Le patineur de vitesse Antoine Gélinas-Beaulieu devait repartir en Colombie-Britannique pour un camp sur glace. Le contexte sanitaire au pays en a décidé autrement. Ce n’est pas grave, il a son slide-board

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Des pantoufles en Phentex, une planche de bois, deux butées et un nuage de Pledge : le patineur de vitesse Antoine Gélinas-Beaulieu se débrouille sans grands outils technologiques pour s’entraîner. Un slide-board fait très bien l’affaire.

« Au fil des années, j’ai développé un système pour ne pas avoir besoin de toucher à la glace tant que ça », explique le spécialiste du patinage longue piste.

Au départ, Gélinas-Beaulieu a surtout utilisé la « planche de glisse » pour des raisons d’argent. À son retour au sport après une absence de quatre ans, il n’avait pas les moyens de multiplier les stages d’entraînement à l’anneau olympique de Calgary.

« Je vivais de l’insécurité financière, je devais travailler tout l’été. Dans ma tête, un camp à Calgary, c’était quelque chose de luxueux. »

En 2018, la fermeture de l’anneau extérieur du centre national Gaétan-Boucher, à Québec, en prévision de la construction du Centre de glaces, a accentué la nécessité de glisser sur place dans son salon, sous l’œil curieux de son chien Gregor.

Comme pour son coéquipier Laurent Dubreuil, ces contraintes ne l’ont pas empêché de s’illustrer sur la scène internationale. Aux Championnats du monde par distances individuelles de Salt Lake City, en février, Gélinas-Beaulieu a gagné le bronze au départ en groupe et terminé septième au 500 m et neuvième au 1000 m.

Ces résultats lui ont permis de bénéficier du financement du programme d’aide aux athlètes de Sport Canada. De quoi souffler un peu et déposer ses lames sur la glace de Calgary pour deux semaines, en août dernier.

Or, un bris mécanique a entraîné la fermeture de l’anneau albertain pour plusieurs mois. Une autre bonne raison de ressortir la « planche à glisser », qu’il n’avait de toute façon jamais délaissée, surtout dans le contexte du confinement.

« Ça se fait depuis l’époque de Gaétan Boucher, note Gélinas-Beaulieu. Je lui ai d’ailleurs parlé récemment. Il veut refaire du patin et il a recommencé à faire du slide-board lui aussi. C’est un outil qui peut servir, mais ça peut être difficile pour la motivation. Tu es dans ton salon, en position de base, tes jambes font mal, c’est long. »

Avec des séances de surplace qui peuvent s’étendre sur deux heures, le patineur de 28 ans a développé ses trucs.

« La motivation doit venir de l’intérieur et du plaisir de se voir évoluer. Par exemple, améliorer le temps que je passe sur ce bout de planche là, développer des techniques, des systèmes de respiration, me filmer, déconstruire entièrement la position de patin. Tout ça fait que je reste motivé même si je passe six heures par semaine sur une planche de bois. »

N’empêche, il n’y a rien comme la glace pour mettre ces acquis en pratique. Au moment de l’entrevue, le 13 novembre, Gélinas-Beaulieu achevait un stage d’entraînement de deux semaines à l’anneau de Fort St. John, dans le nord de la Colombie-Britannique, avec le reste de l’équipe canadienne.

Sur le plan technique, il n’a pas trop souffert du long intermède loin de la patinoire. « Comme Laurent, j’ai 28 ans. Ça fait longtemps qu’on touche à la glace. Ce feeling-là, ça ne se perd pas, c’est comme en banque. On peut donc venir faire un camp ici et se rapprocher de nos records personnels sur des tours rapides. »

Je pense que ça a un impact plus négatif sur les plus jeunes ou les patineurs en développement, qui ont vraiment un besoin crucial de mettre les lames sur la glace.

