(Paris) « La saison 2019-2020 de sports professionnels ne pourra pas reprendre » : en excluant tout redémarrage avant août, le gouvernement français a contraint mardi le soccer et le rugby à accepter l’évidence d’un arrêt historique de leurs saisons.

Yassine KHIRI avec Nicholas MC ANALLY et Jean MONTOIS
Agence France-Presse

Exposant son plan de déconfinement, le premier ministre Édouard Philippe a sifflé la fin de la partie pour les compétitions professionnelles suspendues depuis la mi-mars à cause du coronavirus. Soccer et rugby ont rejoint basket, handball et volley, qui avaient déjà décidé de la clôture définitive de leur saison dans des circonstances inédites pour le sport français depuis la Seconde Guerre mondiale.

« Les grandes manifestations sportives […], tous les évènements qui regroupent plus de 5000 participants […] ne pourront se tenir avant le mois de septembre », a déclaré le premier ministre devant les députés.  

Même pas de huis clos

Le Ministère des sports a ensuite précisé à l’AFP qu’il ne pourrait pas y avoir de compétition « même à huis clos » avant fin juillet, laissant ouverte la possibilité de la tenue de certains matchs en août. Cela pourrait permettre à Lyon et au Paris SG de terminer leur parcours en Ligue des champions courant août, hypothèse privilégiée par l’UEFA, le club parisien envisageant même de disputer son quart de finale à l’étranger si la situation sanitaire l’y obligeait.

En attendant, l’horizon s’est brusquement bouché pour le football, sport-roi au pays des champions du monde.

Le président de la Fédération française (FFF) Noël Le Graët a d’ailleurs pris acte de l’avis gouvernemental en déclarant au quotidien breton Le Télégramme que la Ligue 1 et la Ligue 2 étaient « définitivement arrêtées pour la saison 2019-2020 », dans l’attente de la décision finale de la Ligue de football professionnel (LFP), qui doit réunir son bureau jeudi et son assemblée générale mi-mai. Le National 1 (3e division) et la 1re division féminine, dans l’attente jusque-là, prennent aussi fin.

« Un secteur sinistré »

L’hypothèse privilégiée par la Ligue de football professionnel (LFP), à savoir reprendre la Ligue 1 le 17 juin à huis clos, et la terminer le 25 juillet, est donc caduque, générant une immense incertitude financière pour un secteur très dépendant de ses droits de télédiffusion.

Pour l’heure, il va falloir trancher la question de l’attribution du titre de champion (le PSG occupait la première place avant la suspension), celle des places européennes et les éventuelles relégations.

Et la stabilité économique sera mise à l’épreuve : « Quid des finances des clubs ? Six mois sans recettes, comment on fait ? Comme le tourisme ou l’aérien nous sommes un secteur sinistré, c’est officiel désormais », a résumé le président d’un club de Ligue 1 auprès de l’AFP, très inquiet.  

Selon une estimation du ministère des Sports, les pertes pour les six sports professionnels majeurs (foot, rugby, cyclisme, handball, volley, basket), s’élèvent à 1,45 milliard d’euros en cas de non-reprise des championnats. Dont 1,16 milliard d’euros pour le seul football professionnel (clubs de L1 et L2).  

Mais pour Sylvain Kastendeuch, coprésident du syndicat de footballeurs UNFP, c’est une décision « responsable ». « Le gouvernement a compris que l’urgence économique ne devait pas prendre le pas sur l’impératif de santé publique », a-t-il réagi.

De l’espoir pour le Tour de France fin août

Le calendrier présenté par le gouvernement préserve néanmoins les espoirs du Tour de France cycliste, reprogrammé du 29 août au 20 septembre.

Pour le cyclisme, la jauge fixée à 5000 personnes au maximum pour les manifestations sportives touche principalement le Dauphiné et le début du Tour.  

Le Dauphiné, la course préparatoire au Tour, doit prendre place en août dans le calendrier actuellement à l’étude par l’Union cycliste internationale (UCI). Le Tour est censé démarrer le 29 août à Nice, et seules les trois premières étapes sont concernées par la jauge des 5000 personnes.

Septembre, nouveau cap en rugby

Concernant le rugby, la décision clarifie la situation : la Ligue avait déjà validé la solution d’une reprise en septembre.  

Reste à savoir si la saison actuelle sera achevée avant de passer à la suivante, censée débuter le week-end du 5 et 6 septembre.

« Ce n’est pas une surprise », a réagi le président de la Fédération française de rugby Bernard Laporte, jugeant « primordiale » la santé des joueurs. « C’est tellement compliqué à tester (dépister les joueurs, NDLR), etc… c’est très contraignant. Et puis dans le sport collectif, il y a de la proximité, encore plus au rugby. »