Mikaël Kingsbury a gardé la forme en confinement. Mais il n’y a rien comme chausser ses skis, quitte à tomber dans l’eau. Ragaillardi par la pause forcée, le champion olympique se projette déjà au-delà des Jeux de 2022.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Même en maillot de bain, Mikaël Kingsbury n’arrête jamais d’innover. Le skieur acrobatique sort d’un camp de 10 jours aux rampes d’eau du Lac-Beauport. Il en a profité pour peaufiner un nouveau saut qu’il aimerait baptiser en compétition, quitte à forcer la main aux décideurs de son sport.

Ça s’appelle le « double cork 1080 » et c’est une sorte d’hommage à Jonny Moseley. L’Américain avait inventé le « cork 720 » en route vers un titre olympique aux Jeux de Salt Lake City, en 2002.

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Cette manœuvre inédite, elle-même inspirée du mouvement freestyle encore naissant, avait mis la table pour l’introduction des sauts périlleux dans les épreuves de bosses.

Seul le périlleux simple est autorisé encore aujourd’hui. Depuis une dizaine d’années, Kingsbury en réussit des doubles à l’envi.

Le « double cork 1080 », qu’il a réalisé pour la première fois sur neige à l’entraînement en janvier, serait une façon de forcer la porte. Techniquement, ce saut implique trois vrilles et deux rotations du corps, sans être dans un axe trop vertical pour ne pas contrevenir au règlement.

« C’est dans une zone grise présentement », évalue Kingsbury, dont les démarches auprès de la Fédération internationale de ski n’ont jamais abouti.

« Si ma tête ne passe pas trop en dessous, ça pourrait être accepté par la FIS. Ce serait comme un beau clin d’œil à Johnny. C’est grâce à lui si on fait des corks et des flips dans notre sport. Il y a peut-être de la lumière au bout du tunnel. J’ai tellement poussé depuis que j’ai 18 ou 19 ans, mais la FIS n’a jamais voulu. Avec ce saut, il y a peut-être une lueur d’espoir de pouvoir faire des doubles. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Mikaël Kingsbury en action au mont Tremblant

Kingsbury rêve tout haut de le tenter dans une Coupe du monde au risque d’une disqualification. Mais ce ne sera probablement pas en 2020-2021.

« Surtout qu’on ne sait pas à 100 % ce qui va arriver avec les compétitions cet hiver. Je préfère me concentrer à faire mes descentes, à dominer la saison et à être prêt pour les Championnats du monde [sur le site olympique de Pékin]. Après ça, je vais pouvoir essayer d’amener ça à un autre niveau. »

« Comme faire du vélo »

En temps normal, le champion olympique serait à Whistler pour dévaler les bosses sur le glacier et s’exercer à faire ses manœuvres aériennes sur une rampe d’eau. Mais la pandémie a évidemment changé les plans. Avec ses coéquipiers, le skieur de bientôt 28 ans a donc passé 10 jours à virevolter au-dessus du bassin du Centre Acrobatx Yves Laroche de Lac-Beauport.

« J’ai pu faire tous mes trucs et enlever la petite poussière », a-t-il expliqué sur la route du retour vendredi. « Faire du ski, c’est comme faire du vélo, ça ne se perd pas. »

Même si les installations sont de premier ordre, Kingsbury ne cache pas qu’il préférerait se retrouver sur la neige à cette période-ci de l’année. Surtout quand il voit ses rivaux français et américains chausser les skis dans les Alpes ou en Oregon.

C’est comme pour un golfeur : il peut passer le temps qu’il veut au champ de pratique, ce n’est pas pareil que d’être sur le terrain.

Mikaël Kingsbury

L’athlète de Deux-Montagnes n’est cependant pas inquiet. Les frontières de l’Europe viennent d’ouvrir et les dirigeants évaluent les options de retour sur neige, peut-être même ce mois-ci.

Sinon, la période de confinement a permis à Kingsbury, déjà maniaque de l’entraînement, de soigner sa condition physique comme jamais. Course, vélo de route, trampoline et travail musculaire ont meublé son quotidien dans les Laurentides.

« C’est le fun d’arriver au premier camp de l’équipe et de me sentir déjà top shape. C’est comme si je partais la saison. C’est un avantage cette année. Je vais probablement arriver à la première Coupe du monde et être dans la forme de ma vie. »

S’imaginer à Cortina

Ce temps d’arrêt forcé loin des planches lui a permis de réfléchir. L’homme aux 63 victoires en 107 départs consécutifs a réalisé à quel point il aimait son sport, son mode de vie et les gens qui le soutiennent. Au point de se projeter au-delà des Jeux de Pékin en 2022 et de se s’imaginer à Cortina, en 2026.

« Sans en faire un objectif aujourd’hui, je suis prêt à m’embarquer une année à la fois après 2022 et voir où ça me mène. C’est difficile pour moi de me mettre une date limite quand je sens que je m’améliore toujours et que ça fait neuf ans que je suis au premier rang mondial. J’ai hâte à ma vie d’après, mais je sais que j’ai encore beaucoup à donner à mon sport. »

À 33 ans en 2026, Kingsbury pense qu’il serait encore en mesure de se distinguer, citant en exemple les joueurs de tennis Roger Federer et Rafael Nadal. Deux autres grands innovateurs.

En bref

Impression favorable

Mikaël Kingsbury a été impressionné par la prestation de ses coéquipiers Laurent Dumais, Kerrian Chunlaud, Gabriel Dufresne, Olivier Lessard et Elliott Vaillancourt lors du camp à Lac-Beauport. « C’est cool de voir leur progression ces dernières années. Je pense qu’on va être capables de remplir les finales la saison prochaine, un peu comme on le faisait de 2011 à 2013. Tranquillement, les gars se rapprochent du niveau pour pouvoir se battre dans le top 10 à toutes les courses. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Laurent Dumais

Un naturel

Le jeune Julien Viel, 18 ans, s’est distingué sur les rampes. « Il m’a vraiment impressionné par ses sauts », a dit Kingsbury, qui s’est entraîné avec lui dans les dernières journées. « Je pense que vous allez en entendre parler pas mal. De ce que j’ai entendu, c’est aussi un excellent skieur. Mais ça fait longtemps que je n’ai pas vu un gars aussi naturel dans les sauts. » En mars, le skieur de Québec a remporté l’épreuve en parallèle de la Coupe Nor-Am de Val Saint-Côme.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE JULIEN VIEL

Julien Viel

Bonne cause

Kingsbury ne sait pas où il sera le 8 août à 10 h, mais il a bien l’intention de participer à la course virtuelle À vos masques, prêts, bougez ! au profit du Club des petits déjeuners, dont il est ambassadeur depuis près de trois ans. « Ils ont vécu des moments difficiles ces derniers temps, a noté le bosseur. Beaucoup de jeunes n’ont pas eu accès à leur déjeuner à l’école. Pour moi, c’est le repas le plus important. » Les participants sont invités à parcourir 5 km ou 10 km sur le parcours de leur choix dans le but de respecter les règles de distanciation physique. Coûts de l’inscription individuelle : 25 $. Il y a des rabais familiaux. Informations : https://www.amilia.com/fr/partenaires/course-avosmasques