« Il ne faut pas toujours chercher très loin pour trouver de la qualité. »

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Le directeur sportif du CF Montréal, Olivier Renard, n’aura mis que dix jours à combler le départ de Thierry Henry. Et il l’aura fait dans sa propre cour, bien qu’ils aient été fort nombreux à frapper à la porte, a-t-il affirmé lundi en visioconférence avec les médias.

Pas plus de cinq d’entre eux ont cependant été « de possibles candidats ».

« Wilfried [Nancy] était bien présent dès le début. Est-ce qu’il avait les meilleurs papiers pour être coach ? Non. Parce que tout le monde sait bien qu’il n’a pas l’expérience d’être entraîneur principal, mais c’était peut-être le seul petit point négatif. Et la chance que nous avons dans ce choix, c’est que c’est un enfant du club et on connaît exactement ses qualités », a expliqué Renard.

Les deux hommes ont appris à se connaître depuis l’an dernier. Au fil des échanges, ils se sont aperçus qu’ils étaient sur la même longueur d’onde à plusieurs égards.

« Je pense que je cochais plusieurs cases, donc ça s’est fait naturellement », a raconté Nancy.

Renard avait souligné l’importance de la continuité dans le choix du successeur d’Henry. En ce sens, la nomination de Nancy est logique.

D’autant plus qu’une des plus grandes qualités de ce dernier est sa communication avec les jeunes, a souligné Olivier Renard. Et on sait que l’effectif du club a considérablement rajeuni ces derniers mois.

Ce ne sont pas les circonstances qui nous ont fait choisir Wil. On est sûrs. On le sent mature.

Olivier Renard, directeur sportif du CF Montréal

Sans surprise, Renard n’a pas voulu nommer les autres candidats potentiels. Certains sont actuellement affiliés à un club, a-t-il justifié.

« Il y avait des noms importants qui auraient pu signer ici, a-t-il néanmoins indiqué. Mais on ne s’est pas posé la question à l’interne s’il faudrait quelqu’un avec la même philosophie, mais en plus avec un grand nom. »

Certains candidats venaient d’Europe, d’autres, d’Amérique du Nord. Mais au bout du compte, Nancy a toujours été en tête de liste.

« Dans la construction de la maison, les premières briques ont été posées et il fait partie des gens qui ont commencé à monter ce mur, a imagé Renard. Donc, nous avons envie de continuer avec lui. »

Pas le couteau sous la gorge

Le nouvel entraîneur-chef n’a pas caché qu’il aurait été déçu s’il n’avait pas été choisi, mais il ne serait pas parti pour autant.

« C’est le football. Aujourd’hui, c’est moi, demain, ce sera quelqu’un d’autre. Si ça n’avait pas été moi, ça n’aurait pas été la fin du monde », a-t-il relativisé.

À 43 ans, Nancy prend donc les rênes alors qu’il entame sa sixième saison avec le club. Il le fera toutefois avec un contrat d’un an seulement, assorti d’options, a dit Renard.

« Pourquoi ? C’est une nouvelle chose pour lui, et pour nous aussi de le voir dans une autre position. Mais ce qu’il faut savoir, et c’est important, c’est qu’il n’a absolument pas le couteau sous la gorge pour faire des résultats immédiatement, a assuré le directeur sportif. Il n’y a pas, de mon côté, de deadline ou de devoir de faire les séries. Évidemment, on veut les faire, il veut les faire aussi, mais il n’y a pas de pression. »

Bien sûr qu’il y a eu des négociations. Mais après réflexion, je me mets à la place du club et je comprends pourquoi il m’a donné un an. Ce n’est pas un problème pour moi.

Wilfried Nancy

Le Français d’origine veut poursuivre le travail en cours. Bâtir une équipe dynamique et proactive. Travailler au développement des jeunes, ce qu’il a beaucoup fait dans le passé, lui qui se considère comme « un coach formateur ».

Il se réjouit d’ailleurs de compter sur un effectif jeune qui lui donnera « plus de flexibilité ».

Quant à la composition de son staff, il est à l’aise pour le moment, mais n’exclut pas un ajout éventuellement, après analyse.

« La qualité essentielle d’un adjoint est d’être capable de confronter l’entraîneur avec du respect pour que ce dernier puisse prendre la meilleure décision possible », a-t-il relevé.

Les entraîneurs adjoints Kwame Ampadu et Laurent Ciman, de même que l’entraîneur des gardiens Rémy Vercoutre et le préparateur physique Jules Gueguen constituent son personnel pour l’instant.

Embauché par Leduc

Comme joueur, Nancy n’a pas connu la carrière d’un Thierry Henry. Ce qui l’a rapidement rendu lucide sur la suite des choses pour lui.

« Du fait que je n’ai pas eu une telle carrière, j’ai été capable de reconnaître que le coaching serait mon avenir. Je suis prêt et très heureux. »

Après sa carrière comme joueur, de 1995 à 2005, Nancy passe donc sur les lignes de côté. Deux ans au niveau AAA, puis en 2008, il est engagé par Patrick Leduc – aujourd’hui directeur de l’Académie du CF Montréal – pour l’épauler à l’Association régionale de soccer de la Rive-Sud, dont il était alors le directeur technique.

« Je l’ai rencontré quand je l’ai embauché, raconte Leduc. Ça s’est passé très vite. J’avais besoin de quelqu’un et j’ai tout de suite eu un très bon feeling dans les conversations qu’on avait eues. On parlait le même langage, on s’entendait très bien sur le modèle de jeu qu’on souhaitait développer. »

Nancy s’occupera d’abord du sport-études et de l’équipe régionale, avant de passer directeur technique adjoint peu après.

En 2011, il est engagé à l’Académie de l’Impact, puis se joindra au grand club à titre d’entraîneur adjoint en 2016.

Donc, cinq ans de coaching avant de se joindre à l’organisation de l’Impact, suivis de cinq à l’Académie, puis encore cinq comme adjoint en MLS. D’un cycle de cinq ans à un autre, Wilfried Nancy est désormais aux commandes du premier club.