(Paris) Christine Sinclair a porté le soccer canadien sur ses épaules pendant près de 20 ans.

Neil Davidson
La Presse canadienne

Alors, quand Janine Beckie, et non la capitaine porte-bonheur, s’est présentée pour tirer le penalty avec la possibilité de créer l’égalité 1-1 en huitièmes de finale, lundi, lors de la défaite du Canada face à la Suède à la Coupe du monde féminine, plusieurs ont remis la décision en question.

Et dans un pays où le hockey est roi, les souvenirs des Jeux olympiques de Nagano en 1998 ont refait surface pour certains. À l’époque, un pays entier s’est questionné à savoir pourquoi Wayne Gretzky était assis sur le banc lorsque le Canada s’est incliné en tirs de barrage en demi-finale face à Dominik Hasek et à la République tchèque.

Les similitudes sont que le Canada a perdu les deux matchs et que Sinclair et Gretzky sont des trésors nationaux. Mais ça s’arrête là.

L’entraîneur d’Équipe Canada, Marc Crawford, avait choisi d’y aller avec cinq autres francs-tireurs pendant que le célèbre numéro 99 se croisait les doigts et espérait qu’un sixième tir serait nécessaire.

Sinclair a choisi son propre destin. Comme elle en a le droit. Les attaquantes ont besoin de se sentir d’attaque quand il s’agit d’effectuer un tir de pénalité.

Après avoir vu son tir de pénalité arrêté par la même gardienne — Hedvig Lindahl — lors d’une victoire du Canada en tirs de barrage lors du match pour la troisième place à la Coupe de l’Algarve en mars, Sinclair s’est entretenue avec Beckie lors de la pause pour la reprise vidéo à la 69e minute.

«Nous avons un groupe de joueuses au sein de cette équipe qui pratique les tirs de pénalité après chaque entraînement et plusieurs d’entre nous sont à l’aise à les prendre, a expliqué Sinclair après. Hedvig a arrêté le mien à la Coupe de l’Algarve il y a à peine deux mois. Je suis donc allée voir Janine et je lui ai demandé: "Si tu le veux, c’est à toi". Et elle m’a répondu: "Absolument".

«Je me sens mal de lui avoir demandé, a-t-elle ajouté. Mais j’ai une entière confiance en elle. Elle n’a peur de rien.»

Beckie a exécuté un bon tir, dans le coin inférieur. Lindahl a fait encore mieux en réalisant l’arrêt.

PHOTO MICHEL EULER, ASSOCIATED PRESS

La gardienne suédoise Hedvig Lindahl a stoppé le penalty de Janine Beckie à la 69e minute, lundi.

«Je lui ai demandé après le match si elle l’avait placé où elle le voulait et elle m’a dit oui. Et je lui ai répondu: "Alors tu ne pouvais rien faire de plus", a encore dit Sinclair. La gardienne a fait un arrêt formidable et il faut lui tirer notre chapeau.»

Beckie a confirmé que Sinclair lui avait demandé si elle voulait prendre le penalty à cause de ce qui s’était passé à la Coupe de l’Algarve.

«J’ai dit: "C’est à toi de décider". Et elle m’a dit de le prendre», a raconté Beckie.

Beckie ne change pas sa routine dans ces circonstances, ce dont les Suédois se souvenaient très bien.

«Je ne suis pas du genre à changer les choses. J’ai confiance en mon tir. J’y ai pensé au moment de l’exécuter, mais oui, elle a fait un formidable arrêt.»

L’entraîneur Kenneth Heiner-Moller a expliqué que le Canada ne tient pas une liste des joueuses pour faire les tirs de pénalité.

«C’est selon la sensation du moment, de qui va se lever et c’est ce que Janine a fait, a-t-il confié. C’est une chose difficile à faire. Je suis évidemment fière d’elle.

«C’était en fait un tir assez bon. Mais Hedvig a fait un excellent arrêt.»

PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AGENCE FRANCE-PRESSE

Janine Beckie était inconsolable après la défaite du Canada contre la Suède, lundi.

Beckie, âgée de 24 ans, qui a marqué 25 buts en 60 matchs pour le Canada, était inconsolable après le match.

«J’ai la sensation d’avoir laissé tomber l’équipe, c’est vraiment ce que je ressens en ce moment. Frustrée, déçue et un tas d’émotions négatives.»

Le tir de pénalité raté n’est pas l’unique raison pour laquelle le Canada a perdu ce match, même si l’issue aurait pu être différente en cas de réussite.

Les Canadiennes ont en effet montré peu de mordant dans la surface.

Sinclair, qui compte 182 buts à son actif, a démontré sa force de caractère lors d’un penalty il y a quatre ans, en marquant à la 92e minute lors d’une victoire de 1-0 contre la Chine lors du match d’ouverture de la Coupe du monde.

Sinclair est connue pour son sang-froid devant le but.

«C’est toujours elle. C’est toujours elle qui marque le but qui nous est nécessaire pour remporter la coupe ou gagner un match», a reconnu Rhian Wilkinson, ancienne coéquipière et entraîneuse adjointe à la Coupe du monde, avant le tournoi.

Et c’est là tout le problème.

Personne ne peut reprocher à Sinclair d’avoir pris la décision de passer son tour pour le penalty. Après 286 matchs internationaux, on imagine qu’elle sait ce qu’elle fait.

De façon désintéressée, elle a placé l’équipe avant ses propres intérêts en raisonnant ainsi: une coéquipière pouvait peut-être faire mieux qu’elle.

Les Canadiens ne sont pas habitués à cela quand il s’agit de soccer féminin.

À 36 ans, l’incroyable Sinclair est au crépuscule de sa carrière. Prochainement, elle tirera sa révérence pour de bon.

Le match de lundi a démontré que ce sera alors bien difficile de la remplacer.