Une skieuse qui traverse les filets de sécurité à plus de 100 km/h et qui disparaît dans les bois pendant un gros quart d’heure. Trois autres qui tombent au même endroit après une réparation de fortune par les patrouilleurs.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Quatre interruptions de course plus tard, Marie-Michèle Gagnon devait avoir le cœur solide pour s’élancer à la première descente de la saison de la Coupe du monde de ski alpin, vendredi matin, à Val d’Isère.

« Nerveuse », l’unique Canadienne en compétition a su éviter le principal écueil du parcours Oreiller-Killy, en route vers une 18e place, le deuxième résultat de sa carrière dans la discipline reine.

Un peu « découragée » à l’arrivée d’avoir cédé un peu plus de deux secondes à la gagnante, la Suissesse Corinne Suter, Gagnon a mis les choses en perspective deux heures plus tard.

« Je suis quand même fière de mon attitude malgré plein de retards et une porte qui était très difficile, un endroit très bosselé où on ne voyait rien, a-t-elle analysé au téléphone. De ce côté, c’est positif et ça commence bien la saison. »

Onzième à prendre le départ, l’Autrichienne Nicole Schmidhofer a plongé ses concurrentes dans la stupeur en tranchant les filets avec ses skis et en s’engouffrant dans l’ouverture en une fraction de seconde. Hors de vue pendant de longues minutes, la gagnante du globe de descente en 2019 a réapparu sur une civière conduite par un secouriste sur une piste adjacente.

PHOTO ERIC GAILLARD, REUTERS

L’Autrichienne Nicole Schmidhofer a été évacuée sur une civière après avoir fait une violente sortie de piste.

La skieuse de 31 ans a évité le pire. Selon les premières informations, l’ancienne championne mondiale de super-G aurait subi des blessures au genou gauche et des contusions au visage. Consciente, elle aurait même transmis un rapport de parcours à ses coéquipières par radio.

La chute de Schmidhofer a rappelé un accident similaire du Suisse Silvano Beltrametti sur la même piste en 2001, qui l’avait laissé paraplégique. Ce drame avait entraîné une amélioration des systèmes de sécurité.

Trois autres skieuses après Schmidhofer ont visité le filet au même endroit. L’Italienne Federica Brignone, gagnante du grand globe l’hiver dernier, la Suissesse Joana Haehlen et l’Américaine Alice McKennis Duran, meilleure à l’entraînement la veille, ont heureusement pu redescendre par leurs propres moyens. La Française Laura Gauché a vécu la même frayeur en fin d’épreuve.

Dossard 26, Gagnon a dû attendre une grosse heure de plus avant de pouvoir prendre le départ. Après avoir vérifié sa lentille, son coach l’a rassurée et lui a ordonné de ne pas penser au passage délicat avant d’y arriver.

« Il m’a dit : “il faut vraiment que tu skies avec de l’attitude et ton corps vers l’avant”. De toute façon, c’est exactement ce que je voulais faire sur tout le parcours. C’était juste de ne pas se faire prendre par surprise. Il y avait deux rouleaux à cet endroit. Le premier t’envoyait par en arrière et c’est là que le monde se plantait. Quand ton corps n’est plus au-dessus de tes skis, tu as beaucoup moins de contrôle. »

PHOTO GABRIELE FACCIOTTI, ASSOCIATED PRESS

Marie-Michèle Gagnon

À part deux virages un peu moins tranchants à mi-pente, l’athlète de Lac-Etchemin estime avoir tiré le meilleur parti de conditions de visibilité qui s’étaient détériorées.

« Il était rendu midi et il n’y avait plus de soleil sur la moitié du parcours. Dans ce temps-là, tu ne peux plus attaquer autant parce que tu vois moins les petits trous et les rouleaux. Tu ne peux pas anticiper et tu subis un peu plus. »

Gagnon a retenu le style agressif de Suter et surtout de l’Italienne Sofia Goggia, deuxième à 11 centièmes : «  Elle atterrissait tout croche, ce n’était pas beau à voir, mais crime qu’elle envoie ! » La jeune Américaine Breezy Johnson a fini troisième à 20 centièmes, décrochant son premier podium en Coupe du monde.

La Québécoise de 31 ans s’en promet pour la deuxième descente prévue samedi. « C’est sûr que je m’attends à plus », a avancé Gagnon, dont le meilleur résultat dans la discipline est une 13e place à Bansko la saison dernière.

Par ailleurs, Valérie Grenier a choisi de faire l’impasse sur le super-G programmé dimanche, a fait savoir Gagnon. Après avoir fait la reconnaissance, la Franco-Ontarienne a décidé de ne pas prendre le départ de la première descente d’entraînement mercredi, jugeant sa préparation insuffisante en vitesse.

Grenier, 13e du géant de Courchevel samedi dernier, a préféré se concentrer sur l’entraînement en vue du slalom géant de Semmering, le 28 décembre.