(Los Angeles) L’ex-joueuse de soccer américaine Mana Shim, qui accuse avec une autre joueuse son ancien entraîneur des Thorns de Portland d’abus sexuels, a également accusé son ancien club de l’avoir forcée à se taire, quelques heures après que celui-ci a présenté ses excuses.

Agence France-Presse

La ligue féminine nord-américaine de soccer (NWSL) est au cœur d’une énorme tempête depuis la révélation de cette affaire par le site The Athletic.

Mana Shim et Sinead Farrelly ont mis en cause l’entraîneur Paul Riley, 58 ans, limogé du club en 2015.

« C’est un prédateur. Il m’a harcelé sexuellement, il a contraint sexuellement Sinead, et ils nous ont pris notre carrière », a accusé Shim sur la chaîne NBC mardi.

« Dès lors, il y avait une emprise non seulement de la part de Paul, mais de l’équipe pour qui je jouais ». « Ils m’ont réduite au silence pour de multiples questions, dont la plus importante était ma sexualité, et oui, j’étais juste très, très mal à l’aise tout le temps », a ajouté la joueuse.

PHOTO KARL B DEBLAKER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Paul Riley

Sinead Farrelly a, de son côté, également accusé Riley de l’avoir soumise à des « rapports sexuels forcés » quelques années plus tôt, lorsqu’il était à la tête de l’Independence de Philadelphie.

Riley est devenu l’entraîneur du Courage de la Caroline du Nord après avoir été licencié par les Thorns. Le Courage a licencié Riley la semaine dernière.

Il a contesté des allégations « complètement fausses ». « Je n’ai jamais eu de relations sexuelles avec ces joueuses ni ne leur ai fait d’avances sexuelles », s’est-il défendu auprès de The Athletic.

« Défaillance systémique »

Vendredi, la FIFA a annoncé l’ouverture d’une enquête. La commissaire de la NWSL, mise en cause pour son inaction dans cette affaire, a fini par démissionner.

Lundi, Merritt Paulson, le propriétaire du club des Thorns de Portland a présenté ses excuses aux deux anciennes joueuses, reconnaissant que le club aurait dû être plus transparent sur le limogeage de Riley, intervenu en 2015.

« Nous avions alors fait une annonce opaque sur une non-reconduction du contrat de Riley au lieu de dire explicitement qu’il était limogé », a écrit Merritt Paulson dans une lettre publiée sur le site de son équipe. Il explique qu’à l’époque, il pensait ainsi protéger la vie privée des deux joueuses.

En réalité, admet-il dans la lettre, le public a cru que l’entraîneur avait été écarté pour les mauvais résultats de l’équipe et non pour son comportement, incriminé par les deux sportives.

Il précise qu’une enquête a néanmoins été menée et que ses résultats ont été présentés à la NWSL.

« En fin de compte, on aurait pu faire plus. Je m’excuse auprès de Mana, Sinead et tous ceux qui ont souffert » suite à cette affaire, poursuit M. Paulson. « Je regrette profondément notre rôle dans ce qui est clairement une défaillance systémique dans le soccer professionnel féminin » aux États-Unis, insiste-t-il.

La lettre de M. Paulson faisait suite à un article publié par le site The Athletic dans lequel Sinead Farrelly et Meleana « Mana » Shim témoignent avoir dû faire face à plusieurs reprises, depuis 2010, au présumé comportement inapproprié de Paul Riley, dont la licence d’entraîneur a été suspendue par la Fédération américaine qui a annoncé mener son enquête.

Les deux joueuses ont notamment reçu le soutien de deux des vedettes Alex Morgan et Megan Rapinoe, très critiques envers la Ligue.