Aînée de l’équipe canadienne à 31 ans, la skieuse Marie-Michèle Gagnon est prête à passer à la prochaine étape en vitesse. L’unique représentante du pays en descente brisera la glace de vendredi à dimanche à la Coupe du monde de Val-d’Isère.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Le Canada a déjà eu une force de frappe considérable dans les épreuves de vitesse féminines de ski alpin. Emily Brydon, Britt Janyk et Kelly VanderBeek avaient même hérité du surnom des « Speed Queens » à l’époque où elles montaient fréquemment sur le podium en Coupe du monde, de 2006 à 2009.

À la retraite de VanderBeek, en 2013, le programme de vitesse est passé à la trappe pour des raisons économiques. Larisa Yurkiw a poursuivi l’aventure seule, finançant sa propre structure à raison de 250 000 $ par saison. L’Ontarienne a obtenu quatre podiums en descente en 2015 et en 2016, les derniers en vitesse pour une skieuse canadienne.

Le printemps dernier, Marie-Michèle Gagnon s’est retrouvée un peu dans la même position quand la direction de Canada Alpin lui a annoncé qu’il n’y aurait pas d’équipe de vitesse féminine pour la saison 2020-2021. À cheval sur le slalom géant, le super-G et la descente, faute de personnel suffisant pour l’encadrer, l’ex-slalomeuse ne se voyait pas poursuivre à moitié sa transition vers les épreuves de vitesse.

Elle a donc contacté Yurkiw et d’autres skieuses qui avaient déjà emprunté cette avenue, comme la Britannique Chemmy Alcott. L’athlète originaire de Lac-Etchemin a tâté le terrain auprès de nations comme la Norvège, la France et la Suède pour savoir si elles seraient disposées à l’accueillir pour les entraînements. Son ex-coach Jim Pollock, retraité depuis 2015, était même prêt à reprendre du service.

La hauteur de l’investissement requis — entre 200 000 et 250 000 $, selon ses calculs — l’a fait réfléchir, surtout en période de pandémie mondiale.

« Mais j’étais prête, j’allais le faire, a expliqué Gagnon en début de semaine, du nord de l’Italie. Ça coûtait cher, c’était compliqué, mais ça m’a permis de me tester, de me demander : “Mitch, est-ce vraiment ce que tu veux ?” Oui, je le voulais. »

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Marie-Michèle Gagnon

Finalement, la skieuse de 31 ans n’a pas eu à mettre sa volonté à l’épreuve jusqu’au bout. Les membres du nouveau conseil d’administration de Canada Alpin, remodelé en 2019, ont engagé un peu plus de leur propre argent pour financer une petite structure de vitesse.

« Je leur dois beaucoup », a souligné Gagnon, particulièrement reconnaissante envers le président, Tim Dattels.

« Pas juste moi, mais Val [Grenier] qui s’en vient en vitesse et Ronni [Remme]. Les plus jeunes aussi, qui ont du potentiel. C’est important d’avoir une équipe de vitesse. J’espère pouvoir être une leader pour montrer que le Canada est capable, même si on est une petite nation dans le monde du ski. »

Pas de regrets

Sixième mondiale en slalom en 2014, la Québécoise assure qu’elle n’a jamais regretté son passage à la vitesse, même si les résultats n’ont pas encore été au rendez-vous.

Blessée à un genou avant même sa première course à Lake Louise en 2017, ce qui lui a fait rater les Jeux olympiques de PyeongChang, elle a mis du temps à trouver sa confiance en descente à son retour l’hiver suivant.

La dernière saison a été plus favorable. Elle a fini dans les points (top 30) dans six de ses huit départs, avec une 13e place à Bansko le 24 janvier, un sommet personnel. En super-G, elle regrette d’avoir laissé filer des occasions en étant parfois trop gourmande, ce qui l’a empêchée de terminer deux épreuves.

