Et si on annulait les Jeux olympiques de 2024 ?

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Cette proposition très sérieuse émane de l’ancienne star du soccer français Vikash Dhorasoo, actuel candidat à la mairie de Paris.

À ses yeux, l’évènement, prévu dans la capitale de l’Hexagone, ne serait rien de moins qu’une « catastrophe écologique et environnementale ». Il affirme à qui veut l’entendre qu’il ferait tout pour empêcher la tenue de ce grand happening sportif s’il était élu le 22 mars prochain.

Drôle de discours venant d’un ex-athlète. Mais il faut savoir que Vikash Dhorasoo, 47 ans, n’en est pas à sa première originalité. Que ce soit en mots ou en gestes, cette vedette du ballon rond n’a jamais rien fait comme les autres. Son récent saut en politique active en est une preuve supplémentaire.

« Je suis vraiment culotté et j’ai un peu peur, dit-il, quand on le rencontre au lancement de sa campagne électorale, dans un petit théâtre du 18arrondissement. Mais il fallait que j’y aille. »

Une personnalité atypique

Vikash Dhorasoo (prononcer Doracho) est inconnu de la plupart des Québécois. Mais en France, on se souvient bien de lui.

Ce meneur de jeu a fait des flammèches à la fin des années 1990 et au début des années 2000, en évoluant pour les clubs du Havre, de Lyon, de Milan ou au PSG et en étant sélectionné pour l’équipe de France à la Coupe du monde de 2006.

PHOTO PIERRE ANDRIEU, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Misant sur sa rapidité balle au pied, l’une de ses armes préférées, Dhorasso se défait de deux opposants, lors d’un match opposant le PSG au Toulouse Football Club, au Parc des Princes, à Paris, en août 2005.

Sa carrière s’est un peu mal terminée, mais les buts et les passes d’anthologie de celui qui fut élu à deux reprises meilleur joueur du championnat de France (en 1998 et en 2004) circulent toujours sur YouTube.

Sur le terrain, l’homme est réputé pour sa lecture du jeu, sa vitesse, ses constructions intelligentes. En dehors des matchs, il se distingue plutôt par sa personnalité atypique et son côté électron libre.

Contrairement à la plupart de ses coéquipiers, Vikash Dhorasoo a des opinions sur tout et ne se gêne pas pour les exprimer, quitte à s’aliéner son propre milieu.

Politiquement à gauche, il manifeste très vite son intérêt pour la lutte des classes et la défense des minorités, s’impliquant dans des organisations militantes ou caritatives comme OXFAM (pour les migrants) ou le Paris Foot Gay (contre l’homophobie).

Ce désir d’engagement ne le quitte pas, même après sa retraite en 2007.

L’an dernier, Dhorasoo s’est mobilisé pour sauver un petit terrain de foot grillagé dans le 18arrondissement, que des résidants « assez bourgeois » (c’est lui qui le dit) voulaient faire raser à cause du bruit. Pas question, pour lui, de priver la jeunesse du quartier de son lieu de socialisation.

Usant de sa notoriété, il attirera l’attention des médias sur sa cause et remportera la joute après avoir récolté des milliers de signatures dans une pétition.

Contre les JO !

C’est à la suite de cette bataille qu’il décide de faire le saut en politique. « Je voulais entreprendre de plus grands combats », dit-il. Depuis le début janvier, il est officiellement candidat à la mairie de Paris, sous la bannière de La France Insoumise, un parti de gauche radicale et écologiste.

Ses objectifs ? Des logements plus accessibles, des migrants mieux accueillis et un plus grand nombre de cafétérias bios dans les écoles.

Sans oublier les Jeux olympiques de 2024, dont il souhaite tout simplement l’annulation, en raison de ses dommages potentiels sur le tissu urbain.

Dhorasoo regrette que les Parisiens n’aient pas été consultés sur la tenue de l’évènement. Et déplore qu’un quartier complet doive être détruit à Saint-Denis, au nord de la ville, pour la construction du village olympique et de la piscine olympique. Ce chantier exigera le déplacement de nombreuses personnes « précaires ». Et ne servira, selon lui, qu’à faire monter le prix de l’immobilier et enrichir les plus riches.

« Paris n’est pas à vendre », répète-t-il.

Un parcours inspirant

Cette vision très à gauche détonne dans l’univers plutôt conservateur du sport professionnel. Mais ce fils d’immigrés mauriciens le voit comme une façon de rester « fidèle » à ses origines sociales.

« Nous, les joueurs de foot, on vient tous des mêmes quartiers, confie-t-il à La Presse. Après, plusieurs virent à droite parce qu’ils gagnent de l’argent et qu’ils ont envie de le protéger. Mais moi, j’ai toujours gardé ma fibre de gauche. »

Je n’oublie pas d’où je viens et comment je me suis construit, grâce au système social français, qui est très fort.

Vikash Dhorasoo

Voilà exactement le discours qui plaît à Adam Cogan, 22 ans, rencontré au Lavoir moderne. Pour cet étudiant en droit, qui a rêvé un temps d’une carrière dans le soccer, le parcours de Vikash est ce qui lui a donné envie de s’impliquer en politique.

« Sa vision pour Paris diffère des autres. Il est tourné vers les défavorisés, le multiculturel. Même s’il est l’aise dans la vie, il connaît ceux qui ont plus de difficulté. Il ne les oublie pas. Il a aussi un côté self-made-man qui me plaît. »

Un film controversé

Cet enthousiasme suffira-t-il à son élection ? Le journaliste Bertrand Greco en doute.

« Il est connu. Il est sympa. Mais je ne pense pas qu’il ait un gros impact. Ça reste un phénomène marginal », tranche cet expert en politique municipale au Journal du dimanche.

Défait, Vikash Dhorasoo n’aurait sans doute pas trop de mal à se recycler. Il a déjà démontré, par le passé, qu’il avait plus d’une corde à son arc.

En 2006, le joueur s’était transformé en cinéaste pendant la Coupe du monde de soccer. Cloué au banc après le retour de Zinedine Zidane, il avait filmé l’équipe de France de l’intérieur avec une caméra Super 8.

L’ovni cinématographique qui en résulte, un documentaire expérimental intitulé Substitute, avait été très mal reçu par ses coéquipiers. Ce fut son chant du cygne sur les terrains de soccer.

Retraité dans l’indifférence, il avait rebondi quelques mois plus tard comme personnalité médiatique, chroniqueur et… joueur de poker professionnel. Neuf vies, ou presque.