Il aurait pu retourner en Belgique ou choisir parmi bien d’autres destinations, sans doute. Entretien sur la région métropolitaine avec l’ex-défenseur, de retour « chez lui » comme entraîneur adjoint avec le CF Montréal.

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

« Je voulais à tout prix revenir ici. »

Quand il est débarqué chez l’Impact, il y a un peu plus de six ans, Laurent Ciman ne savait rien de Montréal. Presque rien, en fait.

Le Canadien, évidemment. Il avait vu un reportage sur Tim Bozon, avait-il raconté à l’époque. Et Céline Dion, cela va de soi. C’est à peu près tout.

« J’arrivais de l’autre côté de l’Atlantique, et ça me faisait un peu peur parce que je ne connaissais rien. Mais, en même temps, j’étais très excité. »

Dans les trois années qui suivent, il découvre une ville dont sa famille et lui tomberont amoureux.

J’aime tout. Les parcs, la propreté, les enfants qui peuvent aller à droite, à gauche sans qu’il y ait de problèmes ou de stress, comme ça peut être le cas en Belgique. La beauté du paysage. Le circuit, parce que j’aime bien la F1 aussi. Le Vieux-Port, que j’adore.

Laurent Ciman, au sujet de Montréal

Mais ce qui l’avait frappé à son arrivée, avant l’environnement, ce sont les gens.

« Je suis tombé sous le charme parce que j’ai vraiment été bien accueilli, dans le monde du football et à l’extérieur. Que ce soit dans le cadre sportif, au stade ou au centre d’entraînement, ou quand je vais faire les courses, tu croises les gens, et c’est tout de suite très sympathique, très respectueux, très accueillant.

« Je me sentais chez moi, ici, je me sens chez moi, ici, et se sentir chez soi en dehors de l’endroit d’où l’on vient, c’est quelque chose qui n’arrive pas souvent », fait valoir le Belge de 35 ans.

À part les lieux généraux cités précédemment, quelques endroits de prédilection plus précis dans l’île ? Pas vraiment. Parfois, avant ou après l’entraînement, il prenait un café avec les joueurs. En particulier avec Maxime Crépeau, dans un établissement dont ils connaissaient bien le patron.

Il faut dire que la résidence de la famille Ciman se trouve sur la Rive-Sud, où il passe donc la majorité de son temps.

« J’aime bien de temps en temps aller me balader aux Promenades St-Bruno ou au Quartier DIX30 avec ma femme et mes enfants », raconte-t-il.

La famille revient constamment pendant cette conversation avec La Presse, tenue un peu avant la visioconférence de matinée avec les médias, vendredi. Le thème de la semaine dans l’entourage du club.

La famille d’abord (bis)

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

L’épouse de Laurent Ciman, Diana Saiu, lors d’un match de la Belgique à l’Euro 2016, encourageant l’équipe nationale... et son mari.

En 2015, Laurent Ciman et sa femme, Diana Saiu, avaient en bonne partie choisi le Québec pour les soins appropriés qu’y trouverait leur fille Nina, atteinte de troubles du spectre de l’autisme.

« Elle va très bien. Ça suit son bonhomme de chemin, tout doucement. Il y a des jours avec, des jours moins, mais c’est très bien, on est très heureux », affirme Ciman, qui a été président d’honneur du Salon de l’autisme TSA du Québec et porte-parole du Défi FRAS en 2016.

Ici, il y a des infrastructures et un avenir pour elle. Donc, c’est certain que le fait que ma fille puisse grandir normalement, aller à l’école et s’épanouir, c’est plus important que n’importe quelle somme d’argent.

Laurent Ciman

Parce que le chèque aurait pu être plus intéressant ailleurs qu’à Montréal. Mais dans la liste des critères, la rémunération ne venait pas au sommet.

« Dans ma carrière, ma femme et mes enfants ont dû suivre les décisions que j’ai prises. Ce n’est pas facile d’être footballeur, mais ça l’est encore moins d’être une femme ou un enfant de footballeur. Il y a beaucoup de déménagements. Donc, j’aurais pu aller en Belgique, j’aurais pu aller chercher peut-être des sommes un peu plus importantes à droite, à gauche. Mais à un certain moment, il faut se poser les bonnes questions », souligne Laurent Ciman.

La première était l’endroit où sa famille et lui souhaiteraient vivre. « Et c’était Montréal. Je ne voulais pas aller ailleurs. »

Les deux dernières années, alors qu’il jouait avec le Toronto FC – après une saison avec le Los Angeles FC et une brève aventure en France –, sa famille et lui ont vécu à distance. Lui avec l’équipe, sa femme et ses enfants au Québec. Ils ont décidé que ça n’arriverait plus.

Quand son fils Achille a su que la famille serait dorénavant réunie, il a pleuré de joie, a relaté Ciman pendant la visioconférence.

« Vivre sans eux, ce n’était plus possible. Donc, c’est le choix du cœur et le choix de la famille. »

La passion

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Arrivée de Laurent Ciman avec l’Impact de Montréal, le 27 janvier 2015

Laurent Ciman, défenseur de l’année en MLS en 2015, revient donc avec la formation montréalaise à titre d’entraîneur adjoint.

À l’origine, a dévoilé le directeur sportif Olivier Renard jeudi, Ciman devait revenir chez le CF Montréal en tant que joueur. Mais après les emplettes de Renard – avec qui il a joué en équipe nationale belge –, il y avait « embouteillage » en défense, raconte le nouveau coach.

« Si c’est pour se retrouver à 50 derrière, ça ne sert à rien », lance celui qui était surnommé le « Général » sur le terrain. « Donc, les portes se sont refermées pour moi. »

Mais Renard tenait à ravoir Ciman avec le club, et ce dernier souhaitait revenir à Montréal pour de bon. Cette nouvelle offre, pour se joindre au staff cette fois, Ciman n’a donc pas hésité « une seule seconde » à l’accepter.

Le directeur sportif a expliqué vouloir rapatrier son compatriote et ami en raison de son tempérament et de son caractère, entre autres. Ajoutant qu’à l’occasion, il « brasserait sans doute le cocotier ».

« J’ai mûri », rétorque Ciman à l’image utilisée par son patron.

J’ai fait des erreurs dans le passé, où je m’exprimais peut-être un peu trop violemment ou trop directement pour certains fans ou certaines personnes. Je l’ai compris.

Laurent Ciman

En cours d’entretien, il prend d’ailleurs une pause de quelques secondes avant d’expliquer : « Désolé, j’ai dû freiner parce qu’il y a un monsieur qui vient de faire demi-tour n’importe comment… » D’un calme absolu.

N’empêche, dans ses discussions avec Thierry Henry, alors qu’il devait se joindre au CF Montréal en tant que joueur, il était clair que Ciman jouerait un rôle d’encadrement auprès des jeunes. De catalyseur de passion.

Ce qu’il fera finalement en tant qu’entraîneur. Cela change un peu la donne. Il devra apprendre de Wilfried Nancy et du reste du staff actuel, admet-il.

« Je dois juste faire la part des choses sur le côté psychologique. Peut-être qu’il y a des joueurs qui préfèrent être approchés directement, d’autres [avec qui] il faut y aller plus en douceur, certains que je connais, donc je peux les taquiner et leur parler franchement, nuance-t-il. Il y a tout ça à gérer. Je vais m’y mettre à partir de lundi.

« Je suis quelqu’un d’intelligent, je sais me remettre en question et écouter ce qu’on va me dire, mais tout en restant moi-même et en amenant ce désir de gagner. C’est la mentalité et le feeling que j’ai envie d’apporter au groupe. »