Olivia Asselin incarne parfaitement la mentalité des sports extrêmes : envoie du gros ou reste à la maison.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Le 8 janvier, la jeune skieuse de 16 ans était à Kreichberg pour la deuxième Coupe du monde de grand saut de sa carrière. À la toute fin de la période d’échauffement, elle a constaté que ses principales rivales exécutaient toutes un « double cork 1260 », une manœuvre apprise une semaine avant son départ en Autriche, au centre Maximise, dans les Laurentides.

« En voyant les autres filles, ça m’a donné le goût de faire le gros saut aussi », a raconté Asselin trois jours plus tard depuis Calgary, où elle achève un stage d’entraînement avec l’équipe canadienne.

En changeant le plan initial à la dernière minute, elle répondait ainsi à l’appel de son entraîneur Gabriel Leclerc, qui lui avait demandé d’aborder l’épreuve comme un avant-goût des Jeux olympiques de Pékin, l’hiver prochain.

PHOTO DAVE HOLLAND, FOURNIE PAR OLIVIA ASSELIN

« Elle a pris la décision qu’elle voulait être sûre de se classer avec sa grosse manœuvre, a expliqué le coach. C’est vraiment l’attitude qui compte dans une année préolympique. En se disant que c’est probablement la manœuvre qui va te faire classer pour les Olympiques. Pourquoi ne pas l’essayer tout de suite en compétition ? »

Quatrième à l’issue de son premier saut, un « switch 1080 », une autre bonification par rapport à la saison dernière, Asselin a mal atterri ses deux essais suivants avec le 1260. Elle a donc fini 10e, ratant la finale réservée aux six premières par moins de 15 points.

J’avais plus de hauteur que d’habitude. Je pense que c’est l’une des raisons pour laquelle je suis tombée. J’étais crinquée, j’allais trop vite…

Olivia Asselin

Elle n’avait pas de regrets, sauf un petit pincement au cœur ; son saut de pratique, elle l’avait réussi.

Cette attitude de battante correspond au portrait tracé par son coach.

Issue du club de ski acrobatique de Stoneham, Asselin avait 12 ans quand Leclerc l’a rencontrée pour la première fois. Étudiant au baccalauréat en intervention sportive à l’Université Laval, il organisait depuis quelques années un camp estival de slopestyle sur rampe d’eau à Lac-Beauport, dans le cadre d’un projet académique.

PHOTO DAVE HOLLAND, FOURNIE PAR OLIVIA ASSELIN

Olivia Asselin

Rapidement, il a compris que l’adolescente, l’une des seules d’un groupe majoritairement masculin, n’était pas comme les autres.

« Elle avait quand même une bonne base en ski. C’était assez facile de l’entraîner. Elle apprenait très vite. C’est surtout qu’elle aimait ça. Elle était passionnée au boutte. C’est assez rare de voir ça d’une fille. Je le souligne parce qu’il n’y en a pas beaucoup dans le sport. Elle regarde les gars sauter et elle est capable d’identifier tous les trucs. Ça aussi, c’est assez rare. »

Championne canadienne junior à 14 ans, au total des trois disciplines (grand saut, slopestyle, demi-lune), Asselin a renoué en 2018 avec Leclerc, devenu entre-temps entraîneur-chef de l’équipe canadienne NextGen. Sur papier, elle n’avait pourtant pas les résultats nécessaires pour intégrer le groupe. Le talent et l’attitude ont primé.

En compétition, Olivia essayait tout le temps d’en faire plus. Souvent, ça lui faisait perdre des points et glisser au classement. Mais ça prouve un peu qu’elle est une gagnante. Y aller le tout pour le tout, c’est très important. Plus qu’une fille qui gagne, mais qui est conservatrice.

Gabriel Leclerc, entraîneur d’Olivia Asselin

Sixième en grand saut aux Mondiaux juniors de 2019, la native de Lévis a intégré le circuit de la Coupe du monde la saison dernière. En six départs jusqu’ici, elle a terminé cinq fois parmi les 10 premières, dont une finale à Calgary en slopestyle en février (7e).

Avec l’Ontarienne Megan Oldham, 19 ans et gagnante du grand saut aux X Games de Norvège en mars, Asselin figure déjà parmi les candidates à une sélection pour les JO de Pékin. Elle atteindra sa majorité quatre jours après la cérémonie de clôture…

« C’est un but pour moi, mais je ne me mets pas trop de pression avec ça. Je sais que j’ai encore le temps en masse. Je n’ai que 16 ans. Ce n’est pas comme si c’étaient les seuls Jeux que je pourrai faire dans ma vie. »

Depuis l’automne, elle poursuit sa 5secondaire à l’Académie les Estacades, à Trois-Rivières, un programme sport-études donné entièrement à distance. « Je fais mes cours par moi-même. On a des profs qu’on peut texter pour leur poser des questions et pour faire nos examens. »

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Olivia Asselin à la Coupe du monde à Calgary, en février 2020, où elle a fini au 7e rang.

Au moment de l’interview, Asselin s’attendait à ce que sa prochaine compétition soit les Championnats du monde de Calgary, au début du mois de mars. L’évènement a finalement été annulé en raison du contexte sanitaire. Ces bouleversements du calendrier ne l’ennuient pas trop, même s’ils risquent de compliquer sa tâche en vue d’une sélection olympique. Elle veut en profiter pour parfaire ses trucs et souffler un peu.

« Des fois, je vois mes amis de l’école. J’aimerais être avec eux, avoir mon adolescence, mon bal de finissants. Mais j’adore ma vie. C’est le fun, je voyage, j’ai la chance de faire ça à mon âge. Ce n’est pas un défi, plutôt la façon dont je vis. »

Olivia Asselin en bref

PHOTO DAVE HOLLAND, FOURNIE PAR OLIVIA ASSELIN

Âge : 16 ans
Ville : Lévis
Spécialité : grand saut et slopestyle

Coupe du monde

6 départs
7e en slopestyle Calgary (février 2020)
8e en grand saut Modène (mars 2019)

Championnats du monde juniors 2019

6e en grand saut
17e en slopestyle

Championne canadienne junior (moins de 18 ans) à 14 ans