Il est environ 19 h 45 quand Thierry Henry, flanqué du directeur sportif montréalais Olivier Renard, fait son apparition dans le hall des arrivées internationales de l'aéroport Montréal-Trudeau. Immédiatement, le nouvel entraîneur de l'Impact se dirige vers un jeune garçon vêtu d'un chandail jaune d'Arsenal, signe son écharpe et lui donne une accolade.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Des chants  « Allez, Montréal, Allez » et  « Bienvenue Thierry Henry » se font entendre tandis qu'il appose de nouveau son autographe sur divers maillots et écharpes.  « Je ne pensais pas qu'il y allait avoir autant de monde, mais je suis vraiment content d'être là », glisse-t-il simplement avant de s'engouffrer dans un imposant véhicule noir.

On est loin de la folie entourant l'arrivée de Didier Drogba, certes dans des conditions estivales plus favorables, mais l’embauche du Français de 42 ans a également eu un retentissement aux quatre coins de la planète, hier.

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À ce niveau, c’est un très gros coup que l’Impact a réussi en le nommant à la barre de l’équipe pour les deux prochaines saisons avec une année d’option pour 2022. L'ancien attaquant légendaire au palmarès exceptionnel et à la renommée mondiale a cependant encore tout à prouver au poste d’entraîneur-chef.

Sur papier, Henry, qui a approché l’Impact par le biais de ses représentants, remplit bien des critères établis par le club. Capable de s’exprimer en français, en anglais et en espagnol, il connaît aussi la MLS sur le bout des doigts pour y avoir joué entre 2010 et 2014, avec les Red Bulls de New York.

« C'est un honneur de devenir entraîneur-chef de l'Impact et de revenir en MLS, indiquait-il, plus tôt dans la journée, par voie de communiqué. C'est une ligue que je connais bien où j'ai passé de très bons moments. Être au Québec, à Montréal, qui a un énorme héritage multiculturel, c'est quelque chose d'extraordinaire. J'ai toujours eu un œil sur ce club et maintenant j'y suis. »

« Il s’intègre parfaitement dans la culture et l’historique du club et de la ville, a prolongé le président de l’Impact, Kevin Gilmore en entrevue. On est multiculturel et multiethnique. »

Durant son passage en MLS, l’Impact a semblé avoir une place à part pour Henry. Sur le terrain, il n’a jamais été aussi performant que face au Bleu-blanc-noir avec une récolte de neuf buts et quatre passes décisives en cinq rencontres de saison régulière. À l’extérieur, il a aussi développé quelques affinités avec certains de ses membres, dont Patrice Bernier.

« Nos premières conversations sur le terrain n’étaient pas les meilleures. On s’est engueulés et les mots n’étaient pas très gentils entre nous, expliquait l’ancien capitaine à La Presse + en 2016. […] Après ce match, on s’est revus lors des promotions de la MLS, sur les terrains ou lors du match des Étoiles. De connaissance, on est devenus un peu plus amis. De temps en temps, on échange encore par WhatsApp. »

Bref, on ne serait pas surpris de voir Henry se tourner vers Bernier pour combler l’un des postes d’adjoint. Il occupait déjà ce rôle lors du bref passage de Wilmer Cabrera.

Une première expérience difficile sur le banc

Comme joueur, « Titi » possède l’un des plus beaux palmarès du soccer. Avec l’Équipe de France, il a remporté la Coupe du monde 1998, à l’âge de 20 ans, puis le Championnat d’Europe en l’an 2000. En club, l’attaquant, qui a débuté sa carrière à l’AS Monaco, a porté les couleurs de plusieurs institutions européennes.

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Thierry Henry a dirigé l'AS Monaco entre octobre 2018 et janvier 2019.

Après un bref passage par la Juventus Turin, il a fait les beaux jours d’Arsenal pendant huit saisons – inscrivant 228 buts au passage – avant de prendre le chemin du FC Barcelone. Il a notamment remporté deux titres de Premier League, deux autres en Liga, la Ligue des champions et la Coupe du monde des clubs.

« Ce qui m’a marqué, c’est le fait qu’il ait été extrêmement compétitif en tant que joueur, a estimé Gilmore. C’est un meneur et quelqu’un qui a gagné à tous les niveaux, autant individuel que collectif. C’est un entraîneur qui peut inspirer les joueurs à prendre la même approche. »

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Thierry Henry et Patrice Bernier lors d'un match entre l'Impact et les Red Bulls de New York en 2012.

Sur les lignes de touche, cela dit, Henry a encore bien des choses à prouver. Il a d’abord fait ses classes, dans l’ombre, au sein du centre de formation d’Arsenal et de la sélection belge aux côtés de Roberto Martinez. Propulsé ensuite à la tête du club de Monaco en pleine dérive, il n’a pas été en mesure de renverser la vapeur entre octobre 2018 et janvier 2019. En l’espace de 104 jours, il n’a gagné que 5 des matchs 20 dirigés avec une différence de buts de – 21.

Dans son comportement, il a aussi affiché certains mauvais réflexes traduisant un manque d’expérience. Il a notamment enguirlandé certains de ses joueurs avec véhémence et insulté l’aïeule d’un adversaire en plein match.

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Thierry Henry avec Arsenal en 2007.

Aussi pénible fût-elle, cette parenthèse a sans doute été formatrice pour Henry. « À un certain point dans leur carrière, tous les meilleurs entraîneurs ont été embauchés pour faire leur marque. On a fait nos devoirs et on confiant qu’il possède toutes les qualités pour nous aider à être très compétitif », a répondu Gilmore.

Puisqu'il ne s'est pas adressé aux nombreux médias présents à l’aéroport, ce soir, la première rencontre du meilleur buteur de l'équipe de France ( 51 buts ) n'aura lieu que lundi. Il dirigera son premier entraînement au mois de janvier avec, en guise de premier objectif, une qualification pour les quarts de finale de la Ligue des champions. Cela lui laisse deux bons mois pour donner son avis sur un effectif qui a grandement besoin de sang neuf.

« C’était important [de nommer l’entraîneur rapidement] parce qu’Olivier Renard doit s’attarder à mettre en place notre club pour 2020. Il fallait qu’il ait celui qui va diriger le club à ses côtés », a conclu Gilmore.