Marc Gagnon n’est pas peu fier de sa nouvelle recrue, Marianne St-Gelais, au sein de l’équipe d’entraîneurs du Centre régional canadien de patinage de vitesse sur courte piste.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« Marianne revient-elle ? » Les jeunes patineurs du Centre régional canadien d’entraînement de Montréal posaient sans cesse cette question l’été dernier.

Marc Gagnon a dû se montrer convaincant pour recruter Marianne St-Gelais la saison dernière. « Ça a été long, elle ne voulait pas être coach, révèle le quintuple médaillé olympique. Elle avait trop peur de ne pas être bonne. »

Gagnon aimerait s’accorder le mérite d’avoir pensé à solliciter la native de Saint-Félicien, mais l’idée est venue d’un autre. L’entraîneur-chef du Centre d’entraînement régional canadien (CRCE) l’a cependant trouvée géniale. Il s’est souvenu des Jeux olympiques de PyeongChang, où St-Gelais vivait déconvenue sur déconvenue. Cela ne l’a pas empêchée d’exprimer un bonheur authentique devant les succès de sa coéquipière Kim Boutin.

« On a beau s’entraîner ensemble, dans un monde compétitif individuellement comme le patin de vitesse, c’est facile de tomber dans le “je pense à moi et si l’autre ne réussit pas, ça ne me dérange pas”, note Gagnon. Marianne n’a jamais été comme ça. Elle a toujours été super contente quand Kim réussissait. Même quand Kim était en train de la dépasser, elle restait son mentor pareil. »

Gagnon en a été témoin la saison dernière quand St-Gelais est venue à l’aréna Maurice-Richard trois soirs par semaine, en plus d’accompagner le groupe à une compétition.

« Elle a eu la piqûre et elle veut voir les jeunes réussir. Tu voyais dans la façon dont elle leur parlait, comment elle agissait, les questions qu’elle posait pour s’informer et devenir meilleure. »

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @RDS.CA

Marc Gagnon

St-Gelais jugeait néanmoins ses connaissances insuffisantes sur le plan de la préparation des entraînements et de la programmation. Gagnon a balayé ces incertitudes du revers de la main.

« Je vais lui montrer cette année. Dans trois mois, elle va savoir comment faire un plan d’entraînement. Ce n’est pas grave. Mais l’empathie, vouloir pour les jeunes, avoir aussi un bagage de réponses, d’expérience par rapport au fait qu’un jeune a eu une mauvaise course dans une compétition importante ou pas, ça ne s’achète pas. Il y a des façons de guider les jeunes à travers ça. Marianne a tout vécu ça. Pour elle, c’est facile de les guider. »

« Elle tripe vraiment »

Le 23 septembre, St-Gelais a officiellement été embauchée comme entraîneuse adjointe au CRCE en compagnie de Jonathan Perez-Audy, issu du centre régional de Laval. Les deux nouveaux venus remplaceront Marc-André Monette, qui est parti l’été dernier.

« Ils ont des compétences différentes, ce qui fait qu’on a une équipe vraiment intéressante actuellement », se réjouit Gagnon, entraîneur-chef depuis 2014.

« Marianne, jamais personne ne va lui enlever son énergie positive. Elle est à fond, elle tripe vraiment. Elle est toujours de bonne humeur, il y a toujours un entrain particulier quand elle est là. Elle veut apprendre aussi. C’est sûr que ce n’est pas encore une coach de l’équipe nationale, c’est une coach du CRCE. Mais je suis certain que ça va être une super coach. »

Au moment de sa nomination, St-Gelais a refusé les demandes d’entrevue, préférant passer quelques semaines sur la glace avant de donner ses premières impressions.

Le lancement de sa biographie, lundi, a été une première occasion de s’exprimer sur son nouveau rôle, qui comble son désir de travailler en équipe.

« J’ai encore des projets dans les médias, mais j’ai trouvé un autre truc qui me fait sentir complète, a-t-elle souligné. C’est ma passion, mon expertise, je suis bonne là-dedans. »

J’ai un réel besoin d’enseigner, d’aider les autres et de transmettre des choses.

