Mené une nouvelle fois par Christine Sinclair, le Canada aborde la Coupe du monde féminine de football, en France (7 juin-7 juillet), avec l’espoir de répéter les mêmes performances que lors des Jeux olympiques de 2012 et 2016. Gabrielle Carle, âgée de 20 ans, est la seule Québécoise retenue pour cette aventure à laquelle participera également l’arbitre Marie-Soleil Beaudoin.

Pascal Milano
Pascal Milano La Presse

Gabrielle Carle

Un rêve qui se réalise

PHOTO FOURNIE PAR L’ASSOCATION CANADIENNE DE SOCCER

Gabrielle Carle sera la seule joueuse du Québec, parmi les 23 que compte l’équipe canadienne, à disputer la Coupe du monde en France.

Gabrielle Carle était âgée de 16 ans lors de la Coupe du monde féminine disputée au Canada, en 2015. À quelques semaines de participer aux Jeux panaméricains, la jeune joueuse n’allait certainement pas rater le seul passage de l’équipe canadienne, au Stade olympique, à Montréal.

« J’étais tellement heureuse de pouvoir les voir [contre les Pays-Bas] et mon rêve était de faire partie de cette équipe-là. Je voyais mes idoles, mais je ne me doutais pas que, dans quatre ans, j’allais être en France. »

De spectatrice, Carle est depuis devenue membre à part entière de la sélection aux côtés de ses idoles : Christine Sinclair, bien entendu, mais aussi les plus jeunes Ashley Lawrence, Kadeisha Buchanan ou Jesse Fleming. Elle sera la seule joueuse du Québec, parmi les 23, à disputer la Coupe du monde en France (7 juin-7 juillet).

La joueuse de Lévis a obtenu sa première sélection chez les séniors en décembre 2015. Depuis, elle a disputé 13 matchs, dont 4 titularisations, inscrit 1 but et réussi 1 passe décisive. Celle qui a participé aux Mondiaux U17 et U20 faisait aussi partie des réservistes lors des Jeux de Rio en 2016. Sa présence à la Coupe du monde s’inscrit donc dans une certaine logique, mais la confirmation de « ce rêve » n’est survenue que le 25 mai.

« Ce n’était pas confirmé jusque-là, mais, comme on était déjà en Espagne, on se doutait toutes que ça allait être nous. Finalement, ils ont fait une annonce collective », dit-elle. Et qu’a-t-elle fait dans les instants suivants ? A-t-elle appelé ses amis ou sa famille ? « Je vais avoir l’air d’une mauvaise enfant, mais je savais que ça allait sortir après. Je me suis dit qu’ils allaient le voir à ce moment-là. J’ai attendu et, après, ils m’ont contactée pour me féliciter. »

Carle fait partie des quatre joueuses de l’équipe à fréquenter une université américaine. Gabby, comme on l’appelle à Florida State, étudie en physiologie de l’exercice et se dirige vers la médecine. L’ancienne joueuse du Dynamo de Québec a d’ailleurs été récompensée en 2018 pour ses résultats scolaires.

« Ç’a toujours été quelque chose d’important dans ma vie. Ça vient principalement de ce que mes parents m’ont inculqué », confie-t-elle.

« Quand j’étais plus jeune, mon père faisait des blagues : “Que je ne te voie pas lâcher l’école pour aller jouer au soccer !” J’ai du plaisir à apprendre et à performer dans les études autant que dans le sport. » — Gabrielle Carle

Sur le terrain, justement, elle a remporté le Championnat universitaire américain en décembre 2018. Au passage, son séjour avec les Seminoles lui a réservé une surprise quant à son positionnement. Comme Josée Bélanger, par le passé, ou Amandine Pierre-Louis, aujourd’hui dans la National Women’s Soccer League (NWSL), l’ancienne attaquante a dû reculer sur le terrain.

