(Lausanne) Le président de la FIFA Gianni Infantino serait intervenu auprès du procureur général suisse pour qu’une enquête le visant soit abandonnée, a affirmé lundi le quotidien suisse La Tribune de Genève.

Agence France-Presse

Le Ministère public de la Confédération suisse (MPC) avait commencé à enquêter début 2016, peu après son élection à la tête de la FIFA, sur l’attribution par Gianni Infantino d’un contrat de droits télévisés à une société offshore, alors que le dirigeant était encore juriste en chef de l’UEFA.

Selon le quotidien La Tribune de Genève, « inquiet » de cette enquête, M. Infantino avait alors écrit à son ami d’enfance, Rinaldo Arnold, devenu procureur dans le Haut-Valais, région d’origine des deux hommes.

PHOTO D’ARCHIVES GIUSEPPE CACACE, AFP

Le président de la Fédération internationale de soccer Gianni Infantino.

« Je vais essayer d’expliquer au MPC qu’il est dans mon intérêt que tout soit éclairci aussi vite que possible, qu’il soit dit clairement que je n’ai rien à voir avec cette affaire », avait-il écrit, dans un courriel cité par le journal.

M. Arnold qui avait déjà aidé à organiser une première rencontre entre le procureur général Michael Lauber et M. Infantino lui répondait alors : « Ce qui est important c’est le rendez-vous dans deux semaines. Si tu veux, je peux de nouveau t’accompagner ».

Le rendez-vous avait eu lieu le 22 avril 2016, indique le journal qui précise que son contenu reste « mystérieux » et que le MPC « refuse d’en parler ».

Interrogé par l’AFP, le MPC n’a pas souhaité commenter l’article de la Tribune de Genève.

La FIFA condamne le journal

Lundi soir, dans un communiqué, la FIFA a estimé que le contenu du courriel privé envoyé par M. Infantino à « un ami proche » a été « complètement sorti de son contexte avec l’unique objectif de tromper le lecteur ». Le courriel a été obtenu par « piratage, ce qui est illégal et un acte criminel », selon l’instance.

« Non seulement M. Infantino n’avait aucune raison de mentir dans ce courriel, mais le courriel n’a jamais indiqué que M. Infantino voulait “blanchir son nom” », a ajouté la FIFA.

L’instance a également expliqué que « certains médias » avaient rapporté à l’époque que M. Infantino était l’objet d’une « enquête criminelle » en relation « avec un contrat très mineur portant sur des droits de télévision en Équateur pour des compétitions de l’UEFA ».

Pour la FIFA, « il s’agissait d’un mensonge clair et total, dont le seul but était de nuire à la réputation de M. Infantino ».

La fédération internationale a de nouveau expliqué que les rendez-vous entre M. Infantino et le ministère public étaient destinés à montrer que la fédération était « prête à collaborer avec la justice suisse ».  

En novembre 2017, « après un 3e rendez-vous informel » entre MM. Infantino et Lauber, le MPC mettait fin à l’enquête sur le contrat signé par M. Infantino à l’UEFA.

La Tribune de Genève fait également état de contacts téléphoniques répétés entre les procureurs suisses et les avocats de la FIFA.  

« Les procureurs ont apparemment aidé la FIFA à formuler ses demandes » comme plaignante, rapporte le journal, une attitude qui « semble incompatible avec le devoir d’impartialité du MPC ».

Selon un rapport de l’Autorité de surveillance du parquet suisse (AS-MPC) cité début mars par le journal Le Monde et obtenu par l’AFP, un proche d’Infantino aurait également cherché à obtenir des informations confidentielles relatives à une enquête visant l’instance, en juillet 2015, sept mois avant l’élection du dirigeant à la présidence.