Il a d’abord été question du rôle du coach, lundi soir, lors de la conférence du CF Montréal et de l’organisme Pour 3 Points, dans le cadre de la Semaine nationale des entraîneurs. Mais les mots les plus forts sont venus à la fin, lorsqu’a été abordé le racisme.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Fabrice Vil, fondateur de P3P et animateur de la conférence, a voulu savoir ce que représentait pour l’entraîneur-chef du CFM Wilfried Nancy le fait d’être un coach noir avec le club montréalais.

« J’ai envie de dire que c’est de la fierté, mais j’ai envie de nuancer aussi. Je suis privilégié d’être coach d’une équipe professionnelle, en l’occurrence le CF Montréal, mais je ne suis pas privilégié d’être entraîneur-chef noir d’une équipe professionnelle. Parce que si je vais dans cette direction, est-ce que ça veut dire que les non-Blancs ne peuvent pas avoir d’opportunités dans des postes à hautes responsabilités ?, a-t-il répondu. Je suis un être humain avant tout. »

Donc, de la fierté, oui. Mais due au fait que c’est sa compétence et ce qu’il est comme individu qui l’ont amené à ce rôle. Pas la couleur de sa peau.

Il souhaite évidemment contribuer au sentiment des gens issus des minorités à croire qu’ils peuvent accéder aux postes qu’ils désirent. Et il espère voir cette quête de l’équité continuer de s’étendre.

Mais c’est encore loin d’être acquis, a souligné Nicolas Gagnon, entraîneur de l’équipe U17 de l’académie du CF Montréal, qui a fait remarquer qu’une grande proportion des staffs techniques d’équipes professionnelles, partout dans le monde, ne comptent que des coachs blancs. En contradiction avec ce que l’on observe sur le terrain.

Cette représentation des entraîneurs de couleur par rapport aux joueurs, « j’ai l’impression qu’elle n’est même pas proche d’être la même et ça veut dire qu’il y a encore beaucoup d’évolution à y avoir », a dit Gagnon.

Un garçon a donc demandé à Nancy si le fait d’être un entraîneur noir pouvait contribuer à diminuer le racisme dans le soccer.

« Bien sûr que c’est positif. Ce que j’aime, c’est qu’on en prend conscience. Donc, maintenant, il y a des questions qui se posent. Auparavant, les gens avaient peur de les poser. Je suis très content de voir qu’il y a une évolution par rapport à ça. Ce n’est pas assez, mais au moins les gens en prennent conscience et il y a des actes qui sont mis en place pour faire avancer les choses. »

Tout passe par l’éducation, a-t-il poursuivi, pour mater ce qu’il qualifie de « virus qui se propage » avec l’âge. Les enfants, sauf exception, ne font pas de discriminations à cet égard.

C’est aux adultes de mettre ça sur la table « et de dire les choses comme elles sont pour avancer et que tout le monde prenne conscience qu’il y a un problème quelque part quand même ».

« Il faut le vivre véritablement pour comprendre ce qui se passe par rapport à certains préjugés, a-t-il affirmé. Mais ça va de mieux en mieux. »

Cela dit, il y a très peu de racisme entre les joueurs, a mis en relief l’entraîneur du CFM.

Parce que la nature internationale du soccer les rend capables de comprendre les différentes cultures.

L’équipe devient au contraire un vecteur rassembleur et d’ouverture.

Un rôle qui demande de la polyvalence

En ce soir d’élections, les panels avaient décidément la cote, lundi.

Celui de la conférence présentée gratuitement sur le site web du CF Montréal était intitulé « Les coachs au service de la société ». Y prenait également part Katarina Radovanovic, coach certifiée P3P.

Elle a notamment parlé de l’importance des valeurs et du développement global des jeunes auquel peuvent grandement participer les entraîneurs. Dont on oublie souvent la fonction centrale d’éducateur, trop peu valorisée.

« Oui, je dois gagner des matchs, mais je suis encore plus fier quand je vois un joueur qui progresse et qui arrive à son rêve », a lancé à ce propos Wilfried Nancy.

Dans les communautés marginalisées, plus particulièrement, le coach peut jouer un rôle marquant. Katarina Radovanovic en connaît un qui accompagnait des jeunes à leurs rencontres scolaires quand les parents n’étaient pas disponibles.

« Il n’y a pas de chiffres sur ça, mais c’est souvent un impact à long terme », a-t-elle assuré.

Il a également été question de vision, de solidarité, de respect, de sentiment d’appartenance, d’ego.

« La difficulté de mon métier, c’est de mettre l’ego de côté. Parce que chaque individu a son propre ego. Donc, j’apprends à mes joueurs à se mettre en danger. Par rapport à la presse, par rapport à ce que tout le monde va dire », a raconté Wilfried Nancy.

De l’approche qui a changé au fil des ans aussi.

« Dans le passé, on nous imposait des choses. Maintenant, avec la nouvelle génération, la nouvelle façon de vivre, on doit orienter, guider et convaincre. C’est par les échanges qu’on peut avancer ensemble et c’est important d’avoir cette ouverture d’esprit », a souligné le pilote du CFM.

Et, finalement, de l’importance de la gestion de l’échec dans le processus, dans la progression. Parce qu’il arrive à tous — athlètes, y compris — de se perdre entre le point A et le point B.

« Le succès n’est pas final, l’échec n’est pas fatal ; c’est le courage de continuer qui compte », a dit Winston Churchill dans l’une de ses célèbres envolées sur ce thème.

Qu’est-ce que Pour 3 Points ?

Partenaire du CF Montréal, Pour 3 Points est « une organisation qui coache des coachs, afin que ces derniers jouent un rôle auprès des jeunes à titre de mentor, pour une société plus juste », a résumé Fabrice Vil d’entrée. L’organisme, qui célébrera son 10e anniversaire cet automne, promeut l’égalité sociale pour les jeunes issus de milieux défavorisés, en misant sur le développement des entraîneurs et l’impact qu’ils produiront dans leur vie.

Visitez le site de Pour 3 Points