15-8. C’est le résultat du premier match de l’Impact que j’ai couvert pour La Presse. C’était en novembre 1999, contre le Kixx de Philadelphie, au Centre Claude-Robillard.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Pas dans le stade extérieur.

Dans un gymnase.

Le club était composé de vedettes locales. Les joueurs étrangers ? Des gars de la banlieue. Personne ne se demandait si l’Impact devait aligner un 4-4-2 ou un 4-2-3-1. La seule préoccupation, c’était de savoir si l’équipe avait assez d’argent pour survivre jusqu’à la semaine suivante.

Exactement 20 ans plus tard, l’Impact joue à l’extérieur. Dans son propre stade. Devant plus de 15 000 spectateurs. Ses joueurs étrangers ont gagné avec l’équipe de France ou le FC Barcelone. Et depuis cette semaine, le club est entraîné par un champion. Un vrai. Thierry Henry. Champion du monde. Champion d’Europe. Champion d’Espagne. Champion d’Angleterre. Vainqueur de la Ligue des champions. Deux fois meilleur buteur de l’année en Europe.

Un gagnant.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

L’arrivée de Thierry Henry permet à l’Impact de passer à un niveau supérieur.

Il y a 20 ans, Joey Saputo était probablement la seule personne à croire en l’Impact. Aujourd’hui, l’embauche de Thierry Henry est la consécration de son rêve. De sa vision. Pour reprendre l’expression préférée de son président, Kevin Gilmore, c’est une nomination digne « d’un grand club, dans une grande ville ».

C’est vrai, l’Impact a déjà goûté à la notoriété avec les acquisitions de Marco Di Vaio, Ignacio Piatti et Alessandro Nesta. La venue de Didier Drogba a mis le club sur la carte. Mais l’arrivée de Thierry Henry permet à l’Impact de passer à un niveau supérieur. Notamment pour le recrutement. Au fil de sa carrière, il a côtoyé les stars d’Arsenal, de Barcelone, des équipes nationales de France et de Belgique. Son carnet de contacts est aussi exhaustif qu’un album de collants Panini. Concrètement : un texto de Thierry Henry aura plus rapidement une réponse qu’un appel de Rémi Garde (ou de Wilmer Cabrera).

Thierry Henry veut faire profiter l’Impact de ses contacts. Mais il a une autre ambition. Il veut bâtir une nouvelle identité pour le club. Une nouvelle philosophie de jeu.

Comment ? lui ai-je demandé.

« Pour moi, c’est super important que les gens puissent sentir qu’il y a une envie. Une envie de construire. Une envie d’aller de l’avant. Une envie de presser. Une envie de sortir la balle de derrière intelligemment. Bien sûr, il y aura des erreurs. Il faut avoir des automatismes. Il faut travailler ça. »

Des erreurs, lui-même en a fait lors de son passage à la tête de l’AS Monaco, plus tôt cette année. Il n’y est resté que trois mois. Plusieurs s’en inquiètent. Pas moi.

C’était sa première expérience comme entraîneur-chef. C’est rare qu’un employé – peu importe son secteur d’activité – connaisse du succès dès les premières semaines. Thierry Henry a soif d’apprendre. Il est énergique. Il est enthousiaste. Il a aussi souligné lundi être « devenu un meilleur joueur dans l’ombre, dans la noirceur ». Comprendre que c’est au travers des épreuves qu’il a le plus progressé. Des apprentissages qui pourraient lui servir aussi comme entraîneur-chef.

Après son échec à Monaco, Thierry Henry a besoin d’un tremplin pour relancer sa carrière.

Après avoir raté les séries éliminatoires trois saisons de suite, l’Impact a besoin d’un ambassadeur populaire et crédible pour atteindre son objectif d’être un grand club dans une grande ville.

Thierry Henry et l’Impact ?

C’est déjà un match parfait.

Quel avenir pour Piatti ?

Après la conférence de presse, j’ai croisé le nouveau directeur sportif de l’équipe, Olivier Renard. Qui est évidemment bien heureux de sa première prise. Je lui ai demandé des nouvelles de la vedette du club, Ignacio Piatti. L’Argentin a refusé de rencontrer les médias lors du bilan de la saison. Depuis, c’est le silence radio.

« De notre côté, nous lui avons signifié notre intention d’activer son option pour l’été prochain.

– Et avez-vous la certitude qu’il se présentera au camp d’entraînement ?

–  [Au soccer,] il n’y a jamais de certitude. Nous voulons activer son option. Mais une transaction, une vente, tout est toujours possible. »

J’ai essayé de savoir si Piatti avait exigé un transfert. Sans succès.

De toute évidence, les relations entre Piatti et le club ont déjà été meilleures. Nous saurons dans les prochaines semaines si le numéro 10 fait partie des plans du duo Renard-Henry.

Mais je ne serais pas surpris de voir une nouvelle vedette débarquer en ville.

Plus d’accès aux joueurs

Un mot en terminant à propos de la couverture médiatique de l’Impact. La conférence de presse de lundi a été un très gros succès. Des dizaines de journalistes d’ici et d’Europe. Des camions satellites. Des retransmissions en direct.

La totale.

Mais la réalité quotidienne est différente. Les matins de juillet, on compte les journalistes sur les doigts d’une seule main. Pas précisément le Real Madrid. Pourtant, le club agit comme un géant européen. En restreignant de façon exagérée l’accès aux joueurs.

Comment ?

Chaque jour, l’Impact « sort » deux joueurs. De son choix. Pour ne pas surtaxer les vedettes. Conséquence : le matériel est limité. Les médias diffusent les mêmes citations. À la radio. À la télé. Dans les journaux. La couverture est uniforme. C’est frustrant, autant pour les reporters que pour les partisans. Il est possible d’obtenir des entrevues individuelles, mais il faut s’y prendre des semaines à l’avance.

Il semble que ça fonctionne ainsi en Europe.

Peut-être.

Mais nous sommes à Montréal.

Contrairement au Real Madrid, l’Impact n’est pas le club dominant dans son marché. Il est en compétition avec le Canadien et les Alouettes. Deux clubs qui comprennent bien les besoins des médias.

Chez le Canadien, une demi-douzaine de joueurs et l’entraîneur-chef Claude Julien répondent aux questions chaque jour. Chez les Alouettes, demandez un joueur, vous l’aurez. Les journalistes développent leurs propres histoires. Et les amateurs de sport sont mieux servis.

Notre souhait ?

Que l’Impact en fasse tout autant.

Mon collègue Jeremy Filosa, de Cogeco, a sensibilisé la MLS à cet enjeu. De son côté, la direction de La Presse a fait des représentations auprès de l’équipe.

Au cours des 25 dernières années, nous avons suivi le club de près. Dans ses hauts (la Ligue des champions) comme dans ses bas (le soccer intérieur). Jusqu’à l’été dernier, où nous avons réduit notre couverture. La saison prochaine, nous souhaitons vous offrir plus d’entrevues. Plus d’histoires différentes. Plus de dossiers de fond. Plus de reportages originaux.

Mais ça nous prendra un meilleur accès aux joueurs.