« À mon retour, ça allait bien en super-G. J’étais autour de 20e et j’avais fini 6e [à Saint-Moritz]. Je voulais passer à la prochaine étape. Tout d’un coup, j’ai commencé à prendre des risques, comme si j’avais trop confiance. Je prenais la porte plus directe que tout le monde. J’étais peut-être trop hyper. »

Le 22 février, elle s’est brisé une main en frappant une porte lors d’une descente à Crans Montana, ce qui a gâché sa fin de saison, juste avant le début de la crise de la COVID-19.

Dans son bilan avec l’entraîneur-chef de l’équipe féminine, l’Italien Manuel Gamper, elle a convenu qu’elle devait laisser tomber le géant et s’investir pleinement dans la vitesse.

Un entraîneur « hyper positif »

Le soutien des membres du C.A. a permis l’embauche de l’entraîneur italien Hansjörg Plankensteiner, mentor du vétéran descendeur Christoph Innerhofer. Gagnon s’est bien entendue avec cet homme « hyper positif, super simple et avec qui la vie est facile ».

Sur les pentes, elle a découvert un technicien qui l’a mise en confiance, d’autant qu’il se consacrait entièrement à elle. « Il a l’expérience d’avoir travaillé avec les hommes. Sur la piste, il est rapidement capable de voir ce que je pourrais améliorer dans toutes les sections, sans devoir aller sur la vidéo. »

Représentant pour une entreprise de cire, Plankensteiner a également procédé à des tests pour déterminer quels skis étaient les plus rapides, une première pour Gagnon.

Cet apport a été d’autant plus précieux qu’elle vient de changer d’équipementier après 17 ans chez Rossignol. Head, son nouveau partenaire, lui offrait un meilleur soutien, dit-elle. La transition s’est très bien passée, malgré les contraintes de la COVID-19.

« Je n’ai pas pu les comparer, mais j’ai l’impression que les skis sont vraiment fluides dans les virages. Plusieurs skieuses et skieurs m’avaient dit que ça pouvait être plus compliqué avec les bottes. Finalement, les sensations avec les Head sont vraiment similaires à Rossignol. »

Même si elle a participé pour le plaisir au géant de Sölden en octobre, Gagnon a le sentiment que sa saison n’a pas véritablement pris son envol. Une trop grosse bordée de neige a provoqué l’annulation des épreuves de Saint-Moritz, il y a 10 jours.

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Saint-Moritz sous la neige…

« Je n’arrête pas de regarder des Coupes du monde et c’est seulement les filles de vitesse qui n’ont pas encore couru. Mon copain Travis [Ganong] a commencé la fin de semaine dernière [4e du super-G de Val-d’Isère pour l’équipe américaine]. J’ai hâte que ce soit notre tour. »

Mardi, Gagnon a pris la direction de Val-d’Isère, où deux descentes et un super-G sont programmés de vendredi à dimanche. Une première manche chronométrée est prévue mercredi.

Mise en confiance par ses entraînements avec des rivales de plusieurs pays durant l’entre-saison, elle veut maintenant passer à la prochaine étape. Ses ambitions pour 2020-2021 ?

« Je n’ai jamais aimé avancer des chiffres, a-t-elle répondu. J’espère performer aussi bien qu’à l’entraînement cet été. Si je suis capable, ça me donnera facilement des top 10, peut-être mieux. »

Marie-Michèle Gagnon en bref

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Marie-Michèle Gagnon

Âge : 31 ans
Ville d’origine : Lac-Etchemin
Ville de résidence : Lake Tahoe (Californie)
Club : Mont-Orignal
Jeux olympiques : 2 (9e du slalom, Sotchi 2014)
Championnats du monde : 6 (8e du slalom géant, Schladming 2013, 6e du combiné, Saint-Moritz 2017)
Coupe du monde : 232 départs (4 podiums, 2 victoires)
Classement 2020 : 30e en descente, 37e au super-G