Le triomphe du FC Barcelone en Ligue des champions consacre une philosophie de jeu résolument tournée vers l'offensive à laquelle le club catalan n'a jamais renoncé, à l'image du sacre de l'Espagne à l'Euro 2008.

Keyvan Naraghi AGENCE FRANCE-PRESSE

Il y a un an, la bande menée par Luis Aragones avait ébloui l'Europe et donné une leçon aux places fortes traditionnelles du Vieux continent. Xavi et Iniesta, les deux poumons du Barça, étaient déjà de la partie et avaient sans doute pris date pour l'avenir.

La démonstration effectuée en finale face à Manchester United (2-0), mercredi à Rome, n'a fait que renforcer cette mainmise ibérique et relativisé la domination exercée ces dernières années par les clubs anglais. Le chemin a pourtant été tortueux notamment lors de la demi-finale contre Chelsea (0-0, 1-1) qui a failli mal tourner et sonner la fin des illusions des hommes de Josep Guardiola.

Sans un but miraculeux d'Iniesta dans les arrêts de jeu au match retour et sans la bienveillance de l'arbitre, M. Ovrebo, qui avait oublié au moins un penalty flagrant pour les Blues, ce sont encore les formations de Premier League qui auraient eu le dernier mot. Le Barça serait alors passé pour un doux utopiste, accroché à des valeurs passées de mode.

Mais le mérite du club catalan et de son jeune technicien (38 ans) est de ne jamais avoir cédé, refusant d'abandonner un héritage qui date des années Crujff (joueur au Barça de 1973 à 1978 et entraîneur de 1988 à 1996) et qui pouvait paraître désuet.

Guardiola avait pompeusement souhaité avant la finale «rendre hommage au football» et ne pas modifier sa tactique malgré les secousses subies à Stamford Bridge. Il a tenu parole, faisant de Manchester United une équipe quelconque, pratiquement incapable, hormis en début de match, de se créer la moindre occasion.

Une nouvelle ère?

ManU évolue dans une autre dimension que Lyon (1-1, 5-2) et le Bayern Munich (4-0, 1-1), atomisés en 8e et en quarts de finale, mais le Barça a tracé sa route en faisant fi des avertissements.

Ce succès en C1 ouvre-t-il une nouvelle ère en Europe et quel sera désormais l'avenir de cette équipe de rêve? La victoire en Ligue des champions en 2006 avait sonné le début de l'implosion du groupe alors dirigé par Franck Rijkaard, symbolisé par la disgrâce de Ronaldinho, parti en 2008 à l'AC Milan. S'en étaient suivies deux saisons blanches et, suprême humiliation, le retour au premier plan du grand rival, le Real Madrid.

Les lendemains de sacre sont souvent délicats et Manchester United a cruellement expérimenté la difficulté de réaliser un doublé que l'AC Milan est le dernier à avoir réussi (1989, 1990).

Il n'y a de toute façon pas de révolution à attendre et le Barça devrait garder ses meilleurs éléments, surtout son génial quintet (Xavi-Iniesta-Messi-Eto'o-Henry). Au contraire du Real Madrid, qui s'apprête à ouvrir un nouveau chapitre des «Galactiques» en cas de retour à la présidence de Florentino Perez et qui pourrait être un concurrent bien plus dangereux que cette saison.

Le FC Barcelone, troisième club le plus riche de la planète, ne devrait quoi qu'il arrive pas rester inactif sur le marché des transferts même si sa priorité sera de garder ses cinq joyaux et surtout le trident Messi-Eto'o-Henry, auteur de 89 buts en 2008-09, toutes compétitions confondues.

«Donnez-moi un peu de temps pour savourer», a réclamé Guardiola, alors que les médias espagnols souhaitaient savoir dès le coup de sifflet final quel serait le visage du Barça la saison prochaine.

Une seule chose est certaine: les Blaugrana n'abandonneront pas leurs valeurs en route.