À une dizaine de jours du match retour de l’Impact contre le CD Olimpia en Ligue des champions, entretien avec Romell Quioto sur ce club-phare de son pays natal

Frédérick Duchesneau Frédérick Duchesneau
La Presse

Enfant, Romell Quioto n’était pas un fan du CD Olimpia, dont il porterait plus tard les couleurs, pendant trois ans et demi, en Liga Nacional. En fait, il n’était supporter d’aucun club. Pas par manque d’intérêt. Plutôt par manque de moyens.

Quioto est originaire de Río Esteban, un petit village de moins de 2000 habitants, bordé par la mer, dans le nord du Honduras.

« Je viens d’une famille avec des moyens très limités, a-t-il raconté en entrevue mercredi. Je ne pouvais pas vraiment suivre le soccer à la télé, donc ce n’est pas quelque chose qui m’intéressait parce que je n’y avais pas accès. Je me suis vraiment juste focalisé sur mon jeu. Sur le football sur le terrain plus qu’à la télé. »

Comme bien des jeunes en Amérique centrale, Quioto a eu une balle au pied à un très jeune âge. Là-bas comme ailleurs, ils ne sont toutefois qu’une infime minorité à pouvoir un jour en vivre. C’était son objectif, il l’a atteint.

D’aussi loin que je me souvienne, je suis sur la voie d’une carrière dans le soccer. Depuis que je suis tout petit.

Romell Quioto

Au cours de son adolescence, le talent de Quioto attire peu à peu l’attention.

« Autour de 16, 17 ans, j’ai commencé à sentir qu’il y avait de l’intérêt pour moi », se rappelle le joueur de 29 ans.

Puis, à 18 ans, il passe chez les pros, avec le CD Vida, en première division hondurienne. Il se joindra quelques années plus tard à la plus grande organisation du pays : le CD Olimpia, situé dans la capitale, Tegucigalpa.

« J’ai eu la chance d’atteindre un assez bon niveau pour intéresser un grand club comme ça. Ça n’a pas été un chemin facile, mais, Dieu merci, j’ai pu arriver jusqu’au bout de mon rêve de devenir un footballeur pro », indique Quioto.

Amour-haine

Le CD Olimpia est le club le plus titré de l’histoire du championnat national hondurien, qui compte 10 équipes.

Or, les grandes organisations suscitent invariablement les mêmes sentiments. Leurs fans leur vouent une adoration sans bornes. Les autres les détestent profondément. Et le CD Olimpia ne fait pas exception chez lui.

« Tout à fait. C’est normal, quand le club est grand, quand il a une énorme base de supporters. Ceux qui ne prennent pas pour ce club-là aiment le voir perdre. Ils veulent que ça ne se passe pas bien pour lui. Ça fait partie intégrante de la culture footballistique », relève celui qui vient tout juste de signer une nouvelle entente de deux saisons plus une année d’option avec l’Impact.

L’entrevue se déroule en espagnol, par l’entremise d’un interprète. Quioto apprend l’anglais. Il le comprend plutôt bien, sans toutefois le parler. Et il a aussi commencé à y aller de courts messages en français.

Quoi qu’il en soit, son amusement est perceptible lorsqu’on lui demande s’il faut déduire qu’une certaine proportion des Honduriens sera dans le camp de l’Impact le 15 décembre prochain.

« Assurément ! répond-il. Il y a beaucoup de gens qui me soutiennent et qui soutiennent aussi l’Impact pour ce duel. »

Un adversaire invaincu

Après son séjour au sein du CD Olimpia, Quioto fait le saut en MLS, avec le Dynamo de Houston, où il jouera trois saisons. Une relation difficile, puisqu’il y a connu des problèmes, certains personnels, d’autres sur le terrain.

Il a clamé toute l’année que cet échange qui l’a amené à Montréal a été une bénédiction pour lui. On est forcé de le croire. Il a mené l’Impact pour les buts – huit, dont deux gagnants – et les passes décisives, avec six. Ses huit filets en une saison constituent un sommet personnel en MLS. Il en a ajouté un autre en séries, dans le revers contre le Revolution de la Nouvelle-Angleterre.

Ces succès, il les attribue – outre son confort avec l’organisation et son personnel – au travail, à l’effort.

« C’est la clé », affirme le milieu de terrain, à qui on a davantage confié des responsabilités d’attaquant en cours de saison.

Justement, le onze montréalais aura besoin d'un effort colossal, le 15 décembre, à Orlando, contre le CD Olimpia, à l’occasion du match retour de quart de finale de la Ligue des champions de la CONCACAF.

La formation hondurienne n’a toujours pas perdu depuis le début de la saison (10-0-4). Ni en Ligue des champions en début d’année, d’ailleurs. Deux nuls de 2-2 contre Seattle – avec une égalisation in extremis à la 86e minute dans la deuxième rencontre, toutefois – avant de l’emporter en tirs de barrage, puis un gain de 2-1 contre l’Impact, le 10 mars, au Stade olympique.

« Peu importe la situation actuelle de chacun des clubs, ce sera un match très différent de ce qu’on a pu voir à l’aller. Ça va être une bataille de tous les instants », assure Quioto.

On devra sortir prêts à se battre pour aller chercher un but assez tôt dans la rencontre, et pouvoir se mettre en bonne position pour aller accrocher le résultat qu’il faut pour la qualification.

Romell Quioto

Mais la situation de l’Impact est bien moins reluisante que celle de l’Olimpia. À une dizaine de jours du match, on ne sait toujours pas exactement qui sera disponible pour l’entraîneur Thierry Henry. Ni même s’il aura 20 joueurs à sa disposition. En raison de blessures et de situations contractuelles qui, à ce temps-ci de l’année, ne causent habituellement pas de soucis, la saison étant terminée…

« C’est vraiment très compliqué, reconnaît Quioto. Ce n’est pas l’idéal de perdre des joueurs avant un match aussi important. Mais avec ceux qui y seront ou qui voudront y être, c’est important de se battre jusqu’au bout. »

Puisque le club hondurien est considéré comme celui qui jouera « à domicile », Montréal a besoin d’un gain par deux buts, ou encore par un seul, mais au-dessus de 2-1. Une victoire de 3-2, par exemple. Un gain de 2-1 de l’Impact enverrait les deux formations en tirs de barrage. En l’emportant 1-0, il serait éliminé.

Bref, surtout dans les circonstances actuelles, une très lourde commande attend le club montréalais.