« Jamais je ne me serais attendue à jouer en défense. Mon coach m’a d’abord dit que j’allais évoluer en attaque, sur un côté, mais notre arrière latérale s’est gravement blessée. J’étais la seule qui pouvait la remplacer. Finalement, je n’ai pas détesté ça et j’ai vu que j’étais pas pire. En équipe nationale, John [Herdman] m’a toujours dit qu’un jour, je devrais devenir milieu de terrain. Tranquillement, la transition s’est opérée et je peux maintenant jouer à trois positions. »

Sinclair, « une légende humble »

Carle et l’équipe canadienne se trouvaient à Saint-Sébastien, en Espagne, au moment de l’entrevue. L’heure est aux dernières retouches après deux matchs amicaux face au Mexique (3-0) et à l’Espagne (0-0). L’équipe n’a pas perdu en huit rencontres, ce qui constitue la quatrième séquence parmi les plus longues de son histoire.

« On a dominé et on a bien joué contre le Mexique. L’Espagne était plus forte physiquement, techniquement et tactiquement, mais le match a montré qu’on est prêtes pour ce qui s’en vient. » — Gabrielle Carle

Ce qui s’en vient, c’est une phase de groupes qui opposera le Canada au Cameroun, à la Nouvelle-Zélande et aux Pays-Bas. Les deux premiers sont automatiquement qualifiés, tout comme quatre des six meilleurs troisièmes. « Si on joue notre jeu et qu’on performe au niveau qui est le nôtre depuis le début de cette année, on devrait avoir de bons résultats contre ces équipes. »

Il y a une nouveauté et une constante au sein de la sélection canadienne. La nouveauté, c’est l’entraîneur Kenneth Heiner-Moller, qui a remplacé Herdman au début de l’année 2018. La succession n’était pas facile puisque, lors du mandat de Herdman, l’équipe a notamment remporté deux médailles de bronze lors des Jeux de Londres et de Rio. Heiner-Moller a été son assistant entre 2015 et 2018.

« C’est une continuité, confirme Carle. Kenneth a repris le travail de John, mais il le fait à sa façon et avec un style de coaching complètement différent. Dans la manière d’interagir avec les joueuses, John était une personne qui allait dans les émotions. Kenneth est plus calme et plus posé. »

La constante dans l’équipe, c’est évidemment Sinclair qui, à 35 ans, disputera sa cinquième phase finale. En France, elle pourrait battre le record de buts internationaux que détient l’Américaine Abby Wambach (184). Il lui faudra marquer à quatre reprises pour y arriver.

« Christine est l’une des meilleures joueuses et une légende, autant au niveau du soccer canadien que dans le monde. Mais, quand tu es avec elle, tu ne le devinerais jamais. Elle est tellement humble, terre à terre et facile d’approche. C’est une leader qui n’a pas nécessairement besoin de parler, mais si tu lui demandes un conseil, ça va lui faire plaisir de répondre. »

Le Canada disputera son premier match le 10 juin, à 15 h, à Montpellier. Le rêve commencera enfin pour Carle.

« La plus belle place sur le terrain »

PHOTO FOURNIE PAR CANADA SOCCER

L’arbitre Marie-Soleil Beaudoin (deuxième en partant de la gauche) lors d’un match amical entre le Canada et le Brésil en 2016

Repérée depuis 2016 par la FIFA, l’arbitre Marie-Soleil Beaudoin a eu la confirmation de sa sélection pour la Coupe du monde féminine (7 juin-7 juillet) le 3 décembre dernier. Elle figure dans une liste de 27 arbitres centrales qui inclut également la Franco-Ontarienne Carol-Anne Chénard.

« Comme pour les athlètes, c’est un rêve qui devient réalité quand on se rend à ce niveau-là. C’est un grand sentiment de fierté, mais aussi de nervosité », dit d’emblée l’arbitre de 37 ans qui s’est envolée pour la France cette semaine.

La fierté est double. Il y a évidemment ce sentiment d’aboutissement après 17 ans à écumer les terrains du Canada, de l’Amérique du Nord et du monde. Il y a aussi la satisfaction d’avoir fondé une famille durant la dernière ligne droite du cycle de sélection. Son garçon, Leo, est né le 28 mars 2018.

« D’autres l’ont fait avant moi, mais je suis fière d’avoir montré que, en tant que femme et jeune mère, on est capable de se rendre à ce niveau élite là. » — Marie-Soleil Beaudoin

« Une famille, ça ajoute une responsabilité supplémentaire, mais j’ai un système de support extraordinaire. Mon chum est aussi un arbitre et il comprend ce que cela demande au niveau de la Coupe du monde. Quand je pars une fin de semaine pour m’entraîner ou pour arbitrer un match, il comprend tout ça. »

Par exemple, Marie-Soleil Beaudoin, qui vit désormais en Nouvelle-Écosse, s’est rendue en Uruguay en novembre et décembre derniers dans le cadre de la Coupe du monde féminine des moins de 17 ans. Celle qui était au sifflet lors de la finale a pu compter sur le soutien de ses proches pour s’occuper de son fils qui était alors âgé de 7 mois.

