septièmes après la danse rythmique et ils n’ont finalement cédé cette place que par quatre centièmes de point. Qu’importe, leur performance, avec celle de Gilles et Poirier, assure au Canada trois places en danse sur glace aux Jeux.

« Cela n’a pas été facile depuis notre dernière vraie compétition, il y a plus d’un an », a rappelé Sørensen, qui avait subi une intervention chirurgicale à un genou à la fin de 2019.

PHOTO JESSICA GOW, REUTERS

Laurence Fournier-Beaudry et Nikolaj Sørensen

Nous sommes donc vraiment heureux d’être ici et d’avoir pu offrir une telle performance.

Nikolaj Sørensen

Le duo s’entraîne à Montréal avec Patrice Lauzon, Marie-France Dubreuil et Romain Haguenauer, tout comme Lajoie, Lagha et huit autres des 20 couples finalistes en danse. Après avoir patiné sous les couleurs du Danemark pendant plusieurs années, Fournier-Beaudry et Sørensen représentent le Canada depuis 2019 et ont obtenu samedi leur premier top 10 en six participations aux mondiaux. Ils n’ont jamais été aussi près d’aller aux Jeux olympiques, le grand objectif de leur carrière.

Un autre Canadien, Keegan Messing, a fort bien fait samedi en prenant la sixième place de la compétition masculine. À 29 ans, Messing a connu une carrière en dents de scie, mais sa maturité l’a aidé à composer avec la situation particulière dans laquelle les athlètes doivent évoluer en ce moment.

Bientôt père, il n’a jamais si bien patiné et sa performance des mondiaux permettra au Canada d’envoyer un deuxième patineur aux Jeux. En conférence de presse, Messing a d’ailleurs salué son compatriote et ami Nam Nguyen, patineur qui a pris part à cinq mondiaux par le passé et qui aura maintenant la chance de se battre pour une sélection olympique.

Au total, ce sont donc huit places – trois en danse, deux en paires et chez les hommes, une chez les femmes – et 13 patineurs canadiens qui devraient prendre part aux compétitions olympiques.

Chen impérial

Plus tôt samedi, l’Américain Nathan Chen a offert une performance extraordinaire pour enlever son troisième titre mondial de suite. L’Américain n’était que troisième après le programme court, mais il a exécuté l’un des programmes libres les plus difficiles de l’histoire, avec notamment cinq quadruples sauts et plusieurs combinaisons de sauts, pour s’imposer avec 320,88 points.

PHOTO MARTIN MEISSNER, ASSOCIATED PRESS

L’Américain Nathan Chen était dans une classe à part, samedi.

Le double champion olympique Yuzuru Hanyu, qui comptait huit points d’avance à l’issue du programme court, a commis plusieurs fautes et il n’a finalement sauvé que la troisième place avec 289,18 points, derrière son jeune compatriote japonais Yuma Kagiyama (291,77 points), révélation de ces mondiaux à tout juste 17 ans.

À un an des Jeux de Pékin, Chen a donc montré qu’il était prêt à barrer la route à Hanyu dans sa quête d’un troisième titre, un exploit réussi une seule fois dans l’histoire des Jeux chez les hommes, il y a près de 100 ans, par le Suédois Gillis Grafström. Et ce sera visiblement à coups de quadruples que le duel entre les deux hommes va se jouer.

L’audace sera aussi la clé du côté féminin. Sacrée vendredi pour ses débuts aux mondiaux, la Russe Anna Shcherbakova devra se méfier de sa compatriote Alexandra Trusova, troisième des mondiaux après une formidable remontée ponctuée par plusieurs quadruples dans le programme libre. Et même si elles n’ont que 16 ans, les deux patineuses devront surveiller les juniors Kamila Valieva et Maiia Khromykh, qui seront admissibles pour les Jeux et réussissent régulièrement les sauts les plus difficiles.

En paires, les mondiaux de Stockholm ont confirmé le retour au sommet de « l’école » russe avec le titre des jeunes Anastasia Mishina et Aleksandr Galliamov, champions du monde séniors tout de suite après avoir été champions juniors. Avec trois couples dans les quatre premiers, les Russes ont pris l’ascendant sur les Chinois, mais ces derniers seront chez eux dans un an.