Résumer les déplacements d’Évelyne Viens depuis l’été dernier a de quoi donner le tournis.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

D’abord, rappelons que la Québécoise a été sélectionnée au 5e rang, en janvier 2020, au repêchage de la National Women’s Soccer League (NWSL) par le Sky Blue FC, devenu depuis le NJ/NY Gotham FC.

En juin et juillet, elle participe au tournoi Coupe Challenge 2020 de ce circuit professionnel féminin au sud de la frontière. Puis, entre le tournoi et la mini-saison – dont la tenue était alors incertaine –, elle est prêtée au Paris FC, en août, club de première division française. Où elle marque des buts. Beaucoup de buts. Onze en quatorze matchs – la moitié seulement comme titulaire. Sans compter deux passes décisives.

Après de brefs débuts professionnels nord-américains, l’attaquante démontre donc instantanément outre-mer sa capacité à continuer de marquer, même dans les hautes sphères.

« Le temps que j’ai eu en France, avoir une saison, pendant huit mois m’entraîner chaque jour chez les professionnelles, ça m’a vraiment aidée à être plus rapide et à assimiler plus rapidement ce niveau », indique la joueuse de 24 ans.

En février, elle revêt pour la toute première fois l’uniforme national, à l’occasion de la Coupe SheBelieves, à Orlando.

L’athlète originaire de L’Ancienne-Lorette retourne ensuite en France pour deux rencontres, revient aux États-Unis pour le camp préparatoire de trois semaines de son équipe professionnelle, puis se joint de nouveau à la formation nationale pour deux matchs en Europe. Deux matchs qu’elle n’oubliera sans doute jamais.

Contre le pays de Galles, elle inscrit son premier but sous le maillot unifolié, dans un gain de 3-0.

Puis, au suivant, Christine Sinclair blessée, Viens obtient un premier départ avec l’équipe canadienne. Elle compte dès la troisième minute, propulsant les siennes vers une victoire de 2-0 contre les Anglaises, 6es mondiales. Le Canada est actuellement 8e.

« C’est sûr que tu te dis que tu as de gros souliers à chausser [en remplaçant Sinclair]. C’est ce que je lui ai dit à la blague ! Depuis que je suis jeune, elle est un modèle pour tout le monde, c’est une bonne personne, une bonne capitaine », souligne l’attaquante québécoise.

Après mon premier but, me faire féliciter par la meilleure marqueuse internationale, il y a un petit côté spécial à tout ça.

Évelyne Viens

En juin, le club national tiendra un camp en vue des Jeux de Tokyo. Viens s’attend à savoir dans deux ou trois semaines si elle y sera conviée.

« Si je suis en santé, je ne veux pas m’enfler la tête, mais j’ai de bonnes chances d’être au camp. Mais après ça, pour les Olympiques, personne n’a son billet d’avion encore, illustre-t-elle. Les feedbacks étaient positifs au niveau des entraîneurs. C’est sûr que compter des buts, ça fait marquer des points. Mais c’est dur de dire où je me situe dans la hiérarchie de Soccer Canada en ce moment. »

Évelyne Viens est revenue avec le NJ/NY Gotham FC. Pas à temps pour prendre part au premier match de son club en Coupe Challenge 2021.

PHOTO RICK BOWMER, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Évelyne Viens avec le Sky Blue FC en juin 2020

Mais au second, mardi dernier, elle n’a pas raté sa rentrée, marquant dans les arrêts de jeu pour mener la formation du New Jersey à un gain de 4-3 contre le Courage de la Caroline du Nord.

La prochaine rencontre du NJ/NY Gotham FC (2-0-0) aura lieu mardi, au domicile du Washington Spirit (1-2-0).

Radio-Canada Sports diffuse sur son site web et son application tous les matchs de la Coupe Challenge, qui prendra fin le 8 mai.

> Consultez le site de la NWSL (en anglais)

Servir de modèle

Avant son entrée chez les pros, Évelyne Viens a laissé une empreinte permanente en NCAA, avec l’Université South Florida, dont elle est devenue la meilleure buteuse au fil de ses quatre saisons. En 77 matchs : 73 buts.

« Quand je suis arrivée à l’université, je pense que je faisais deux, trois trucs très, très bien, ce qui m’a aidée en première année. Après, avec mes coachs, on s’est concentrés sur plein d’aspects qu’il fallait que j’améliore, comme les ballons aériens, la première touche de balle », raconte-t-elle.

Elle a foulé le terrain dans le circuit universitaire américain pour la dernière fois en novembre 2019, deux mois avant le repêchage professionnel.

La diplômée en comptabilité est maintenant inscrite au MBA en ligne à l’Université Laval, qu’elle suit à temps partiel en vue d’une maîtrise. Parce qu’elle aime étudier.

« Et pour décrocher un peu des fois », ajoute-t-elle.

Cela dit, dans l’immédiat, sa concentration se porte entièrement sur le soccer. Sur le terrain et hors de celui-ci.

J’essaie de penser à la façon de m’impliquer – même si c’est difficile avec la COVID – dans le soccer québécois un peu, pour aider à le développer au maximum.

Évelyne Viens

Elle souhaite ainsi contribuer, entre autres, à l’augmentation du contingent de Québécoises dans l’équipe nationale. Et servir de modèle pour les jeunes joueuses et joueurs.

Pas de doute, le parcours de Viens a de quoi les inspirer. Elle fait partie – comme la Québécoise Bianca St-Georges – de l’une des dix formations de la NWSL, en plus de frapper à la porte des Jeux olympiques. Tout cela sans avoir été membre des équipes du Québec ni être passée par le Centre national de haute performance (CNHP), qui entraîne la jeune élite québécoise chez les filles.

Justement, quels conseils donnerait-elle aux joueuses du CNHP ?

D’abord, de jouer pour le plaisir, tout simplement. Par amour pour leur sport, sans se poser trop de questions.

« Et je leur dirais aussi qu’il y a des possibilités de se développer et d’en vivre. À leur âge, je ne savais pas qu’il y avait des ligues professionnelles. C’est tellement peu connu, le soccer féminin », fait remarquer Évelyne Viens.

À ce sujet, on lui souligne que des formations canadiennes dans la NWSL – le plus important circuit en Amérique du Nord – insuffleraient un bon vent de dos au développement du soccer féminin de ce côté-ci de la frontière.

« Oui, je crois qu’il faut pousser pour ça », dit-elle, en traçant un parallèle avec le rôle qu’a joué l’Impact – aujourd’hui CF Montréal – et son Académie chez les garçons.

« Il est temps que le Canada commence à avoir des franchises de la NWSL. »

> Relisez notre portrait d’Évelyne Viens publié en 2016