(Hamilton) Hamilton n’est pas reconnu comme la Mecque du soccer au Canada… et pourtant. Le Tim Hortons Field a tremblé, les fumigènes ont craqué, le Canada a gagné et la sélection cogne avec force sur les portes du Qatar.

Mis à jour le 30 janvier
Jean-François Téotonio
Jean-François Téotonio La Presse

Vraiment, qui arrêtera le Canada ? Après le Mexique, c’était au tour des États-Unis de s’y casser les dents, dimanche. L’unifolié s’est imposé 2-0 contre son grand rival américain sous une température hivernale froide, mais ensoleillée.

Un éclair de génie du duo de pointe Jonathan David-Cyle Larin, une frappe dans les derniers instants de Sam Adekugbe ainsi qu’un effort défensif solide ont permis au Canada de combler les 12 000 partisans ornés de rouge et de blanc.

L’équipe de John Herdman s’assure ainsi d’une avance confortable en tête de l’Octogonale de la CONCACAF, phase finale de qualifications pour la Coupe du monde de novembre prochain. Le Canada compte maintenant 22 points après 10 matchs, contre 18 pour les États-Unis. On devra néanmoins attendre aux rencontres de mars prochain avant de confirmer son billet pour le Qatar.

La sélection reste toujours invaincue en 10 matchs dans sa quête d’une première participation au Mondial depuis 1986.

Lorsqu’on interroge le sélectionneur du Canada à ce sujet en visioconférence, il bouche ses oreilles. Littéralement.

« Je ne veux pas en entendre parler ! s’exclame-t-il, superstitieux. Je ne laisse pas les joueurs en discuter non plus. »

Parlons-en, de ces joueurs. Parce que la vérité, c’est qu’ils ont encaissé la domination des États-Unis avec le ballon pratiquement tout le match. Les Américains ont terminé la rencontre avec 64 % de possession.

Mais ça, les hommes de Herdman s’y attendaient. Parce que la force du Canada, c’est sa rapidité en transition et sa force de frappe en contre-attaque. Les deux buts en sont des exemples probants.

PHOTO PATRICK WOODBURY, LE DROIT

On chantait, on dansait dans les gradins. L’enthousiasme envers cette équipe canadienne est bien réel.

« Le fait que nous sommes menaçants en transition, c’est une partie importante de notre identité en tant qu’équipe, a analysé le sélectionneur du Canada. On a pu compter sur cet aspect. »

Et comment. À la 7minute, Kamal Miller intercepte le ballon envoyé mollement par le gardien Matt Turner au milieu du terrain. Le défenseur du CF Montréal l’envoie à Jonathan Osorio, qui remet habilement à Cyle Larin dans le dernier tiers américain. Larin s’échange un 1-2 avec Jonathan David et reprend le ballon dans la surface. Son tir traverse le gardien et va se loger dans le coin gauche du filet. Le Canada prend les devants, la pyrotechnie se fait aller au Tim Hortons Field, et les partisans se réchauffent en célébrant dans les gradins.

Larin devenait ainsi le meilleur marqueur de l’histoire de la sélection canadienne, avec 23 buts. Il dépasse la récolte de 22 buts de Dwayne De Rosario.

« Kamal a fait un bon travail en s’emparant de ce ballon, a commenté le milieu Jonathan Osorio après le match. Il l’a placé à un endroit où j’ai pu y toucher. Puis nos deux grandes vedettes en attaque se sont occupées du reste. C’était un bon début, comme on le souhaitait. »

Le sélectionneur américain Gregg Berhalter estime quant à lui que « ce n’est pas pour rien [que le Canada] mène ce groupe ».

« Le Canada n’a pas dominé grand-chose aujourd’hui, alors je leur donne du mérite pour leur résilience, a-t-il commenté. Ce qui les sépare des autres équipes, c’est la qualité de leurs attaquants et de leur finition. Ils n’ont pas eu tant d’occasions de marquer, mais ils les ont concrétisées. »

Berhalter a quand même tenu à lancer quelques flèches en visioconférence. Les Américains se sont plaints que le terrain du Tim Hortons Field n’était pas de taille standard, notamment.

« Je ne veux pas que l’on considère ceci comme une excuse, mais le terrain était très étroit, et la surface artificielle était de piètre qualité. Ça nous a causé des problèmes. Ce n’est pas une excuse, parce qu’on doit quand même être meilleurs devant le filet. »

Opportuniste à l’avant, étanche à l’arrière

Le réalisme canadien lui a été salutaire : après le but initial, les États-Unis se sont montrés avares du ballon, sans toutefois réussir à percer la très étanche défense canadienne.

