Le tir parfait dans la lucarne, personne ne peut l’arrêter. C’est du moins la perception que l’on peut en avoir de l’extérieur.

Frédérick Duchesneau
Frédérick Duchesneau La Presse

Cette impression d’impuissance du gardien au soccer devant nombre de situations confère à ce poste une image très ingrate. À cet égard, il s’agit peut-être de la position la plus cruelle, tous sports confondus.

Nous avons demandé à Rémy Vercoutre ce qu’il pensait de cette façon de voir.

« Je suis 100 % d’accord. En regardant les résumés des matchs, vous vous rendez compte que votre gardien a fait de nombreux arrêts, et la seule fois où on va le voir, c’est peut-être au moment où il va encaisser le but, relève l’ex-gardien en Ligue 1 française pendant près de 20 ans. C’est ce qui rend le poste, parfois, très injuste. Mais quand on embrasse la carrière de gardien de but, on le sait. »

Savoir dans quoi on s’embarque ne signifie pas pour autant qu’on en accepte toujours les aléas avec le sourire.

PHOTO ROMAIN LAFABRÈGUE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Rémy Vercoutre, alors gardien du Stade Malherbe Caen, lors d’un match contre l’Olympique lyonnais – son ancien club –, à Lyon, en août 2016

On a beaucoup de frustrations parce qu’on n’est pas forcément au cœur du jeu, aussi parce qu’on est souvent montré du doigt, à tort ou à raison. Lorsqu’on prend un but, c’est presque toujours la faute du gardien.

Rémy Vercoutre, entraîneur des gardiens du CF Montréal

On pourrait avoir le sentiment d’entendre ici un entraîneur qui se porte à la défense de ses protégés. C’est peut-être le cas. Mais il précise sa pensée.

« Chaque fois, j’entends : “Ouais, mais le gardien aurait pu faire ci, le gardien aurait pu faire ça.” L’analyse pointue du poste n’est pas donnée à tout le monde. »

Le gardien de but devient ainsi régulièrement le coupable parfait.

« Donc, il y a beaucoup de travail, parfois pour pas beaucoup de moments de réjouissances pendant une partie ou un championnat », résume Rémy Vercoutre, qui a passé une partie de sa carrière comme numéro 2 de l’Olympique lyonnais, derrière l’international français Grégory Coupet.

L’impossibilité de tout stopper, évoquée précédemment, doit être acceptée pour gérer un match positivement.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Greg Sutton, ex-gardien de l’Impact

Je pense qu’il faut comprendre en tant que gardien qu’on ne peut tout arrêter. Mais il faut viser la constance et montrer de la confiance parce que ce qu’on dégage déteint parfois sur les coéquipiers.

Greg Sutton, ex-gardien de l’Impact

Sutton a eu le temps de travailler sur cet élément au fil des ans. Il a gardé les buts pendant une douzaine de saisons chez les pros en Amérique du Nord.

À 24 ans, le second du CF Montréal James Pantemis n’a pas autant de bagage. Mais le Montréalais a néanmoins cheminé quant aux défis psychologiques de son rôle.

« Que tu prennes un but à la 5e ou à la 90minute, il y a encore du temps pour jouer. C’est quelque chose que j’ai appris durant mon passage à l’Académie, raconte-t-il. J’avais un peu de misère à maîtriser mes émotions dès que je prenais un but ou que je faisais une erreur et je crois que j’ai beaucoup grandi dans cet aspect de mon jeu. »

Pour sa part, Maxime Crépeau, ancien de l’organisation montréalaise, avec les Whitecaps de Vancouver depuis 2019, insiste surtout sur l’absence de droit à l’erreur pour les gardiens. Une pression sans doute très forte à subir.

PHOTO JEFFREY SWINGER, ARCHIVES USA TODAY SPORTS

Maxime Crépeau, gardien des Whitecaps de Vancouver

Oui, il y a des frappes parfaites, des déviations, des chaînes d’évènements qui peuvent faire en sorte que tu vas te retrouver tout seul avec l’attaquant devant toi. Mais si tu fais une erreur, tu vas probablement manger un but. Et c’est là que c’est un poste différent des autres.

Maxime Crépeau, gardien des Whitecaps de Vancouver

L’inverse est aussi vrai, ajoute-t-il cependant. Une bonne action peut permettre à son équipe de repartir avec un ou trois points.

« Donc, on peut faire la différence comme on peut se faire juger très rapidement. »

De la personnalité… mais pas trop

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », a dit l’oncle de Peter Parker, alias Spider-Man.

Dans l’univers du soccer, on pourrait dire qu’un rôle particulier demande une personnalité particulière.

Ce n’est pas un mythe. Par la force des choses, les gardiens ont une personnalité et un caractère différents, admettent les joueurs et ex-joueurs interrogés.

« Il faut développer un certain sens du sacrifice parce qu’on va mettre nos mains et, souvent, notre tête là où personne ne devrait peut-être mettre ses pieds », a illustré Rémy Vercoutre lors de notre entretien, il y a deux semaines.

Dans la même veine, lors d’une entrevue diffusée avant le premier match de la saison du CF Montréal, à TVA Sports, Clément Diop était allé jusqu’à dire qu’il fallait être un peu fou pour se lancer ainsi dans les pieds de ses adversaires.

Et, forcément, commander ses coéquipiers dans certaines phases de jeu requiert beaucoup de personnalité. Mais il faut tout de même savoir doser.

« En avoir trop, ce n’est pas non plus ce qu’on recherche, fait savoir l’entraîneur des gardiens du CF Montréal. Que le gardien ait de la personnalité et un gros caractère, c’est normal. Mais après, il ne faut pas oublier qu’on est quand même un sport collectif. On ne peut pas être en marge totalement. »

Ces caractéristiques doivent permettre de « tirer l’équipe vers le haut ».

On a aussi demandé à Greg Sutton s’il fallait être un peu bizarre pour garder les buts au soccer.

« Oui ! Mais on voit plusieurs types de personnalités. Je pense que parmi les caractéristiques, il faut savoir réfléchir à court terme. Dans le sens où on ne peut laisser quoi que ce soit nous embêter, même quand ça va mal pour l’équipe ou soi-même, explique le coach des Stingers de Corcordia. C’est probablement la position la plus challengeante mentalement. Ça prend beaucoup de confiance et de force mentale. »

> Relisez le premier volet de notre entretien avec Rémy Vercoutre