Une envie irrépressible de souffler dans sa vuvuzela, de sourire à un fan étranger, de se préparer un petit plateau-télé... Après une Coupe du monde de soccer euphorisante, l'Afrique du Sud entame un sevrage douloureux.

Justine Gerardy AGENCE FRANCE-PRESSE

«La Coupe du monde nous a offert un excitant naturel fantastique», remarque Helgo Schomer, un psychologue du Cap. «Il faut qu'on trouve un substitut parce qu'en 31 jours et quelques matches, on est devenu accro!»

Pendant quatre semaines, les Sud-Africains ont fait la fête sans se soucier de leurs divisions, regorgeant de fierté pour leur pays et ses qualités d'organisateur.

Une parenthèse enchantée, loin de l'ombre de l'ancien régime d'apartheid et de ses conséquences toujours si pesantes 16 ans après l'avènement de la démocratie.

«Nous sommes des animaux sociaux: c'est quand nous sommes entourés que nous sommes le plus heureux. Ca nous permet d'oublier nos soucis», explique M. Schomer. «Et une expérience comme celle-ci, se retrouver dans un stade avec au moins 60 000 personnes, ne pourra pas être égalée.»

Une semaine de blues

Depuis le coup de sifflet final, sentiment de tristesse, d'agacement et de vide se sont donc emparés de la population. «C'est fini, point final. Et ça rend les gens mélancoliques», note le psychologue.

«Beaucoup de gens ont le blues, sont presque déprimés», renchérit Charl Davids de la faculté de psychologie à l'Université du Western Cape, pour qui «c'est normal, après un gros événement».

Le principal manque tient dans le fait que les Sud-Africains sont désormais privés de sujets de conversations faciles et fédérateurs, estime-t-il. «Maintenant, ils sont obligés de parler de sujets qu'ils maîtrisent.»

Le cafard a saisi Melanie George par anticipation. «J'ai commencé à souffrir de dépression post-Mondial avant la finale», explique la jeune femme, désespérée à l'idée de devoir tourner une page «extraordinaire» pour son pays.

«Le monde craignait qu'on n'y arrive pas et nous leur avons montré de quoi nous étions capables», lance-t-elle, en ajoutant qu'elle allait maintenant «ronchonner et économiser pour 2014».

Mais M. Schomer tient à rassurer: «Nous allons nous en sortir» assez rapidement, dit-il. Malgré des différences d'individu à individu, la période de sevrage devrait durer «sept jours en moyenne».