À ce titre, il faut noter l’excellent match des hommes défendant les remparts du Canada : Kamal Miller, Alistair Johnston, Steven Vitória et Sam Adekugbe. Ils ont offert du jeu défensif solide, neutralisant les chances américaines à plusieurs reprises. Miller, notamment, a souvent frustré les Américains par sa fougue et sa vivacité derrière le ballon.

« On est une confrérie, a noté Adekugbe à propos de l’unité du groupe en défense. On veut être l’équipe qui concède le moins de buts en CONCACAF. Notre mentalité est forte. On s’est bien défendus, dans les circonstances. »

Vitória a écopé d’un carton jaune à la 31: on serait tenté d’avancer qu’il le cherchait, ce carton. Il manquera le prochain match contre le Salvador, mais il était déjà fort probable que John Herdman le garde au repos pour cette rencontre.

Et que dire de Milan Borjan. Armé de son pantalon gris maintenant emblématique, le gardien s’impose comme un mur devant la cage canadienne. Son arrêt du bout de la main juste avant la mi-temps, sur une solide tête de Weston McKennie, est l’un des trois véritables faits saillants de ce match pour le Canada.

On l’a même vu célébrer son arrêt avec Sam Adekugbe comme s’il venait de marquer un but.

Milan Borjan, d’origine serbe, est arrivé en conférence de presse vêtu du drapeau canadien. Il a en premier lieu souhaité bonne fête à son père, dont c’était l’anniversaire dimanche. Puis il a crédité les hommes devant lui pour ce résultat.

« Ce n’est pas que mon arrêt, c’est le travail de toute l’équipe, a-t-il souligné. Ils ont fait un excellent travail en défense. »

À la toute fin du match, Borjan s’est mis à lever les mains, faisant signe à la foule de faire du bruit. Ce n’est pas comme si elle avait besoin de plus d’encouragement, mais elle a bien répondu à l’appel.

On chantait, on dansait dans les gradins. L’enthousiasme envers cette équipe canadienne est bien réel.

Mais tout n’était pas joué. Cinq minutes de temps ajouté séparaient les Canadiens de la victoire.

Sam Adekugbe est toutefois venu dénouer les cœurs serrés des partisans, tous debout au Tim Hortons Field. Il s’est amené en vitesse seul devant le gardien après avoir capté un long dégagement de Kamal Miller. Oui, encore lui. Il n’avait qu’à trouver la bonne finition pour déjouer le gardien Matt Turner, et c’était 2-0. Il n’a pas pu se jeter dans la neige cette fois, mais il s’est lancé au drapeau de coin, s’est mis en position de yoga, et a attendu ses compatriotes.

Quel moment pour marquer son premier but en sélection.

« J’ai simplement tenté de faire le premier contact avec le ballon, puis j’ai vu le défenseur s’avancer vers moi, raconte Adekugbe. J’ai vu l’ouverture, j’ai pris mon tir et je l’ai eu.

« J’ai beaucoup d’émotions présentement. J’étais juste tellement content. »

PHOTO PATRICK WOODBURY, LE DROIT

Sam Adekugbe célèbre après avoir marqué le deuxième but du Canada.

« Je n’ai jamais rien vu de tel »

L’équipe canadienne a été accueillie avec éclat au Tim Hortons Field avant la rencontre. Faisant son arrivée sur l’avenue Melrose, l’autocar a rapidement été aveuglé par un nuage de fumigènes rougeâtres. Au sortir du véhicule, les partisans rassemblés autour des clôtures les ont aspergés de confettis. Le ton était donné.

« On était vraiment surpris, raconte Adekugbe. Quand on est arrivés au stade, l’autobus avait de la difficulté à passer. Les fans étaient incroyables. C’était un grand moment que l’on a pu vivre ensemble. »

« Je n’ai jamais rien vu de tel, a quant à lui lancé John Herdman. C’est tout ce dont on a rêvé. C’est la première fois que j’ai senti que je vivais dans un pays de soccer. C’était incroyable.

« Les fumigènes éclataient, comme si Liverpool s’en allait jouer un match de Ligue des champions. C’était si fou que ça, et je n’exagère pas. Si vous étiez dans ce mosh pit, c’était assez fou. Le bus ne pouvait même pas avancer ! »

Le Canada déposera ses pénates au Salvador pour le dernier affrontement de cette fenêtre internationale. Le match aura lieu mercredi à 21 h, au stade Cuscatlán.