Longtemps, en Algérie, le soccer a été une affaire d'hommes. La Coupe du Monde a complètement changé la donne, allant jusqu'à ouvrir l'espace public aux Algériennes, comme a pu le constater notre envoyée spéciale lors du match Algérie-Slovénie hier.

Laura-Julie Perreault LA PRESSE

Il y a un an à peine, Rima Hamzaoui aurait été incapable de nommer un seul joueur de soccer algérien. Jamais, assure la jeune Algéroise qui porte le voile, elle n'aurait osé se rendre dans un café bondé de fans en délire pour regarder un match. Mais tout ça, c'était avant la qualification surprise de l'équipe nationale algérienne au Mondial.

Hier après-midi, pour regarder le match entre l'Algérie et la Slovénie, Rima Hamzaoui et sa copine Zahira Landjerti s'étaient pointées tôt à la pizzeria Podium pour avoir la meilleure table et du coup, la meilleure vue sur le grand écran qui diffusait la partie.

Près d'une centaine de personnes les avaient imitées. Parmi elles, près de la moitié étaient des femmes: des étudiantes, des mamans avec leur bébé, des filles accompagnées de leurs amoureux.

«Je pense qu'il y a autant de femmes parce que la Coupe du monde a amené un grand changement en Algérie. Il y a maintenant une fraternité qui n'existait pas avant», explique l'étudiante universitaire qui veut devenir traductrice.

La fraternité dont la jeune femme parle a été vécue par beaucoup d'Algériens comme une bouffée d'air frais. Le pays se remet à peine de dix ans de guerre civile qui a opposé les forces gouvernementales à des groupes islamistes armés. En plus du conservatisme ambiant, ce conflit a incité beaucoup de femmes à limiter leurs déplacements dans l'espace public. La Coupe du monde semble avoir ouvert une nouvelle fenêtre de liberté.

«C'est vrai que c'est nouveau de voir autant de filles dans les cafés. Avant, on n'aurait pas osé», commente à ce sujet Selma Serati, une autre étudiante qui a assisté au match à la pizzeria juste après avoir terminé un examen.

Déception commune

Rima Hamzaoui et Selma Serati ont suivi le match religieusement hier, tout comme des millions d'Algériens. Toutes deux, elles sont rentrées bredouilles chez elles après que la Slovénie ait remporté la victoire grâce à un seul et unique but. Elles ont rouspété quand Abdelkader Ghezzal a été expulsé du match par l'arbitre.

Rima Hamzaoui et sa copine espéraient prendre part à une grande fête populaire qui aurait succédé à la victoire. Elles espéraient danser dans les rues comme elles ont pu le faire quand l'Algérie s'est qualifiée pour la Coupe du monde après 24 ans d'absence.

Résistance masculine

Depuis la qualification, la présence des femmes dans les rues et leur engouement pour le soccer a eu des répercussions. Au club de soccer féminin d'Alger-centre, les inscriptions de jeunes femmes ont augmenté de plus de 30% en un an. Les autorités du pays, elles, ont tenté une première en mars dernier en invitant les femmes et les enfants à se rendre au stade pour assister à un match amical contre la Serbie.

L'expérience cependant, n'a pas été un franc succès. «L'équipe algérienne a perdu trois-zéro et les femmes qui sont venues au stade l'ont regretté. Beaucoup d'hommes s'en sont pris à elles en utilisant les pires insultes de notre vocabulaire. Il y a eu beaucoup de résistance à leur présence. C'était un peu choquant», a dit à La Presse le journaliste du quotidien El-Watan, Tarek Ait-Sellamet, qui était présent au match.

Hier cependant, au centre-ville d'Alger, les choses n'ont pas tourné au vinaigre et ce, malgré les immenses attentes qui entouraient le premier match de l'équipe nationale à la Coupe du monde. «Inch'Allah (si Dieu le veut), on va gagner les prochains matchs contre les États-Unis et l'Angleterre. Ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini», tentait de se rassurer Rima Hamzaoui, promettant d'être de retour dès vendredi pour soutenir son équipe et surtout, surtout, son joueur préféré, Karim Ziani. «Je l'aime tellement que je serais prête à être sa deuxième femme», a lancé la jeune Algérienne, en éclatant de rire.