Laurence St-Germain et ses coéquipières se sont demandé si leur entraîneur se payait leur tête quand il a révélé l’enjeu d’une simulation de course la semaine dernière en Italie : deux sièges en première classe à bord du prochain vol !

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Luca Agazzi n’avait pas menti : St-Germain et Ali Nullmeyer ont bel et bien voyagé dans le plus grand confort entre Zurich et la Finlande, mercredi.

« Il n’y avait pas tout le service avec le champagne, mettons, mais j’avais le banc couché ! », a décrit la skieuse de Saint-Ferréol-les-Neiges, au surlendemain de cette initiation en première classe. La Fédération internationale de ski avait nolisé un vol dans ce contexte de bulle sanitaire et le Canada avait hérité de deux billets privilégiés.

Au-delà de cette prime sympathique, la présence de St-Germain à l’avant de l’appareil signifiait que cette simulation à la fin du stage d’entraînement à Val Senales s’était très bien déroulée. Non seulement elle a réalisé le meilleur chrono cumulatif des deuxième et troisième manches, mais elle a aussi réussi le meilleur temps au premier essai, l’un de ses grands objectifs de la journée.

De quoi la mettre en confiance en vue des deux premiers slaloms de Coupe du monde de la saison, ce samedi et dimanche à Levi. Même si la grande station finlandaise est située au nord du cercle polaire, les températures dépassaient le point de congélation cette semaine. Sur la piste d’entraînement, les skieuses devaient remonter au sommet en auto, faute de neige suffisante sous l’arbalète.

« Ici, ils gardent la neige sous du foin pendant l’été, c’est la seule façon qu’on puisse avoir une course en ce moment », a témoigné la Québécoise de 26 ans, 10e à s’élancer samedi.

En pleine forme

Après une dernière saison écourtée à cause de la COVID-19 et deux mois et demi à s’entraîner en Italie et en Suisse, St-Germain a très hâte d’attaquer les piquets en situation de course.

« Je me sens super bien à l’entraînement, je suis très positive », a-t-elle noté après sa dernière séance d’échauffement à sec, vendredi soir.

L’athlète féminine de l’année au pays a profité de la pandémie pour régler un problème sur lequel elle comptait se pencher de toute façon : des douleurs au genou gauche qui l’incommodaient depuis une blessure subie il y a quatre ans.

Sous la supervision de Charles Castonguay, l’ancien préparateur d’Alex Harvey, elle a graduellement repris des exercices d’agilité qu’elle ne se permettait plus. Elle a même recommencé à courir. À la fin de l’été, c’était le jour et la nuit.

« Je sens vraiment que j’ai fait de gros gains physiques. Ça a paru sur la neige. J’ai amélioré les points techniques que je voulais. Je suis plus constante dans mes virages, plus solide. Je fais moins d’erreurs stupides ! Je suis capable d’avoir une bonne descente solide. »

En ce moment, je fais le meilleur ski que j’ai jamais fait. Le seul point qui reste à tester, c’est le mental en course…

Laurence St-Germain

Éliminée en première manche à Levi l’an dernier, St-Germain refuse de s’emballer. Le parcours finlandais est particulier avec cette amorce en faux plat. Elle préfère attaquer un mur d’entrée de jeu avant de s’amuser sur le plat, sa grande force.

Sixième aux Mondiaux de 2019, la diplômée en sciences informatiques de l’Université du Vermont avait conclu la saison de Coupe du monde à la 13place.

Elle a reculé au 18rang l’hiver dernier, marqué par deux chutes en deuxième manche à Killington et à la dernière épreuve de Kranjska Gora, le 16 février. Elle a connu une séquence positive en décembre et janvier, amorcée par une cinquième place au slalom parallèle de Saint-Moritz, un sommet personnel. Elle a ensuite fini 9e, 11e et 10e.

« J’ai manqué de constance. Je flottais autour du top 10. Là, je veux vraiment rentrer dans le top 10 dans toutes les courses, avec des flashs dans le top 5. Quand je descends, j’y vais pour la victoire, c’est sûr. Peut-être que ces attentes vont changer après la fin de semaine. Je me sens bien, je pense que je suis capable. »

Le grand retour

Le slalom de Levi marquera le retour de Mikaela Shiffrin, privée de courses depuis 300 jours. Première à prendre le départ, l’Américaine aux 66 victoires a interrompu sa saison prématurément en janvier après la mort subite de son père. Des maux de dos l’ont empêchée de participer au géant d’ouverture de Sölden, le mois dernier.

St-Germain s’attend à la voir sur le podium – « c’est Mikaela Shiffrin ! » –, mais mettrait 2 euros sur la Slovaque Petra Vlhová, tenante du petit globe, si elle avait à parier.

Les grandes absentes seront la vice-championne mondiale Anna Swenn-Larsson et ses coéquipières suédoises, forcées d’observer une quarantaine à leur arrivée en Finlande après le contrôle positif à la COVID-19 de leur entraîneur.

« Je suis vraiment triste pour elle, elle va manquer deux courses, ça lui enlève toutes les chances pour le globe », a commenté St-Germain, qui poursuit des études en génie électrique à Polytechnique.

À son départ du Québec, St-Germain avait fait une réserve de sept mois de lentilles cornéennes, ne sachant pas ce que l’avenir lui réservait. L’annulation de la tournée nord-américaine est un défi supplémentaire pour les skieuses canadiennes et américaines, qui devaient déjà composer avec l’éloignement.

Justement, elle s’ennuie de la maison. Elle reviendra donc à Saint-Ferréol lundi, en dépit de la quarantaine obligatoire. Sa prochaine course n’est prévue qu’à la fin décembre en Italie. Qui sait, elle bénéficiera peut-être d’un surclassement, champagne inclus.