Ce n'était pas l'affiche prestigieuse de l'an dernier, mais la finale de Ligue des champions entre Chelsea et le Bayern Munich a réussi à tenir le public en haleine jusqu'à son improbable dénouement. C'était le meilleur moyen d'attirer l'attention sur un match qui, il faut l'avouer, laissait l'amateur neutre un peu indifférent. Le drame d'une séance de tirs de barrage comporte tant de suspense que même les leaders du G8 s'arrêtent pour les regarder - tous, sauf peut-être l'honorable Stephen.

Patrick Leduc, collaboration spéciale LA PRESSE

Je ne cherche pas querelle aux partisans des Blues de Chelsea ni à ceux du Bayern. Or, la plupart des pronostics - dont le mien, faut-il le rappeler? - prédisaient une finale entre les puissants clubs espagnols de Madrid et de Barcelone. Ajoutons que la rencontre au sommet entre ces négligés des demi-finales avait aussi perdu de son lustre en raison de la méforme des deux clubs dans leurs championnats intérieurs respectifs.

Qu'on aime ou pas, il faut reconnaître que les Londoniens ont bien joué leurs cartes dans cette compétition alors qu'on les avait souvent tenus pour battus. Seule équipe anglaise à avoir franchi l'étape des huitièmes de finale, où les Italiens de Naples croyaient avoir fait le nécessaire pour l'éliminer, Chelsea a surtout bénéficié du rendement exceptionnel de deux de ses joueurs pour faire la différence pendant toute la campagne.

Cech-Drogba, la combinaison gagnante

Revenons, par exemple, sur cette demi-finale contre le Barça de Guardiola, où l'on ne donnait pas cher de la peau des Anglais. C'est un but opportuniste de Didier Drogba au match aller qui aura réussi à alimenter les espoirs des Blues alors que leur saison se dirigeait vers un échec.

Laissé à lui-même devant, l'Ivoirien devait se contenter des longs ballons que lui dégageait le gardien Peter Cech pour mettre en difficulté la défense catalane. Chelsea a tellement concentré ses efforts sur la consolidation de son bloc défensif durant le match retour à Barcelone que la combinaison de passes qui a le plus fonctionné pour les Anglais ce jour-là fut justement celle entre Cech et Drogba. Si ce style est discutable, le résultat, lui, fut incontestable (victoire cumulative de 3-2).

Il faut aussi souligner la volonté du grand attaquant des Blues de contribuer à l'effort collectif défensif. Toujours prêt à se replier au besoin, s'improvisant même défenseur latéral par moments, Drogba a failli coûter le match à son équipe à plus d'une reprise en raison de sa témérité dans les tacles glissés. Autant à Barcelone qu'à Munich, ses fautes dans la surface ont procuré à l'adversaire des penalties qui auraient pu modifier le destin de Chelsea.

C'est notamment à ces occasions que le gardien Peter Cech a contribué au succès du club londonien de façon remarquable. Plus effacé que le buteur ivoirien, le cerbère tchèque mérite néanmoins l'Oscar du meilleur rôle de soutien. Ni Lionel Messi ni Arjen Robben n'ont trouvé la clé de l'énigme Cech à partir du point de penalty. Et l'apport du gardien casqué ne se résume pas qu'à des parades sur tirs à bout portant. Sa prestance pendant l'ensemble de la campagne européenne a insufflé du courage à ses coéquipiers, qui s'étaient résignés à défendre - parfois même à 10 - en touchant rarement le ballon pendant 90 à 120 minutes.

Inéluctable destin ou succès mérité? La victoire machiavélique de Chelsea me rappelle étrangement celle des Grecs à l'Euro 2004. On peut admirer l'abnégation nécessaire à la mise en place d'une défense étanche qui vient à bout d'équipes considérées comme favorites. En tant que vainqueur de cette Ligue des champions, Chelsea supplantera assez cruellement le Bayern dans la mémoire collective. On se souviendra toutefois moins du spectacle plutôt indigeste qu'ont offert les Blues en cours de route.