(Sofia) Sommée de «se débarrasser une fois pour toutes» du racisme dans le soccer, l’UEFA a ouvert une procédure disciplinaire contre la Bulgarie au lendemain d’un match face à l’Angleterre marqué par des cris de singe et des signes nazis adressés aux joueurs anglais noirs.

Diana SIMEONOVA
Agence France-Presse

Face à l’indignation des autorités britanniques, l’instance européenne du ballon rond a décidé de hausser le ton contre la Bulgarie, dont le comportement des supporters avait déjà été montré du doigt dans le passé. Et ce alors même que Sofia avait pris les devants en obtenant la tête du patron de la fédération nationale.

À l’origine de la tempête, un match conclu par une victoire écrasante de l’Angleterre (6-0), qui a fait un pas énorme vers la qualification pour l’Euro-2020 lundi soir. Mais la rencontre a dû être interrompue deux fois à cause d’une frange du public présent à Sofia, qui s’en est prise aux joueurs noirs de l’équipe d’Angleterre : le défenseur Tyrone Mings et les attaquants Marcus Rashford et Raheem Sterling.

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Tyrone Mings

Une procédure a été ouverte par la commission de discipline de l’UEFA pour «comportement raciste», en raison des «chants et saluts nazis», adressés par le public bulgare.

Mais dans un communiqué publié peu avant, le président de l’UEFA, le Slovène Aleksander Ceferin, avait prévenu que son instance ne pourrait pas mettre fin toute seule au fléau. Il a appelé «la famille du soccer» à «travailler avec les gouvernements et les ONG pour déclarer la guerre contre les racistes», assurant que l’instance appliquait déjà des sanctions «parmi les plus sévères».

En août, Kostiantyn Makhnovskyi, gardien de but ukrainien du club letton du FK Ventspils, a ainsi écopé de 10 matchs de suspension pour «comportement raciste» lors d’un match de tour préliminaire de Ligue Europa.

Racisme «ignoble»

La classe politique britannique a très mal vécu le traitement réservé aux joueurs noirs de l’équipe anglaise, qui avaient déjà subi des injures racistes en mars face au Monténégro.

Dénonçant un «racisme ignoble» et réclamant «une enquête urgente suivie de punitions fermes», le premier ministre Boris Johnson a appelé l’UEFA à «regarder les faits» : «Cette tache sur le soccer n’est pas traitée de manière adéquate. Il faut débarrasser une fois pour toutes le soccer du racisme et de la discrimination».

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Borislav Mihaylov

L’UEFA s’est retrouvée d’autant plus en première ligne qu’à Sofia, le gouvernement bulgare a pris les devants en obtenant la démission du président de la fédération bulgare de soccer, Borislav Mihaylov, qui n’avait pas réagi lundi soir et quitté le stade avant la fin du match. Des perquisitions ont suivi peu après au siège de la Fédération.

«Conséquences sévères»

Sur le plan sportif, depuis l’arrivée de ce dernier à la tête de la fédération en 2005, la Bulgarie ne s’est qualifiée pour aucun tournoi majeur. Et dans les tribunes, les débordements ne sont pas nouveaux.

Lundi soir, les actes racistes ont eu lieu dans un stade Vassil-Levski déjà frappé d’un huis clos partiel pour ce match en raison d’insultes racistes contre le Kosovo en juin.

Dans une lettre à Aleksander Ceferin, le secrétaire d’État britannique aux Sports Nigel Adams a salué «la réaction rapide» du gouvernement bulgare et jugé de «pas dans la bonne direction» le protocole mis en place par l’UEFA, appliqué lundi soir avec annonce par le speaker du stade et interruptions.

«Les événements terribles d’hier soir démontrent clairement qu’il faut en faire bien plus», a-t-il néanmoins poursuivi, demandant à l’instance «des actions urgentes pour s’assurer qu’il soit clair pour toutes les autorités du soccer et les supporters que les conséquences seront sévères en cas d’échec à s’attaquer à ce problème».

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Gareth Southgate serre la main de l'arbitre Ivan Bebek à l'issue du match de lundi.

Lundi soir, le sélectionneur anglais Gareth Southgate a souligné la réactivité des officiels. «Le match a été interrompu deux fois. Je sais que pour certains cela ne sera pas suffisant», a-t-il concédé.

Pour le groupe antiraciste Kick It Out, le match aurait dû être arrêté dès lors que les insultes racistes se poursuivaient en seconde période.

«On ne peut plus se contenter d’amendes ridicules ou de courtes interdictions de stades», a-t-il estimé. «Si l’UE veut vraiment s’attaquer à la discrimination […], des retraits de points ou des expulsions de tournois doivent être mis en place.»