« Ma mère est restée à Halifax pendant un mois pour venir s’occuper de lui et c’est parfois ma belle-mère qui est venue de l’Ontario. Si je n’avais pas su qu’il était entre d’excellentes mains, je n’aurais pas pu partir la tête en paix. J’ai autant besoin de ce support familial que du travail que je fais sur le terrain. »

PHOTO FOURNIE PAR CANADA SOCCER

L’arbitre Marie-Soleil Beaudoin (à gauche) lors d’un stage de préparation au Qatar

Depuis décembre, Marie-Soleil Beaudoin, qui a grandi à Québec, a aussi multiplié les stages aux Émirats arabes unis et au Qatar, en plus d’arbitrer lors de la Coupe d’Algarve. Ce printemps, de nouvelles occasions, plus proches de la maison, se sont aussi présentées avec le lancement de la Première Ligue canadienne. Elle a d’ailleurs arbitré le premier match à domicile de l’histoire des Wanderers à Halifax. Après la Coupe du monde, elle s’attend à effectuer des déplacements en Ontario, à Winnipeg ou dans l’Ouest.

« On a dit beaucoup de choses sur la façon dont cette ligue [la Première Ligue canadienne] allait amener le soccer canadien à un autre niveau, mais c’est aussi vrai pour les arbitres. » — Marie-Soleil Beaudoin

« Cette ligue nous donne l’occasion de faire des matchs professionnels chaque fin de semaine ou toutes les deux fins de semaine. Avant, quand on était dans la USL, il y avait un nombre très limité de matchs au Canada. »

Jeune mère, arbitre internationale, quoi d’autre ? Ah oui, elle enseigne au département de physiologie et biophysique de l’Université Dalhousie. Dans cet emploi du temps chargé, elle doit trouver le temps de s’entraîner quotidiennement. Les jours de match, elle doit être en mesure de courir une dizaine de kilomètres et de suivre un rythme de jeu toujours plus rapide. Cela tombe bien, la course à pied était l’un des sports qu’elle pratiquait dans sa jeunesse.

« Je ne m’entraîne pas pour courir un marathon, parce qu’on fait des choses très différentes sur un terrain. Il y a des changements de direction et des changements de vitesse. Au-delà de l’endurance, on fait beaucoup d’entraînement spécifique avec des cônes ou des courses d’une zone de réparation à l’autre. On doit chercher les angles pour voir le jeu entre les joueurs. Je m’entraîne chaque jour et cette partie-là, spécifique, arrive deux ou trois fois par semaine. »

Des débuts tardifs

Marie-Soleil Beaudoin a commencé l’arbitrage à l’âge de 20 ans en suivant les recommandations de sa petite sœur qui « avait du fun » au sifflet. Très vite, elle a été captivée par les défis de ce rôle : anticiper le jeu, être bien placée, prendre la meilleure décision possible… « Les choses faciles deviennent rapidement ennuyantes. Et l’arbitrage, ce n’est jamais ennuyant, car il y a toujours quelque chose à améliorer », résume-t-elle.

Avant de se tourner vers l’arbitrage, elle a été joueuse, puis entraîneuse vers l’âge de 15 ans. Changer de rôle était une suite logique afin de rester impliquée dans ce sport. « Mon parcours est la combinaison d’être à la bonne place au bon moment et d’être vue par les bonnes personnes qui ont jugé que j’avais du potentiel. Maintenant, j’ai la plus belle place pour contempler les meilleurs athlètes au monde. »

L’élite se retrouve en France

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Du 7 juin au 7 juillet, les meilleures joueuses au monde se retrouveront sur les terrains français dans le cadre de la huitième phase finale de l’histoire. Les États-Unis resteront-ils au sommet ? Christine Sinclair, qui célébrera son 36e anniversaire durant la compétition (12 juin), inspirera-t-elle de nouveau le Canada ? Réponses dans 52 matchs.