Antoine Gélinas-Beaulieu

Les patineurs canadiens devaient repartir à Fort St. John pour un séjour de trois semaines en décembre. La situation sanitaire a (encore) fait changer les plans. « La fédération est en train de trouver des solutions pour qu’on puisse patiner, peut-être à l’extérieur comme à Saskatoon ou Red Deer », indique Gélinas-Beaulieu.

Pour l’heure, les deux premières épreuves de Coupe du monde doivent se tenir en janvier à Heerenveen, aux Pays-Bas, dans un contexte de bulle. Les Championnats du monde par distances, d’abord prévus à Pékin comme compétition olympique test, doivent suivre au même endroit deux semaines plus tard (du 11 au 14 février).

« La priorité demeure les Jeux olympiques de 2022 », note Gélinas-Beaulieu, qui visera alors une première participation. « Ma préparation ne change donc pas. Oui, avant la pandémie, je voulais aller sur la scène internationale, gagner des médailles et jouer dans la cour des meilleurs encore une fois. Mais je souhaitais surtout me préparer physiquement et mentalement pour l’année olympique. L’objectif est toujours le même. »

PHOTO DAVE HOLLAND, FOURNIE PAR L’INSTITUT CANADIEN DU SPORT

Antoine Gélinas-Beaulieu a délaissé le 5000 m l’an dernier pour se concentrer sur les distances intermédiaires (1000 m, 1500 m)

Dès l’annonce de l’annulation des premières Coupes du monde automnales, en octobre, le natif de Sherbrooke a convenu avec son entraîneur Gregor Jelonek de faire une pause de deux semaines avant de redémarrer la machine. « J’étais très en forme, c’est dommage de ne pas avoir pu exploiter ça. Mais il n’y avait aucune raison de maintenir ce niveau-là. Ça aurait même pu être dommageable à long terme. »

Athlète polyvalent, Gélinas-Beaulieu a délaissé le 5000 m l’an dernier pour se concentrer sur les distances intermédiaires (1000 m, 1500 m), où il a poursuivi sa progression.

Sa participation au départ en groupe à la Coupe du monde au Kazakhstan a été une façon de sortir d’un coup de blues au milieu d’un long voyage. Après avoir remporté le titre national, il a causé la surprise en gagnant le bronze aux Mondiaux.

« C’est une épreuve assez longue, mais tu as besoin de beaucoup de vitesse, relève l’ancien spécialiste de courte piste. Tu dois aussi avoir une bonne endurance musculaire. Et c’est très stratégique. Ça va jouer un peu sur toutes mes forces. Je ne l’avais pas considéré tant que ça, mais je me suis rendu compte l’an dernier que je pouvais être un bon joueur. J’y ai vraiment trouvé du plaisir. »

Il regrette de ne pas avoir été retenu pour la poursuite par équipes. Sans vouloir en faire un plat, il évoque « des conflits un peu à l’interne, une histoire de coachs ». Les têtes d’affiche canadiennes (Ted-Jan Bloemen, Jordan Belchos et Tyson Langelaar), qui s’entraînent ensemble à Calgary, ont terminé au pied du podium à Salt Lake City.

Le Québécois estime que son profil, plus axé sur les distances intermédiaires, lui permettrait de s’illustrer à la poursuite. « Peut-être qu’ils vont s’ouvrir les yeux et me mettre dans l’équipe cette année. J’en ai fait il y a deux ans et j’ai adoré ça. J’ai toujours rêvé de le faire. »

En attendant de pouvoir recommencer à patiner, Gélinas-Beaulieu continue de pousser sur sa planche. À gauche, à droite…

Antoine Gélinas-Beaulieu, en bref

28 ans
Ville natale : Sherbrooke
Ville de résidence : Québec
5 pi 10 po, 175 lb

Mondiaux 2020

– Bronze départ en groupe
– 9e 1000 m
– 7e 1500 m

Coupe du monde 2020

– 4e 1500 m Calgary

Mondiaux juniors 2010

– 3 médailles de bronze (longue piste)
– 5 médailles d’argent (courte piste)