Marianne St-Gelais

Sans savoir ce que l’avenir lui réserve, la nouvelle entraîneuse de 30 ans souhaite faire ses « classes pour pouvoir être avec ces jeunes-là le plus longtemps possible ».

Période trouble

Le CRCE est un vivier pour les programmes de développement de la fédération québécoise et de Patinage de vitesse Canada (PVC), qui assume la majeure partie de son financement.

St-Gelais est consciente d’arriver durant une période trouble à PVC. Frédéric Blackburn, son dernier entraîneur, a récemment perdu son poste après une plainte de harcèlement psychologique de la part d’une athlète.

Après une enquête indépendante de six mois, les allégations n’ont pu être démontrées, a précisé Blackburn. PVC a néanmoins relevé « plusieurs incidents qui sont contraires à la politique sur le harcèlement et au code de conduite », selon une déclaration transmise à Radio-Canada.

St-Gelais, « restée très proche » de son ancien coach, s’est dit « bien triste de ce dénouement ».

« Ce n’est pas du tout l’image que j’ai de cette personne-là, a-t-elle indiqué. Personnellement, j’ai adoré sa façon de m’entraîner. J’ai adoré comment on travaillait ensemble. D’aucune façon, je ne me suis sentie harcelée psychologiquement ou de toute autre façon qui a pu être mentionnée dans la plainte. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE


Marianne St-Gelais et Frédéric Blackburn aux Jeux olympiques de PyeongChang

Le départ de Blackburn s’ajoute à celui d’Éric Bédard, licencié l’an dernier après seulement 11 mois en poste comme entraîneur-chef de l’équipe masculine. Selon PVC, il n’était pas dans les plans d’une « restructuration » qui ne s’est pas encore matérialisée 16 mois plus tard. Son prédécesseur de longue date, Derrick Campbell, avait quitté le bateau en 2018 après avoir entrepris la première phase du nouveau cycle olympique. Il dirige maintenant l’équipe nationale chinoise.

Pour l’heure, Sébastien Cros s’occupe à la fois des programmes féminin et masculin, tandis que Jeffrey Scholten supervise l’équipe de développement.

Dans tout ce brouhaha, un sondage mené par l’ancien membre de l’équipe nationale Rémi Beaulieu est venu jeter un pavé dans la mare. Ce coup de sonde anonyme tendait à démontrer un large niveau d’insatisfaction de la part de 36 retraités du centre national depuis 2010. Les dirigeants auraient négligé le « bien-être » des athlètes au profit de la performance à tout prix.

St-Gelais, qui n’y a pas participé, a exprimé des réserves. « J’ai l’impression que les athlètes de haut niveau n’ont pas nécessairement été interpellés, c’est là où est mon bémol », a-t-elle fait valoir.

On sait que l’organisation a du travail à faire, c’est certain, parce que c’est vrai qu’on a perdu du talent. Après ça, est-ce seulement la faute de l’organisation ?

Marianne St-Gelais

La retraite hâtive du champion olympique Samuel Girard, en 2019, a marqué les esprits et inspiré l’initiative de Beaulieu, un kinésiologue de formation et médaillé à 12 reprises en Coupe du monde.

Malgré tout, St-Gelais pense que les succès canadiens en patinage de vitesse sur courte piste se poursuivront. Elle note un « pic descendant », mais estime qu’une « crue » de nouveaux champions est inéluctable.

L’apport d’anciens athlètes passionnés comme Gagnon, Blackburn, Campbell et Jonathan Guilmette, directeur du programme haute performance à l’anneau de Calgary, doit se perpétuer, prévient-elle.

« On n’est pas à l’abri de hauts et de bas dans l’équipe, comme on en a eu à plusieurs reprises, a constaté St-Gelais. Mais tant et aussi longtemps qu’on garde notre expertise, on a cette flamme du patinage de vitesse au Canada. Je ne suis pas inquiète. Peu importe l’organisation, peu importe les choix qui seront faits, les athlètes ont ce but de vouloir performer. Je suis pas mal certaine que ça ne va pas affecter la performance. »

La graine semée par Gagnon semble avoir bien germé.