Quel est le format de la compétition ?

Vingt-quatre pays répartis dans six groupes vont s’affronter lors de la première phase. Les deux premiers de chaque groupe sont directement qualifiés pour les huitièmes de finale, en plus des quatre meilleures troisièmes. À ce stade, les matchs seront à élimination directe avec des prolongations et des séances de tirs au but si nécessaire.

Huit pays, dont les États-Unis, le Brésil et l’Allemagne, participeront à leur huitième phase finale de suite. À l’opposé, l’Afrique du Sud, la Chine, l’Écosse et la Jamaïque découvriront la compétition.

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La finale se jouera au Grouparama Stadium de Lyon, qui, avec ses 59 186 places, est le plus grand stade de la compétition.

Le match d’ouverture aura lieu au Parc des Princes, à Paris, tandis que la finale se jouera à Lyon, dont le stade, avec ses 59 186 places, est le plus grand de la compétition. Les autres villes hôtes sont Montpellier, Nice, Rennes, Valenciennes, Le Havre, Reims et Grenoble. L’assistance vidéo sera utilisée pour la première fois dans une Coupe du monde féminine.

Quelles sont les équipes favorites ?

Les Américaines imiteront-elles les Allemandes (2003, 2007) en devenant la deuxième équipe à conserver le titre de championne du monde ? Quelques joueuses emblématiques – Hope Solo ou Abby Wambach – ne sont plus là, mais la sélectionneuse Jill Ellis a choisi un groupe offrant un mélange de jeunesse et d’expérience. C’est dans le secteur offensif que l’on retrouve le plus d’expérience avec Alex Morgan, Megan Rapinoe, Tobin Heath et Carli Llyod comme joker de luxe.

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Les Américaines Megan Rapinoe, Tobin Heath et Alex Morgan.

Côté européen, l’Allemagne veut s’appuyer sur son titre olympique de 2016 alors que la France, très décevante lors du dernier Euro, possède l’avantage de jouer à domicile. N’oublions pas l’Angleterre, récente gagnante de la SheBelieves Cup, le Canada de Christine Sinclair, les Pays-Bas en pleine progression, voire le Brésil de Marta.

Quelles sont les adversaires du Canada ?

Comme en 2015, le Canada retrouve les Pays-Bas lors de la phase de groupes. Avec leur armada d’atouts offensifs, dont Lieke Martens, Daniëlle van de Donk et Vivianne Miedema, les Néerlandaises ont depuis remporté le dernier Championnat d’Europe (2017) et promettent une belle bataille.

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L'équipe des Pays-Bas.

La Nouvelle-Zélande, qui est une habituée de cette compétition avec quatre participations, n’a jamais dépassé la phase de groupes. Le Cameroun, 46e au classement de la FIFA, rêve de créer la même surprise qu’en 2015 avec un parcours conclu en huitièmes de finale. Et après la phase de groupes ? En conjecturant un peu, le Canada pourrait retrouver le Japon ou l’Angleterre s’il remportait son groupe. En finissant au deuxième rang, les Canadiennes croiseraient le deuxième d’un groupe F qui comprend notamment la Suède et… les États-Unis.

Quelles sont les joueuses à suivre ?

Les joueuses à suivre ne manqueront pas, notamment dans le secteur offensif. Marta, élue Joueuse de la FIFA pour la sixième fois en 2018, devrait améliorer son record de buts (15) inscrits en Coupe du monde. L’Australienne Sam Kerr est d’une remarquable constance dans la National Women’s Soccer League (NSWL) avec des saisons de 17 et 16 buts.

PHOTO CHRISTOPHER HANEWINCKEL, ARCHIVES USA TODAY SPORTS.

La Brésilienne Marta a été élue Joueuse de la FIFA à six occasions.

L’Allemagne est encore menée par Dzsenifer Marozsán, qui a tout gagné ou presque : l’Euro 2013, les Jeux olympiques de 2016 et trois Ligues des champions. Toujours en Europe, la Néerlandaise Miedema et l’Anglaise Nikita Parris seront à suivre après avoir dominé le championnat anglais au chapitre des buts.

Carli Lloyd, auteure d’un triplé lors de la finale de 2015, disputera sa dernière Coupe du monde, tandis que Sinclair tentera de marquer pour la cinquième phase finale de suite.